178 britannicus.
Britannicus est mort : je rcconnois les coups ;
Je connois l'assassin.
SCÈNE VII.
NÏRO'tf.
Et qui, madame ?
AGRIPPINE, BURRHUS-.
AGRIEVINK.
Vous.
AGRIPPINE.
NERON.
Ah , ciclJ de mes soupçons r/uelleétoit l’injustice!
Moi! Voilà les soupçons dont tous êtes capable.
Je condamnois Burrhus pour écouter Narcisse !
Il n’est point de malheur dont je ne sois coupable.
Burrhus, avez-vous vu quels regards furieux
Et, si l’on Tout, madame, écouter vos discours,
Néron en me quittant m’a laissés pour adieux?
Ma main de Claude même aura tranché les jours.
C’en est lait, le cruel n’a plus rien qui l'arrête ;
Son fils vous étoit cher, sa mort peut tous con-
Le coup qu’on m’a prédit va tomber sur ma tête.
fondre;
IL vous accablera vous-même à votre tour. ,
Mais des coups du destin je ne puis pas répondre.
UrRRIITS.
AGRIPPINE.
Ah ! madame , pour moi j’ai vécu trop d’un jour.
Non , non, Britannicus est mort empoisonné ;
Plût au ciel que sa main , heureusement cruelle
Narcisse a fait le coup , vous l’avez ordonné.
Eût fait sur moi fessai de sa fureur nouvelle!
NÉRON.
Qu’il ne m’eût pas donné parce triste attentat
Madame!... Mais qui peut vous tenir ce langage?
tn gage trop certain des malheurs de l’état!
NARCISSE.
Son crime seul n’est pas ce qui me désespère;
Hé! seigneur, ce soupçon vous fait-il tant d’ou-
Sa jalousie a pu l’armer contre son frère ;
trage * ° 4 ?
Mais s’il vous faut, madame, expliquer ma douleur,
Britannicus , madame , eut des desseins secrets
Néron l’a vu mourir sans changer de couleur.
Qui vous auroient coûté de plus justes regrets :
Ses veux indifférents ont déjà la constance
Il aspiroit plus loin qu’à l’hymen de Junie;
D’un tyran dans le crime endurci dès l’enfance.
[>e vos propres bontés il vous auroit punie.
Qu’il achève , madame , et qu’il fasse périr
Il vous tronipoit vous-même ; et son cœur offensé
TTn ministre importun qui ne le peut souffrir.
Prétendoit tôt ou tard rappeler le passé.
ITélas! loin de vouloir éviter sa colère ,
Soit donc que malgré vous le sort vous ait servie,
La plus soudaine mort me sera la plus chère.
Soit qu’instruit des complots qui meuaçoientsa vie,
Sur ma fidélité César s'en soit remis.
Laissez les pleurs , madame ,à vos seuls ennemis ;
SCÈNE VIII.
Qu’ils mettent ce malheur au rang desplus sinistres,
Mais vous...
AGRIPPINE, BURRHUS, ALBINE,
AGRIPPINE.
Poursuis, Néron : avec de tels ministres,
Al,BINE.
Par des faits glorieux tu te vas signaler ;
Ah! madame, ah ! seigueur, courez vers l’em*
Poursuis. Tu n’as pas fait ce pas pour reculer :
pereur;
Ta main a commencé par le sang de ton frère ;
Venez sauver César de sa propre fureur,
Je prévois que les coups viendront jusqu’à ta mère.
II se voit pour jamais séparé de Junie.
Dans le fond de ton cœur je sais que tu me hais ;
AGRIPPINE.
Tu voudras f affranchir du joug de mes bienfaits.
Quoi! Junie elle-même a terminé sa vie ?
Mais je veux que ma mort le soit même inutile :
ALBINE.
Ne croi9 pas qu’en mourant je te laisse tranquille :
Pour accabler César d’un éternel ennui,
Home, ce ciel , ce jour que tu reçus de moi,
Madame, sans mourir elle est morte pour lui.
Partout, à tout moment, m’offriront devant toi.
Vous savez de ces lieux comme elles’est ravie 10 5 :
Tes remords te suivront comme autant de furies ;
Elle a feint de passer chez la triste Octavie ;
Tu croiras les calmer par d’autres barbaries ;
Mais bientôt elle a pris des chemins écartés,
Ta fureur, s’irritant soi-même dans son cours ,
Où mes yeux ont suivi ses pas précipités.
I)’un sang toujours nouveau marquera tous tes
Des portes du palais elle sort éperdue.
jours.
D’abord elle a d’Auguste aperçu la statue ;
Mais j’espère qu’enfin le ciel, las de tes crimes,
Et, mouillant de ses pleurs le marbre de sespieds ,
Ajoutera ta perle à tant d’autres victimes ;
Que de ses bras pressante elle lenoit liés :
Qu’après t’être couvert de leur sang et du mien ,
* Prince , par ces genoux, dit-elle, que j'embrasse,
Tu te verras forcé de répandre le lien ;
« Protège en ce moment le reste de ta race :
Et ton nom paroîlra dans la race future,
« Rome, dans ton palais vient de voir immoler
Aux plus cruels tyrans une cruelle injure.
* Le seul de les neveux qui te pût ressembler.
Voilà ce que mon cœur se présage de toi.
« On veut après sa mort que je lui sois parjure ;
Adieu : tu peux sortir.
« Mais pour lui conserver une foi toujours pure,
NÉCO.V.
* Prince , je me dévoue à ces dieux immortels
Narcisse, suivez-moi.
» Dont ta vertu t’a fait partager les autels. «
Le peuple cependant, que ce spectacle étonne,
Vole de toutes parts, se presse, l’environne,
S’attendrit à ses pleurs ; et, plaignant son ennui,
D’une commune voix la prend sous son appui;