NOTES DE BRITANNICUS. 187
plus admirables de la pièce; mais c’est un desmoins semis. Néron , toujours foible, se défend,et nie le crime. Narcisse, avec une impudencedigne des scélérats consommés , encourage, en-hardit son maître : il lève le masque, il avouetout, et soutient que tout est bien fait. C’est lediscours d’un scélérat qui compte déjà sur le crè-ilii que lui donne le crime sur un maître tel queNéron. Agrippine elle-même est confondue de cetexcès d'effronterie ; et, n’espèrant plus rien deson fils, c’cst alors qu’elle laisse un libre coursà sa fureur, et qu’elle accable Néron des impréca-tions les plus terribles. Geoffroy.
1,16 On se dérobe, on s’échappe de quelque en-droit; mais 011 ne peut se ravir d’un lieu. C’est lehuitième et dernier des vers que la critique la plussévère puisse être autorisée à rayer de cet ou-vrage. La Harpe.
loe F air un silence. Quand on vnudroit exami-ner à la rigueur celte expression , on la trouveroittrès juste. Peut-on faire entendre en moins demots que le silence de Néron étant la preuve desa fureur, chacun s'enfuit? C’est par ces alliancesde mots que le poète dit les choses avec tant devivacité , et se fait une langue qui semble n’êtrequ’à lui. L. Racine.
1o? Ce récit renferme quelques négligences,telles que tenir le marbre de ses pieds lié de ses braspressants; César, qttin’ose distraire, pour qui n’osearrêter; des yeux mat assurés qui n’osent lever desregards égarés; le caprice qui peut porter unamant à se tuer. On peut également observer quec’est trop de quatre vers pour désigner les ves-tales. Cette description jette uti peu de froideurdans ce récit. A. Martin.
BÉRÉNICE.
A MONSEIGNEUR COLBERT,
SÉCSÉTAlIiE D'ÉTAT, CONIRÔLBUR-GÉNÉRAL DES FINANCES, SURINTENDANT DES BATIMENTS, GRAND-TRÉSORIERDES ORDRES DU ROI, MARQUIS DE SEIGNELAT, etc.
Monseigneur ,
Quelque juste défiance que j’aie de moi-memeet de mes ouvrages, j’ose espérer que vous ne con-damnerez pas la liberté que je prends de vous dé-dier cette tragédie. Vous 11e l’avez pas jugée tout-à-fait indigne de votre approbation. Mais ce quifait son plus grand mérite auprès de vous , c’est,Monseigneur, que vous avez été témoin du bonheurquelle a eu de ne pas déplaire à Sa Majesté.
L’on sait que les moindres choses vous deviennentconsidérables, pour peu qu’eiJes puissent servir ouà sa gloire ou à son plaisir; et c’est ce qui faitqu’au milieu de tant d’importantes occupations,où le zèle de votre prince et le bien public voustiennent continuellement attaché , vous ne dédai-gnez pas quelquefois de descendre jusqu’à nous,pour nous demander compte de notre loisir.
J’auroîs ici une belle occasion de m’étendre survos louanges, si vous me permettiez de vous louer.
Et que ne diroîs-je point de tant de rares qualitésqui vous ont attiré l’admiration de toute la France;de cette pénétration à laquelle rien n’échappe ;de cet esprit vaste qui embrasse, qui exécute toutà la fois tant de grandes choses ; de rctle âme querien n’étonne , que rien ne fatigue !
Mais, Monseigneur , il faut être plus retenu àvous parler de vous-même ; et je craindrois dem’exposer, par un éloge importun , à vous fairerepentir de l’aücnlion favorable dont vous m’avezhonoré; il vaut mieux que je songe à la mériterpar quelques nouveaux ouvrages : aussi-bien c’estle plus agréable remerciement qu’on vous puissefaire. Je suis avec un profond respect,
Monseigneur ,
votre très humble et très obéissantserviteur,
Racine.