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BAJAZET.
nicre que ]e le représente. Amurat avoit encoreun frère , qui fut depuis le sultan Ibrahim, et quece même Animât négligea comme un prince stu-pide, qui ne lui domioit point d’ornbrage. SultanMahomet, qui règne aujourd'hui, est fils de cetIbrahim , et par conséquent neveu de Bajazet.
Les particularités de la mort de Bajazet ne sontencore dans aucune histoire imprimée. M. le comtede Cézy étoit ambassadeur à Constantinople lors-que cette aventure tragique arriva dans le sérail.II fut instruit des amours de Bajazet, et de? jalou-sies de la sultane : il vit même plusieurs fois Baja-zet, à qui un permettnit de se promener quelque-fois à la pointe du sérail, sur le canal de la merNoire. M. le comte de Cézy disoit que c’étoîtun prince de bonne mine. Il a écrit depuis lescirconstances de sa mort : il y a encore plusieurspersonnes de qualité 5 qui se souviennent de luien avoir entendu faire le récit lorsqu’il fut de re-tour en France.
Quelques lecteurs pourront s’étonner qu’on aitosé mettre sur la scène une histoire si rccente;mais je n’ai rien vu dans les règles du poème dra-matique qui dût me détourner de mon entreprise.A la vérité, je ne conseillerons pas à un auteur deprendre pour sujet d'une tragédie une actionaussi moderne que celle-ci , si elle s’éloit passéedans le pays où il veut faire représenter sa tragé-die , ni de mettre des héros sur le théâtre, quiauroient été connus de la plupart des spectateurs.Les personnages tragiques doivent être regardésd’un autre reij que nous ne regardons d’ordinaireles personnages que nous avons vus de si près-
On peut dire que le respect que l’on a pour leshéros augmente à mesure qu’ils s’éloignent denous : major e longinquo revercnlîa. L’éîoignementdes pays répare en quelque sorte la trop grandeproximité des temps : car le peuple ne met guèrede dilFérence entre ce qui est, si j’ose ainsi parler,à mille ans île loi, et ce qui en est à mille lieues.C’est ce qui fait, par exemple, que les person-nages turcs , quelque modernes qu’ils soient, ontde la dignité sur notre théâtre : on les regarde debonne heure comme anciens. Ce sont des mœurset des coutumes toutes différentes. Nous avons sipeu de commerce avec les princes et les autrespersonnes qui vivent dans le sérail, que nous lesconsidérons , pour ainsi dire , comme des gens quivivent dans un autre siècle que le nôtre.
C’étoit à peu pi cs de cette manière que les Per-sans étoient anciennement considérés des Athé-niens. Aus.d le poète Eschyle ne lit point de diffi-culté d’introduire dans une tragédie la mère deXercès , qui étoit peut-être encore vivante , et defaire représenter sur la théâtre d’Athènes la déso-lation de la cour de Perse, après la déroute de ceprince. Cependant ce même Eschyle s’étoit trouvéen personne à la bataille de Salamino , où Xercèsavoit élc vaincu ; cl il s’étoit trouvé encore à ladéfaite des lieutenants de Darius, père de Xercès,dans la plaine de Marathon : car Eschyle étoithomme de guerre , et il étoit frère de ce fameuxCynégire, dont il est tant parlé dans l’antiquité ,et qui mourut si glorieusement en attaquant undes vaisseaux du roi de perse 4 .
PERSONNAGES.
BAJAZET , frère du sultan Amurat.ROXANE, sultane favorite du sultan Amurat.ATA1.IDE, fille du sang ottoman.
ACOMàT, grand-visir.
OSMIN, confident du grand-visir.ZATJME, esclave de la sultane.ZAÏRE, esclave d’Alalide.
GAADES.
La seine est ù Constantinople , autrement dite Bysance , dans le sérail du grand-seigneur.
ACTE PREMIER.
SCÈNE I.
ACOMAT, OSMIN.
ACOMAT.
Viens, suis-moi. La sultane en ce lieu se doit rendreJe pourrai cependant te parler et t’entendre.
OSMIN.
El depuis quand, seigneur, en tre-t-on dans ces lieuxDont l’accès étoil même inlerdit à nos yeux ?Jadis une mort prompte eût suivi cette audace.
ACOMAT.
Quand tu seras instruit de tout ce qui se passe ,Mon entrée en ces lieux ne te surprendra plus.Mais laissons, cher Oamin , les discours superflus.Que ton retour tardoit à mon impatience 1I.t que d’un œil content je te vois dans Bysunce îInstruis-moi des secrets.que peut t’avoir apprisUn voyage si long , pour moi seul entrepris.
De ce qu’ont vu tes yeux parle en témoin sincère;Songe que du récit, Osmin , que tu vas faire,Dépendent les deslins de l’empire ottoman.Qu’as-tu vu dans l’armée , et que fait le sultan ?
OSMIN.
Babyloue , seigneur, à son prince fidèle ,
Voyoil sans s’étonner notre armée autour d’elle;