222 BAJAZET.
Mais, quelque ambition , quelque amour qui tue
brûle,
Je ne puis plus tromper une amante crédule.
ACTE TROISIÈME.
En vain , pour me sauver, je tous I’aurois promis :
Et ma bouche et mesycux, du mensonge ennemis,Peut-être, dans le temps que je voudrais lui plaire,
SCÈNE I.
Ferment par leur désordre un effet tout contraire 4 ? ;
Et de mes froids soupirs ses regards offensés
ATALIDE, ZAÏRE.
Ycrroient trop que mon cœur ne lésa point poussés.
ATALIDE.
0 ciel ! combien de fois je l’aurois éclaircie ,
Zaïre, il e9t donc vrai, sa grâce est prononcée ?
Si je n’eusse à sa haine exposé que ma vie ;
ZAÏRE.
Si je n’avois pas craint que ses soupçons jalous
Je vous l’aî dit, madame : une esclave empressée ,
N’eussent trop aisément remonté jusqu’à vous!
Qui couroil de Roxane accomplir le désir 4 9 ,
Et j’irois l’abuser d’une fausse promesse!
Aux portes du sérail a reçu le visir.
Je me paTjureroisJ Et, par cette bassesse....
Ils ne m’ont point parlé ; mais , mieux qu’aucun
Ah! loin de m’ordonner cet indigne détour,
langage,
Si votre cœur éloit moins plein de son amour.
Le transport du visir marquoit sur son visage
Je vous verrois, sans doute, en rougir la première.
Qu’un heureux changement le rappelle au palais,
Mais, pour vous épargner une injuste prière,
Et qu’il y vient signer une éternelle paix.
Adieu ; je vais trouver Roxane de ce pas,
Roxane a pris, sans doute, une plus douce voie.
Et je voub quitte.
ATAI.IDE.
ATALIDE.
Ainsi, de toutes parts , les plaisirs et la joie
Et moi, je ne vous quitte pas.
M'abandonnent, Zaïre , et marchent sur leurs pas.
Venez , cruel, venez , je vais vous y conduire :
J’ai fait ce que j’ai dû ; je ne m’en repens pas.
Kl tic tons nos secrets c’est mol qui veux l’instruire.
ZAÏJ1L’.
Puisque, malgré mes pleurs, mon amant furieux
Quoi, madame ! Quelle est cette nouvelle alarme ?
Se lait tant de plaisir «1 expirer à mes veux,
ATALIDE.
Roxane, malgré vous, nous joindra l’un et l’antre :
Et ne t’a-t-nn point dît, Zaïre , par quel charme ,
Elle aura plus de soif de mon sang que du vôtre ;
Ou , pour mieux dire enfin , par quel engagement
Et je pourrai donner à vos yeux effrayés
Bajazet a pu faire un si prompt changement ?
l.e spectacle sanglant que vous me prépariez.
jRorane en sa fureur paroissoit inflexible;
BAJAZET.
A-t-elle de son cœur quelque gage infaillible?
0 ciel ! quefaites-vous ?
Tarie. L'épouse-t-il ?
ATALIDE.
ZAÏRE.
Cruel! pouvez-vous croire
Je n’en ai rien appris.
Que je sois moins que vous jalouse de ma gloire 48 ?
Mais enfin s’il n’a pu se sauver qu'à ce prix ;
Pensez-vous que cent fois , en vous faisant parler.
S’il fait ce que vous-même avez su lui prescrire ,
Ma rougeur ne fût pas prête à me déceler?
S’il l’épouse , en un mot...
Mais on me présentoit votre perte prochaine.
ATALIDE.
Pourquoi faut-il, ingrat! quand la mienne est
S’il l’épouse , Zaïre 1
certaine ,
ZAÏRE.
Que vous n’osiez pour moi ce quo j’osois pour vous?
Quoi ! vous repentez-vous des généreux discours
Peut- être il suffira d'un mot un peu plus doux ;
Que vous dictoit le soin de conserver ses jours ?
Roxane dans son cœur peut-être vous pardonne.
ATALIDE.
Vous-même, vous voyez le temps qu’elle vous donne :
Non, non : Une fera que ce qu'il a dû faire.
A-t-elle , en vous quittant , fait sortir le visir ?
Sentiments trop jaloux, c’est à vous de.vous taire :
Des gardes à mes veux viennent-ils vous saisir ?
Si Bajazet l’épouse , il suit mes volontés;
Enfin , dans sa fureur implorant ni on adresse ,
Respectez ma vertu qui vous a surmontés;
Sespleurs ne m’ont-ils pas découvert sa tendresse ?
A ces nobles conseils ne mêlez point le vôtre ;
Peut-être elle n’attend qu’un espoir incertain
Et, loin de me le peindre entre les bras d’une autre,
Qui lui fasse tomber les armes de la main.
Laissez-moi sans regret me le représenter
Allez , seigneur, sanvczvotre vie et la mienne.
Au trône où mon amour l’a forcé de monter.
BA.TAZF.T.
Oui, je nie rcconnois , je suis toujours In même.
Hé bien!... Mais quels discours faut-il que je lui
Je vouJois qu’il m’aimai, chère Zaïre; il m’aime :
tieune ?
Et du moins cet espoir me console aujourd’hni
Al'AL IDE.
Que je vais mourir digne et contente de lui.
Ah ! daignez sur ce choix ne me point consulter.
ZAÏRE,
L’occasion, le ciel pourra vous les dicter.
Mourir! Quoi! vous auriez un dessein si funesle?
Allez t entre elle et vous je ne dois point paroître:
ATALIDE.
Votre trouble ou le mien nous ferait reconnoître.
J’ai cédé mon amant ; tu t’étonnes du reste !
Allez: encore un coup, je n’ose m’y trouver.
Dites... tout ce qu’il faut, seigneur, pour vous sauver.
Peux-tu compter, Zaïre , au nombre des malheurs
Une mort qui prévient et finit tant de pleurs?
V
Qu’il vive, c’est assez. Je l’ai voulu , sans doute ;
1
!
Et je le veux toujours, quelque prix qu’il m’eucoûte.