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Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
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ACTE III, SCÈNE IIII.

Je nexamine point ma joie ou mon ennui :

Jaime assez mou amant pour renoncer à lui.

Mais , hélas! il peut bien penser avec justiceQue, si jai pu lui faire un si grand sacrifice ,

Ce cœur, qui de sesjoursprend ce funeste soin ,Laime trop pour vouloir en être le témoin.

Allons, je veux savoir...

ZAÏRE.

Modérez-vous de grâce :

On vient vous informer de tout ce qui se passe.

Cest le visir.

SCÈNE II.

ATALIDE , ACOMAT , ZAÏRE.

ACOMAT.

Enfin , nos amants sont daccord ,Madame; un calme heureux nous remet daus le port.La sultane a laissé désarmer sa colère ;

Elle ma déclaré sa volonté dernière ;

Et, tandis quelle montre au peuple épouvantéDu prophète divin létendard redouté,

Quà marcher sur mes pas Bajazet se dispose,

Je vais de ce signal faire entendre la cause ,

Remplir tous les esprits dune juste terreur,

Et proclamer enfin le nouvel empereur.

Cependant permettez que je vous renouvelleLe souvenir du prix quon promit à mon zèle.Nattendez point de moi ces doux emportements,Tels que jen voisparoître au cœur de ces amants;Mais, si par dautres soins, plus dignes de mon âge,Par de profonds respects, par un long esclavage ,Tel que nous le devons au sang de nos sultans ,Jepuis...

ATALIDE.

Vous m'en pourrez instruire avec le temps.Avec le temps aussi vous pourrez me connoîlrc.Mais quels sont ces transports quils vous ont faitpnroîlre ?

Af OMIT.

Madame, doutez-vous des soupirs enflammésDe deux jeunes amants l'un de lautre charmés ?

ATALIDE.

Non ; mais, à dire vrai, ce miracle métonne.

Et dit-on à quel prix Koxane lui pardonne?Lépouse-t-il enlin ?

ACOMAT.

Madame , je le croi.

Voici tout ce qui vient darriver devant moi :Surprisse Tatouerai, de leur fureur commune ,Querellant les amants , lamour, et la fortune,Jétois de ce palais sorti désespéré.

Déjà , sur un vaisseau dans le port préparé ,Chargeant de mon débris les reliques plus chères 5Je méditais ma fuite aux terres étrangères.

Dans ce triste dessein au palais rappelé,

Plein de joie et despoir, jai couru , jai volé.

La porte du sérail à ma voix sest ouverte,

Et dabord une esclave à mes yeux sest offerte ,

Qui ma conduit sans bruiL dans un appartement Roxane attentive écoutoit son amant.

Tout gardoit devant eux un auguste silence:Moi-même , résistant à mon impatience,

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Et respectant de loin leur secret entretien,

Jai long-temps, immobile, observé leur maintien.Enfin , avec des yeux qui découvroicnl son âme ,Lune a tendu la main pour gage de sa llammèLautre, avec des regards éloquents, pleins damour,La de ses feux, madame , assurée à son tour.

ATALIOB.

Hélas!

ACOMAT.

Ils mont alors aperçu Puu et lautre.

* Voilà, ma-t-elle dit, voire prince et le nôtre.

« Je vais, brave Acomat, le remettre eu vos mains.

« Allez lui préparer les honneurs souverains ;

« Quun peuple obéissant lattende dans le temple :

« Le sérail va bientôt vous en donner lexemple. »Aux pieds de Bajazet alors je suis tombé ;

Et soudain à leurs yeux je me suis dérobé :

Trop heureux davoir pu , par un récit fidèle,

De leur paix, en passant, vous conter la nouvelle,Et macquitter vers vous de mes respects profonds 51 !Je vais le couronner, madame , et jen réponds.

SCÈNE III.

ATALIDE, ZAÏRE.

ATALIDE.

Allons, retirons-nous, ne troublons point leur joie.

ZAÏRE,

Ah , madame! croyez...

ATALIDE.

Que veux-lu que je croie ?Quoi donc! à ce spectacle irai je mexposer?

Tu vois que oen est fait, ils se vont épouser;

La sultane est contente ; il lassure quil laiine.Mais je ne men plains pas, je lai voulu mobmême.Cependant croyois-tu , quand , jaloux de sa foi,

Il salloit plein damour sacrifier pour moi ;

Lorsque son cœur, tautût mexprimant sa tendresse,Rcfusoil à Roxane une simple promesse ;

Quand mes larmes en vain tâchoienl de lémouvoir;Quand je mapplaudissois de leur peu de pouvoir,Croyois-tu que son cœur, contre toute apparence ,Pour la persuader trouvât tant déloquence ?

Ah! peut-être, après tout, que sans trop se for-cer s2 ,

Tout ce quil a pu dire , il a pu le penser.

Peut-être en la voyant, plus sensible pour elle ,

Il a vu dans ses yeux quelque grâce nouvelle ;

Elle aura devant lui fait parler ses douleurs ;

Elle laime ; un empire autorise ses pleurs :

Tant damour touche enfin une âme généreuse.Hélas! que de raisons contre une malheureuse!

ZAÏRE.

Mais ce succès, madame, est encore incertain.Attendez.

ATALIDE.

Non , vois-tu , je le nierois en vain 53 .

Je ne prends point plaisir à croître ma misère ;

Je sais pour se sauver tout ce quil a faire.Quand mes pleurs vers Roxane ont rappelé ses pas.

Je n'ai point prétendu quil ne mobéît pas :

Mais, après les adieux que je venois dentendre ;Après tous les transports dune douleur si tendre,