ACTE III, SCÈNE VI—VIII. 225
J’impute à son amour l’effet de son caprice.
SCÈNE VI.
N’eût-il pas jusqu’au bout conduit son artifice?
ROXANE, ATALIDE, ZAÏRE.
Prêt à voir le succès de son déguisement,
Quoi ! ne pou voit-il pas feindre encore un moment ?
ROXANE.
Non, non, rassurons-nous : trop damour min*timide.
De quel étonnement, ô ciel! suis-je frappée!
Et pourquoi daus son cœur redouter Atalide ?
Est-ce un songe?et mes yeux ne m’ont-ilspoint trompée?
Quel seroil son dessein ? Qu’a-l-elle fait pour lui ?
Quel est ce sombre accueil, et ce discours glacé
Qui de nous deux enfin le couronne aujourd’hui ?
Oui semble révoquer tout ce qui s'est passé ?
Mais, hélas I de l’amour ignorons-nous l’empire?
Sur quel espoir croît-il que je me sois rendue ,
Si par quelque autre charme Atalide l’attire ,
Et qu’il ait regagné mon amitié perdue ?
Qu impolie qu’il nous doive et le sceptre et le jour ?
J’ai cru qu’il me juroit que jusques à la mort
Les bienfaits dans un cœur balancent-ils l’amour?
Son amour me laissoit maîtresse île son sort.
Et sans chercher pins loin, quand l’ingrat me sut
Se rcpenl-il déjà de m’avoir apaisée ?
plaire ,
Mais moi-même tantôt me serois-je abusée ?
Ai je mieux reconnu les bontés de son frère?
A b' Msmil vous parloit : duels étoient ses discours.
Ali ! si d’une autre chaîne il n’éloitÿ*oint lié,
Madame ?
L’offre de mon hymen l'eût il tant effrayé?
ÀTAT.inK.
N’eût-il pas sans regret secondé mon envie?
Moi, madame! Il vous aime toujours.
L’eûi-il refusé même aux dépens de sa vie ?
ROXANE.
Q ne de justes raisons... Mais qui vient me parler ?
Il y va de sa vie , au moins, que je le croie.
Que veut-on ?
Mais, de grâce, parmi tant de sujets de joie,
Répondez-moi, comment pouvez-vous expliquer
SCÈNE VIII.
Ce chagrin qu’en sortant il m’a fait remarquer ?ATALIDE.
ROXANE, ZATIME.
Madame, ce chagrin n’a point frappé ma vue.
Il m’a de vos bontés long temps entretenue ,
ZATÎJIE.
Il en étoit tout plein quand je l’ai rencontré ;
Pardonnez si j’ose tous troubler :
J’ai cru Je voir sortir tel qu’il étoit entré.
Mais, madame, un esclave arrive de l’armée ;
Mais, madame , après tout, faut-il être surprise
Et, quoique sur la mer la porte fui fermée,
Que , tout prêt d’achever cette grande entreprise ,
Les gardes , sans tarder, l’ont ouverte à genoux,
Bajazet s’inquiète , CL qu’il laisse échapper
Aux ordres du sultan qui s’adressent à vous.
Quelque marque des soins qui doivent loccuper?
Mais ce qui me surprend, c’est Orcan qu’il envoie.
F.O.VAiNE.
ROXANK.
Je vois qu’à l’excuser votre adresse est extrême :
Orcan 1
Voua parlez mieux pour lui qu’il ne parle lui-
ZATIME.
même.
Oui, de fous ceux que le sullan emploie ,
AXAI, ms.
Orcan , le plus fidèle à servir ses desseins ,
Et quel autre intérêt...
Né sous le ciel brûlant des plus noirs Africains.
ROXANE.
Madame, il vous demande avec impatience.
Madame, c'est assez :
Mais j’ai cru vous devoir avertir par avance.
Je codçoîs vos raisons mieux que vous ne pensez.
Et, souhaitant surtout qu’il ne vous surprît pas ,
Laissez-moi : j’ai besoin d’un peu de solitude.
Dans votre appartement j’ai retenu ses pas.
Ce jour me jette aussi dans quelque inquiétude :
ROXANE.
J’ai, comme Bajazct, mon chagrin et mes soins ;
Quel malheur imprévu vient encor me confondre ?
Et je veux un moment y penser sans témoins.
Quel peut être cet ordre ? et que puis je répondre ?
Il n’en faut point douter, le sultan inquiet
Une seconde fois condamne Bajazct.
SCÈNE VII.
On ne peut sur ses jours sans moi rien entreprendre.
ROXANE.
Tout m’obéit ici. Mais dois-je le défendre?
Quel est mon empereur ? Bajazet ? Amurat ?
De tout ce que je vois que faut-il que je pense ?
J’ai trahi l’un ; mais l’autre est peut-être un ingrat.
Le temps presse. Que faire en ce doute funeste ?
Tous deux à me tromper sont-ils dintelligence?
Allons, employons bien le moment qui nous reste.
Pourquoi ce changement, ce discours, ce départ ?
N’ai-jepas même entre eux surpris quelque regard?
Laisse par quelque marque échapper son secret.
Bajazet interdit ! Àtalide étonnee 1
Observons Bajazct : étonnons Alalide :
0 ciel 1 à cet affront m’auriez-vous condamnée ?
Et couronnons l’amant, ou perdons le perfide.
De mon aveugle amour seroient-ce là les fruits?
Tant de jours douloureux, tant d’inquiètes nuits ;
Mes brigues, mes complots, ma trahison fatale ,N’aurois-je tout tenté que pour une rivale ?
Mais peut-être qu’aussi, trop prompte à m’affliger.J’observe de trop près un chagrin passager :