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Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
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22 6

BAJAZET.

ACTE QUATRIÈME.

SCÈNE I.

SCÈNE III.

JiOXAXE. ATALIDE, ZATIME.

ATALIDE, ZAÏRE.

ATALIDE.

Ah ! sais-tu mes frayeurs? sais-tu que dans ces lieuxJ'ai vu du fier Orrau le visage odieux?

En ce moment fatal, que je crains sa venue îQue je crains... Riais dis-moi, Bajazet t’a-t-il vue ?Qu’a-t-il dit? se rend-il, Zaïre , à mes raisons ?Ira-t-il voir Roxane, et calmer ses soupçons ?

t ZAÏRE.

la voir sans qu’elle le commande :Koxanc ainsi l’ordonne , elle veut qu’il l’attende.Sans doute à cet esclave elle veut le cacher.

J’ai feint en le voyant de ne le point chercher.

J’ai rendu votre lettre , et j’ai pris sa réponse.Madame , vous verrez ce qu’elle vous annonce.atalide Ut:

i Après tant d’injustes détours ,

«Faut-il qu’à feindre encor votre amour me convie 1« Mais je veux bien prendre soin d’une vie« Dont vous jurez que dépendent vos jours :

« Je verrai la sultane ; et, par ma complaisance,

« Par de nouveaux serments de ma reeomioissanee,

• J’apaiserai, si je puis , son courroux.

« N’exigez rien de pl us : ni la mort, ni vous-même« Ne me ferez jamais prononcer que je l’aime ,

« Puisque jamais je n’aimerai ijue vous. »

Hélas î que rue dit il ? Croit-il que je l'ignore ?

Ne sais-je pas assez qu’il m’aime , qu’il m’adore ?Est-cc ainsi qu'à mes vœux il sait s’accommoder ?C’est Roxane, et non moi, qu’il faut persuader.

De quelle crainte encor me laisse-t-il saisie!Funeste aveuglement / perfide jalousie .’

Récit menteur, soupçon que je n’ai pu celer,Falloit-il vous entendre , ou falluil-il parler!

C’étoit fait, mon bonheur snrpassoit mon attente *7;J’étois aimée, heureuse ; eL Roxane contente.Zaïre, s’il se peut, retourne sur les pas ;

Qu’il l’apaise. Ces mots ne me suffisent pas :

Que sa bouche, ses yeux, tout l’assure qu’il l’aime :Qu’elle le croie cDfin. Que ne puis-je moi-même ,Écbauffantpar mes pleurs ses soins trop languissants,Mettre dans ses discours tout l’amour queje sens!Mais à d’autres périls je crains de le commettre 5 8 .ZAÏRE.

Roxane vient à vous.

ATALIDE.

Ah! cachnnscefie lettre!

SCÈNE II.

ROXANE, ATALIDE, ZATIME , ZAÏRE.roxane , à Zatime.

Viens, J’ai reçu cet ordre. Il faut l’intimider.atalide, à Zaïre.

Va, cours ; et tache enfin de le persuader.

Madame , j’ai reçu des lettres de l’arméeDe tout ce qui s’y passe êtes-vous informée ?ATAirnc.

On m’a dit que du camp un esclave est venu :

Le reste est un secret qui ne m’est pas connu.

ROXANE.

Amurat est heureux : la fortune est changée ,Madame , et sous ses lois Bahylone est rangée.

ATALIDE.

Hé quoi, madame! Osmin...

ROXANE.

Eloit mal averti 6 0 ;

Et depuis son départ cet esclave est parti.

C’en est fait.

atalide , à part.

Quel revers !

ROXANE-

Pour comble de disgrâces,Le sulian , qui l’envoie , est parti sur ses traces.

ATALIDE.

Quoi ! les Persans armés ne l'arrêtent donc pas ?

ROXANE.

Non, madame : vers nous il revieut à grands pas.

ATALIDE.

Que je vous plains, madame ! et qu’ilest nécessaireD’achever promptement ce que vous vouliez faire I. ROXANE.

Il est tard de vouloir s’opposer au vainqueur.atalide , à part.

O ciel I

ROXANE.

Le temps n’a point adouci sa rigueur.Vous voyez dans mes mains sa volonté suprême.

ATALIDE.

Et que vous mande-t-il?

ROXANE.

Voyez: lisez vous-même.Vous eonnoissez. madame , et lu lettre et le seing.

ATALIDE.

Du cruel Amurat je reconnois la main.

( elle lit.)

« Avam que Bahylone éprouvât ma puissance,

« Je vous ai fait porter mes ordres absolus :

« Je ne veux point douter de votre obéissance,

« El crois que maintenant Bajazet ne vit plus.

« Je laisse sous mes lois Bahylone asservie,

« El confirme en partant mon ordre souverain.

« Vous , si vous avez soin de votre propre vie,

« Ne vous montrez à moi que sa tête à la main. »

ROXANE.

Hé bien ?

atalide , « part.

Cache tes pLeurs , malheureuse Atalide.

ROXANE.

Que vous semble ?

ATALIDE.

Il poursuit son dessein parricide.