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Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
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ACTE IV ? SCÈNE III—V.

227

Mais il pense proscrire un prince sans appui :

II ne sait pas l’amour qui vous parle pour lui ;Que vous et Bajazet vous ne faites qu’-une âme ;Que plutôt, s’il le faut, vousmourrez...

Mui, madame!

Je vuudrois le sauver,je ne le puis haïr;

Mais...

A.TAI.IDE.

Quoi donc ? qu’avez-vous résolu ?

ItOXANE.

D’obéir.

D’obéir I

ATAT.IIVE.

flOXANE.

Et que faire en ce péril eairême?

Il le faut.

ATALIIVE.

Quoi 1 ce prince aimable... qui vous aime,Verra finir ses jours qu’il vous a destinés !

XOXAXE.

Il le faut: et déjà mes ordres sont donnés.ATALIDK.

Je me meurs.

ZATIME.

Elle tombe , et ne vil plus qu’à peine.

«OXASE.

Allez, eonduisez-la dans la chambre prochaine;Mais au moins observez ses regards , ses discours ,Tout ce qui convaincra leurs perfides amours.

SCÈNE IV.

Ï10XANE.

Ma rivale à mes yeux s’est enfin déclarée.

Voilà sur quelle foi je m’étois assurée!

Depuis six mois entiers j’ai cru que , nuit et jour,Ardente , elle Teilloit au soin de mon amour :

Et c’est moi qui, du sien ministre trop fidèle ,Semble depuis six mois ne veiller que pour elle ;Qui me suis appliquée à chercher les moyensDe lui faciliter tant d’heureux entretiens;

Et qui même souvent , prévenant son envie,

Ai hâté les moments les plus doux de sa vie.

Ce n'est pas tout ; il faut maintenant m’éclaircirSi dans sa perfidie elle a su réussir :

Il faut... Mais que pourxois je apprendre davantage?Mon malheur n’cst-il pas écrit sur son visage?Vois-je pas, au travers de son saisissement 61 ,

T)n cœur dans ses douleurs content de son amant ?Exempte des soupçons dont je suis tourmentée ,Ce n’est que pou r ses jours qu’elle est épouvantée.Yimporte : poursuivons. Elle peut, comme moi,Sur des gages trompeurs s'assurer de sa foi.

Pour le faire expliquer, lendons-Iui quelque ptége.Mais quel indigne emploi îuoi-même m'impose-je !Quoi donc ! à me gêner appliquant mes esprits ,J’irai faire à mes yeux éclater ses mépris?Lui-même il peut prévoir et tromper mon adresse.D’ailleurs, l’ordi c, l’esclave, et le vïsir me presse 6 3 ,Il faut prendre parti ; Ton m’attend. Faisonsmieux 6

Sur tout ce que j’ai vu fermons plutôt les yeux ;

Laissons de leur amour la recherche importune ;Poussons à bout l’ingrat, ci tentons la fortune ;Voyons si, par mes soins sur le trône élevé,

Il osera trahir l’amour qui l’a sauvé ,

El si, de mes bienfaits lâchement libérale ,

Sa main en osera couronner ma rivale.

Je saurai bien toujours retrouver le momentDe punir , s’il le faut, la rivale et l’amant ;

Dans ma juste fureur observant le perfide ,

Je saurai le surprendre avec son Atalide;

Et, d’un même poignard les unissant tous deux ,

Les percer l’un et l’autre, et moi-même après eux 64 .\ uilà, n’en doutons poiul, le parti qu’il faut prendre.

Je veux tout ignorer.

SCÈNE V.

BOXANE, ZATIME.

f.OXANE.

Ah! que viens-tu m’apprendre,Zalime ? Eajazet en est-il amoureux 6 5 ?

Vois-tu , dans ses discours, qu’ils s’entendent tousdeux ?

ZATtME.

Elle n’a point parlé : toujours évanouie ,

Madame , elle ne marque aucun reste de vie 66Que par de longs soupirs et des gémissementsQu’il semble que son cœur va suivre à tous mo-ments.

Vos femmes, dont le soin àl'envi la soulage ,

Ont découvert son sein pour leur donner passage.Moi-même, avec ardeur secondant ce dessein ,J’ai trouvé ce billet enfermé dans son sein 6 ? :Du prince votre amant j’ai reconnu la lettre ,

Et j’ai cru qu’en vos mains je devois le remettre.HOXANE,

Donne... Pourquoi frémir ? et quel trouble soudainMe glace à cet objet, et fait trembler ma main ?

Il peut l’avoir écrit sans m’avoir offensée :

Il peut même... Lisons , et voyons sa pensée :

..ni la mort , ni vous-même ,

» Ne me ferez jamais prononcer que je l’aime ,«Puisque jamais je'n’aimerai que vous. »

Ah ! de la trahison me voilà donc instruite !

Je rcconnois l'appât dont iis m’avoient séduite.Ainsi donc mon amour éloit récompensé,

Lâche , ÎDdigne du jour que je t’avoîs laissé!

Ah! je respire enfin : et ma joie est extrêmeQue le traître , une fois, se soit trahi lui-même.Libre des soins cruels où j’allois m’engager.

Ma tranquille fureur n’a plus qu'à se venger.

Qu’il meure : vengeons-nous. Courez : qu’on lesaisisse ;

Que la main des muets s’arme pour son supplice ;Qu’ils viennent préparer ces nœuds infortunésPar qui de ses pareils les jours sont terminés.Cours , Zalime, sois prompte à servir ma colère.

ZATIME.

Ah! madame!

Quoi donc?

ZATIME.

Si, sans trop vous déplaire,