ACTE IV ? SCÈNE III—V.
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Mais il pense proscrire un prince sans appui :
II ne sait pas l’amour qui vous parle pour lui ;Que vous et Bajazet vous ne faites qu’-une âme ;Que plutôt, s’il le faut, vousmourrez...
Mui, madame!
Je vuudrois le sauver,je ne le puis haïr;
Mais...
A.TAI.IDE.
Quoi donc ? qu’avez-vous résolu ?
ItOXANE.
D’obéir.
D’obéir I
ATAT.IIVE.
flOXANE.
Et que faire en ce péril eairême?
Il le faut.
ATALIIVE.
Quoi 1 ce prince aimable... qui vous aime,Verra finir ses jours qu’il vous a destinés !
XOXAXE.
Il le faut: et déjà mes ordres sont donnés.ATALIDK.
Je me meurs.
ZATIME.
Elle tombe , et ne vil plus qu’à peine.
«OXASE.
Allez, eonduisez-la dans la chambre prochaine;Mais au moins observez ses regards , ses discours ,Tout ce qui convaincra leurs perfides amours.
SCÈNE IV.
Ï10XANE.
Ma rivale à mes yeux s’est enfin déclarée.
Voilà sur quelle foi je m’étois assurée!
Depuis six mois entiers j’ai cru que , nuit et jour,Ardente , elle Teilloit au soin de mon amour :
Et c’est moi qui, du sien ministre trop fidèle ,Semble depuis six mois ne veiller que pour elle ;Qui me suis appliquée à chercher les moyensDe lui faciliter tant d’heureux entretiens;
Et qui même souvent , prévenant son envie,
Ai hâté les moments les plus doux de sa vie.
Ce n'est pas tout ; il faut maintenant m’éclaircirSi dans sa perfidie elle a su réussir :
Il faut... Mais que pourxois je apprendre davantage?Mon malheur n’cst-il pas écrit sur son visage?Vois-je pas, au travers de son saisissement 61 ,
T)n cœur dans ses douleurs content de son amant ?Exempte des soupçons dont je suis tourmentée ,Ce n’est que pou r ses jours qu’elle est épouvantée.Yimporte : poursuivons. Elle peut, comme moi,Sur des gages trompeurs s'assurer de sa foi.
Pour le faire expliquer, lendons-Iui quelque ptége.Mais quel indigne emploi îuoi-même m'impose-je !Quoi donc ! à me gêner appliquant mes esprits ,J’irai faire à mes yeux éclater ses mépris?Lui-même il peut prévoir et tromper mon adresse.D’ailleurs, l’ordi c, l’esclave, et le vïsir me presse 6 3 ,Il faut prendre parti ; Ton m’attend. Faisonsmieux 6
Sur tout ce que j’ai vu fermons plutôt les yeux ;
Laissons de leur amour la recherche importune ;Poussons à bout l’ingrat, ci tentons la fortune ;Voyons si, par mes soins sur le trône élevé,
Il osera trahir l’amour qui l’a sauvé ,
El si, de mes bienfaits lâchement libérale ,
Sa main en osera couronner ma rivale.
Je saurai bien toujours retrouver le momentDe punir , s’il le faut, la rivale et l’amant ;
Dans ma juste fureur observant le perfide ,
Je saurai le surprendre avec son Atalide;
Et, d’un même poignard les unissant tous deux ,
Les percer l’un et l’autre, et moi-même après eux 64 .\ uilà, n’en doutons poiul, le parti qu’il faut prendre.
Je veux tout ignorer.
SCÈNE V.
BOXANE, ZATIME.
f.OXANE.
Ah! que viens-tu m’apprendre,Zalime ? Eajazet en est-il amoureux 6 5 ?
Vois-tu , dans ses discours, qu’ils s’entendent tousdeux ?
ZATtME.
Elle n’a point parlé : toujours évanouie ,
Madame , elle ne marque aucun reste de vie 66Que par de longs soupirs et des gémissementsQu’il semble que son cœur va suivre à tous mo-ments.
Vos femmes, dont le soin àl'envi la soulage ,
Ont découvert son sein pour leur donner passage.Moi-même, avec ardeur secondant ce dessein ,J’ai trouvé ce billet enfermé dans son sein 6 ? :Du prince votre amant j’ai reconnu la lettre ,
Et j’ai cru qu’en vos mains je devois le remettre.HOXANE,
Donne... Pourquoi frémir ? et quel trouble soudainMe glace à cet objet, et fait trembler ma main ?
Il peut l’avoir écrit sans m’avoir offensée :
Il peut même... Lisons , et voyons sa pensée :
..ni la mort , ni vous-même ,
» Ne me ferez jamais prononcer que je l’aime ,«Puisque jamais je'n’aimerai que vous. »
Ah ! de la trahison me voilà donc instruite !
Je rcconnois l'appât dont iis m’avoient séduite.Ainsi donc mon amour éloit récompensé,
Lâche , ÎDdigne du jour que je t’avoîs laissé!
Ah! je respire enfin : et ma joie est extrêmeQue le traître , une fois, se soit trahi lui-même.Libre des soins cruels où j’allois m’engager.
Ma tranquille fureur n’a plus qu'à se venger.
Qu’il meure : vengeons-nous. Courez : qu’on lesaisisse ;
Que la main des muets s’arme pour son supplice ;Qu’ils viennent préparer ces nœuds infortunésPar qui de ses pareils les jours sont terminés.Cours , Zalime, sois prompte à servir ma colère.
ZATIME.
Ah! madame!
Quoi donc?
ZATIME.
Si, sans trop vous déplaire,