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BAJAZET.
Dans les justes transports, madame, où je tous rois,J’osois tous faire entendre une timide voix :Bajazet, il est vrai, trop indigne de vivre ,
Aux mains de ces cruels mérite qu’on le livre ;Mais, tout ingrat qu’il est, croyez-vous aujourd’huiQu’Anmrat ne soit pas plus à craindre que lui?
Et qui sait si déjà quelque bouche infidèleNe l’a point averti de voire amour nouvelle ?
Des cœurs comme le sien . vous le savez assez ,
Ne se regagnent plus quand ils sont offensés;
Et la plus prompte mort, dans ce moment sévère,Devient de leur amour la marque la plus chère.BOXAVH.
Avec quelle insolence et quelle cruautéIls se jouoient tous deux de ma crédulité /
Quel penchant, quel plaisir je sentois à les croire !Tu ne remportons pas une grande victoire ,Perfide, cri abusant ce cœur préoccupé ,
Qui lui-même craignoit de se voir détrompé e 8 !Moi qui, de cebaufraug qui me rendoit si hère,Dans le sein du malheur t’ai cherché la premièrePour attacher des jours tranquilles, fortunés,
Aux périls dont tes jours ètoient environnés 6 9.Après tant de bontés, de soins, d'ardeurs extrêmes,Tu ne sanrois jamais prononcer que tu m’aimes 1Mais dans quel souvenir me laisse-je égarer?
Tii pleures, malheureuse I Ah i tu devoîs pleurer 7 'Lorsque, d’un vain désir ù ta perle poussée,
Tu conçus de le voir la première pensée.
Tu pleures ! cl l’ingrat, tout prêt à te trahir,Prépare les discours dont il vent t’éblouir ;
Pour plaire à ta rivale , il prend soin de sa vie.
Ah! traître! lu mourras!... Quoi ! lu n’es pointpartie ?
Y a. Mais nous-même allons , précipitons nos pas :Qu’il me voie , attentive au soin de son trépas ,
Lui montrer à la fois , et l'ordre de son frère ,
Et de sa trahison ce gage trop sincère.
Toi, Zatime , retiens ma rivale en ces lieux.
Qu’il n’ait, en expirant, que ses cris pour adieux 7 *.Qu’elle soit cependant fidèlement servie ;
Prends soin d’elle : ma haine a besoin de sa vie.
Ab ! si pour son amant facile à s’attendrir,
La peur de son trépas la fît presque mourir,
Quel surcroît de vengeance et de douceur nouvelleDe le montrer bientôt pâle et mort devant elle,
De voir sur cet objet ses regy rds arrêtésMe payer les plaisirs que je leur ai prêtés!
Va, retiens-la. Surtout garde bien le silence.
Moi... Mais qui vient ici différer ma vengeance?
Déclarez-vous , madame: et, sans plus différer...
ItOXANK.
Oui, vous serez content, je vais me déclarer.
ACOMAT.
Madame , quel regard , et quelle voix sévère ,Malgré votre discours , m’assurent du contraire ?Quoi! déjà votre amour, des obstacles vaincu 7
ROXAXE.
Bajazet est un traître , et n’a que trop vécu.
Lui!
ROXANG.
Pour moi, pour vous-même, également perfide 7 5 ,Il nous trompoit tous deux.
A.COVAT.
Comment?
ROXAXE.
Cette Atalide,
Qui même n’éloil pas un assez digne prixDe tout ce que pour lui vous avez entrepris...ACOMAT.
Hé bien ?
ROX4VR.
Lisez : jugez , après cette insolence,
Si nous devons d’un traître embrasser lu défense.Obéissons plutôt à la juste rigueurD’Amurat qui s’approche et retourne vainqueur:Et, livrant sans regret un indigne complice ,Apaisons le sultan par un prompt sacrifice.
acomat , lui rendant lu billet.
Oui, puisque jusque là l’ingrat m'ose outrager ,Moi-même, s’il le faut, je m'offre à vous venger ,Madame. Laissez-moi nous laver l’un etl’autieDu crime que sa vie a jeté sur la nôtre,Montrez-moi le chemin , j’y cours.
ROXANE.
Non, Acomat :
Laissez-moi le plaisir de confondre l’ingrat.
Je veux voir son désordre , et jouir de sa honte.
Je perdrois ma vengeance en la rendant si prompte.Je rais tout préparer. Vous, cependant, allezDisperser promptement vos amis assemblés.
SCÈNE VII.
ACOMAT, OSMIN.
Demeure : il n’est pas temps, cher Osmin, que je
SCÈNE VI.
EOXANE , ACOMAT , OSMIN.
A CO MAT.
Que faites-vous, madame ? en quels retardementD’un jour si précieux perdez-vous les moments ?Bysr.nce, par mes soins presque enlièie assemblée,Interroge ses chefs, de h ur crainte troublée;
Et tous pour s’expliquer, ainsi que mes amis,Attendent le signal que vous m'aviez promis.
D’où vient'que, sans répondre à leur impatience,Le sérail cependant garde un triste silence?
OSMIV,
Quoi! jusque là, seigneur, voire amour vous trans-porte I
N’avez-vous pas poussé la vengeance assez loin?Voulez-vous de sa mort être encor le témoin ?
ACOMAT.
Que veux-tu dire ? Est-tu toi-même si créduleQue de me soupçonner d’un courroux ridicule 74.Moi, jaloux! Plûtau ciel qu’en me manquant de foiL’imprudent Bajazet n’eût offensé que moi!
OSMIA’.
Et pourquoi donc, seigneur, au lieu de le défendre...
Af.OVIAT.
Eh! la sultane est-elle en état de m’entendre ?