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Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
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ACTE IY, SCÈNE YII.

Ne voyois'tu pas bien, quand je l’aîloïs trouver,

Que j’allois avec lui rue perdre ou me sauver ?

Ah 1 de tant de conseils événement sinistre!

Prince aveugle J on plutôt. trop aveugle ministre,

Il le sied bien d'avoir en de si jeunes mains,

Chargé d’ans et d’honneurs, confié les desseins,

Et laissé d’un visir la fortune llotlanteSuivre de ces amants la conduite imprudente!OSMIK.

lié 1 laissez-les entre eux exercer leur courroux :"Bajazet veut périr; seigneur, songez à vous.

Qui peut de vos desseins révéler le mystère ,binon quelques amis engagés à se taire ?

Vous verrez par sa mort le sultan adouci.

ACOMAT.

Roxane en sa fureur peut raisonner ainsi :

Mais moi qui voisplusloin; qui, par un long usage,Des maximes du trône ai fait l’apprentissage ;

Qui, d’emplois en emplois, vieilli sous trois sultans,Ai vu de mes pareils les malheurs éclatants;

Je sais, sans me flatter, que de sa seule audaceUn homme tel que moi doit attendre sa grâce,

Et qu’une mort sanglante est l’unique traitéQui reste entre l’esclave et le maître irrité.

OSMIN.

Fuyez donc.

ACOMAT.

J’approuvois tantôt cette pensée ;

Mon entreprise alors étoit moins avancée ;

Mais.il m’est désormais trop dur de reculer.

Par une belle chute il faut me signaler,

Et laisser un débris du moins après ma fuite,

Qui de mes ennemis retarde la poursuite.

Bajazet vit encor : pourquoi nous étonner?

Acomat de plus loin a su le ramener.

Sauvons-lc malgré lui de ce péril extrême,

Pour nous, pour nos amis, pour Roxane elle-même.Tu vois combien sou cœur, prêt à le protéger,

A retenu mon bras trop prompt à la venger.

Je connois peu l’amour : mais j’ose te répondreQu’il n’est pas condamné puisqu’on veut le con-fondre:

Que nous avons du temps. Malgré son désespoir ,Roxane l’aime encore , Osmin , cl le va voir.

OSMIN.

Enfin, que vous inspire une si noble audace ?

Si Roxane l’ordonne, il faut quitter la place :

Ce palais est tout plein...

ACOMAT.

Oui, d’esclaves obscurs,

Nourris loin de la guerre, à l’ombre de ses murs.Mais toi, dont la valeur, d’Amurat oubliée,

Par de communs chagrins à mon sort s’est liée,Voudras-tu jusqu’au bout seconder mes fureurs ?

OSMIN.

Seigneur, vous m'offensez : si vous mourez, jemeurs.

ACOMAT.

D’amis et de soldats une troupe hardieAux portes du palais attend notre sortie?^

La sultane d’ailleurs se lie à mes discours :

Nourri dans le sérail , j’en connois les détours ;

Je sais de Bajazet l’ordinaire demeure ;

Ne tardons plus, marchons ; et, s’il faut que jemeure,

ACTE Y, SCÈNE I —III. 2*9

Mourons: moi, cher Osmin, comme un visir; et toi,Comme le favori d’un homme tel que moi.

ACTE CINQUIÈME.

SCÈNE T.

AT ALICE.

Ilèlas! je cherche en vain: rien ne s’olïre à mavue.Malheureuse! comment puis-je l’avoir perdue ?Ciel, aurois-lu permis que mou funeste amourExposât mon amant tant de fois en un jour?

Que, pour dernier malheur, cette lettre fataleFut encor parvenue aux yeux de ma rivale?

J’éloîs en ce lieu même ; et ma timide main ,Quand Roxane a paru, l’a cachée en mon sein.

Sa présence a surpris mon âme désolée;

Ses menaces , sa voix , un ordre m’a troublée ;

J’ai senti défaillir ma force et mes esprits :

Ses femmes m’entouroient quand je 1rs ai repris ;

A mes yeux étonnés leur troupe est disparue.

Ah ! trop cruelles mains, qui m’avez secourue ,Vous m’avez vendu cher vos secours inhumains ;Et par vous cette lettre a passé dans ses mains !Quels desseins maintenant occupent sa pensée ?Sur qui sera d’abord sa vengeance exercée?

Quel sang pourra suffire à son ressentiment?

Ah ! Bajazet est mort, ou meurt en ce moment.Cependant on m’arrête , on me tient enfermée.On ouvre: de son sort je vais être informée,

SCÈNE II.

ROXANE, ATALIDE, ZATIME, gabdes.

BOXANE, ù Âtallds.

Retirez-vous.

ATALIDE.

Madame.... Excusez l’embarras.

lîOXANE.

Retirez-vous, vous dis-je , et ne répliquez pas.Gardes, qu’on la retienne.

SCÈNE III.

ROXANE, ZATIME.

BOXANE.

Oui, tout estprêl, Zatime;Orean et les muets attendent leur victime.

Je kuj 9 pourtant toujours maîtresse de son sort;

Je puis le reteuir. Mais s’il sort, il est mort? 6 .Vient-il ?

ZATIME.

Oui, sur mes pas un esclave l’amène :Et, loin de soupçonner sa disgrâce prochaine,

11 m’a paru , madame, avec empressementSortir, pour vous chercher, de son appartement.