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Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
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‘2 JO

BAJAZET.

BOXAXE.

Ame lâche , et trop digne enfin d’être déçue ,

Peux-lu souffrir encor qu'il paroisse à ta tu e ?Crois-tu partes discours le -vaincre ou l’étonner?Quand même il se rendroit, peux-tu lui pardonner?Quoi ! ne devrois-tu pas être déjà vengée ?

Ne crois lu pas encore être assez outragée?

Sans perdre tant d’efforts sur ce cœur endurci,

Que ne le laissons-nous périr?... Mais le voici.

SCÈNE IV.

BAJAZET, KOXANE.

ROXANE.

Je ne vous ferai point des reproches frivoles :

Les moments sont trop chers pour les perdre enparoles.

Mes soins vous sont connus : en un mut, vous vivez;Et je ne vous dirois que ce que vous savez.

Malgré tout mon amour , si je n’ai pu vous plaire,Je n’eu murmure point: quoiqu’à ne vousrien taire,Ce même amour peut-être, et ces mêmes bien faits,Auroient dû suppléer à mes foibles attraits 77.Mais je m’étonne enfin que, pour reconnoîssancc ,Pour prix de tant d’amour, de tant de confiance,Vous ayez si long-temps, par des détours si bas,Teint un amour pour moi que vous ne sentiez, pas.

BAJAZET.

Qui? moi, madame?

ROXANE.

Oui, toi.Voudrnis-tu point encore,Me nier un mépris que tu crois que j’ignore?

Ne prétendrois-lu point, par tes fausses couleurs,Déguiser un amour qui le retient ailleurs;

Et me jurer enfin . d’une bouche perfide ,

Tout ce que tu ne sens que pour ton Atalidc ?

BAJAZET.

Àtalide, madame! O ciel! qui tous a dit...

ROXAKE.

Tiens, perfide . regarde , et démens cet écrit.

BAJAZET . après avoir regardé la lettre.

Je ne vous dis plus rien: celle lettre sincèreD’un malheureux amour contient tout le mystère ;Vous savez un secret que , tout prêt à s’ouvrir ,Mon cœur a mille fois voulu vous découvrir.J’aime, je le confesse; et devant que votre âme ? 8 ,Prévenant mon espoir, m’eût déclaré sa flamme,Déjà plein d’un amour des l’enfance formé,

A tout antre désir mon cœur éloit fermé.

Vous me vîntes offrir et la vie et l’empire :

Et même votre amour, si j’ose vous le dire ,Consultant vos bienfaits , les crut, et, sur leur foi,De tous mes sentiments vous répondit pour moi.

Je connus votre erreur. Mais que pouvois-jc faire?

Je vis en même temps qu’elle vous éloit chère.Combien le trône lente un cœur ambitieux!

Un si noble présent me fil ouvrir les yeux.

Je chéris, j’acceptai , sans tarder davantage,L’heureuse occasion de sortir d’esclavage ,

D’autant plus qu’il falloit l’accepter ou périr ;D’autant p lus que vous-même, ardente à me IJoffrir,Vous ne craigniez rien tant que d’être refusée:

Que même mes refus vous auroient exposée;

Q’après avoir osé me voir et me parler,

II éloit dangereux pour vous de reculer.

Cependant, je n’en veux pour témoins que vosplaintes,

Ai-je pu vous tromper par des promesses feintes ?Songez combien de fois vous m’avez reproché.

Un .silence témoin de mon Lrouble caché :

Plus l’effet de vos soins et ma gloire’éloient proches,Plus mon cœur interdit sc faisoit de reproches.

Le ciel, qui m’entendoit, sait bien qu’en même tempsJe ne m’avrêloîs pas à des vœux impuissants :

Et si l'elfet enfin, suivant mon espérance,

Eût ouvert un champ libre à ma reconnoîssance,

J'au rois, par tant d'honneurs, par tant de dignités.Contenté votre orgueil, et payé vos bontés ,

Que vous-même peut-être...

ROXANE.

Et que pourrois-lu faire ?Sans l’offre de Ion cœur, par où peux-tu me plaire ?Quels seroient de tes vœux les inutiles fruits ?

Ne te souvient-il plus de tout ce que je suis?Maîtresse du sérail, arbitre de ta vie ,

Et même de l’état, qu’Amurat me confie ,

Sultane, et, cc qu’en vain j’ai cru trouver en toi,Souveraine d’un cœur qui n’eûL aimé rjnn moi :Dans ce comble de gloire où je suis arrivée,

A quel indigne honneur m’avois-lu réservée?Traînerois-je en ces lieux un sort infortuné.

VU rebut d’un ingrat que j’aurois couronné,

De mon rang descendue , à mille autres égale,

On la première esclave enfin de ma rivale ?Laissons ces vains discours : et, sans m’importuner,Pour la dernière l'ois, veux-tu vivre et régner?

J’ai l’ordre d’Amural, et je puis t’y soustraire.

Mais tu n’as qu’un moment : parle.

BAJAZET.

Que faut-il faire?

box vve.

Ma rivale est ici : guis-moi sans différer;

Dans la main des muets viens la voir expirer 7 9 ,

Et, libre d’un amour à la gloire funeste,

Viens m’engager ta foi : le temps fera le resteTa grâce est à ce prix, si tu veux l’obtenir.

BAJAZET.

Je ne l'aceeptcrois que pour vous en punir;

Que pour faire éclater aux yeux de tout l’empireL'horreur et le mépris que ccüe offre m’inspire.Mais à quelle fureur me laissant emporter.

Contre scs tristes jours Tais-je vous irriter !

De mes emportements elle n’est point complice,

Ni de mon amour même et de mon injustice 8 0 :Loin de me retenir par des conseils jaloux 81 ,

Elle me conjuroit de me donner à vous.

En un mot, séparez ses vertus de mon crime.Poursuivez , s’il le faut, un courroux légitime 83 ;Aux ordres d’Amurat hâtez-vous d'obéir;

Mais laissez-moi du moins mourir sans vous haïr.

A mural ayec moi ne Ta point condamnée :

Epargnez une vie assez infortunée.

Ajoutez cette grâce à tant d’autres bontés,

Madame ; et si jamais je vous fus cher....

ROXANE.

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