ACTE V, SCÈNE V—VIII.
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SCÈNE V.
ROXANE, ZATIME.
ROXANE.
Pour la dernière fois, perfide , lu m'as vue ,
El tu Tas renconircr la peine qui t’est due.
ZATIME.
Afalide à T09 pieds demande à se jeter,
Et vous prie un moment de vouloir l’écouter,Madame : elle vous veut faire l’aveu fidèleD’uusecret important qui vous touche plus qu’elle.ROXANK.
Oui, qu’elle vienne. Et toi, suis Bajazet qui sort ;Et, quand il sera temps, viens m’apprendre son sort.
Madame ; mon trépas n’en sera pas moins prompt.Jouissez d’un bonheur dont ma mort vous répond ;Couronnez un héros dont vous serez chérie :J’aurai soin de ma mort: prenez soin de sa vie.Allez , madame , allez : avant votre retour ,J’aurai d’une rivale affranchi votre amour.
ROXANE.
Je ne mérite pas rm si grand sacrifice :
Je me commis , madame, et je me fais justice.Loin de vous séparer, je prétends aujourd’huiPar des nœuds éternels vous unir avec lui :
Vous jouirez bientôt de sou aimable vue.Levez-vous. Mais que veut Zatimc tout émue ?
SCÈNE VII.
SCÈNE "VT.
ROXANE, ATAL1DE.
ATAT.tDE.
Je ne viens plus , madame , à feindre disposée ,Tromper votre bonté si long-temps abusée ;Confuse , et digne objet de vos inimitiés,
Je viens mettre mon cœur et mon crime à vos pieds.Oui, madame, il est vrai que je vous ai trompée :Bu soin de mon amour seulement occupée ,Quand j’ai vu Bajazet, loin de vous obéir,
Je u’ai dans mes discours songé qu’à vous trahir.Je l’aimai dès l’enfance ; et dès ce temps, madame,J’avois par mille soins su prévenir son âme.
La sultane, sa mère, ignorant l’avenir,
Ilélas J pour son malheur, se plut à nous unir.Vous l’aimâtes depuis : plus heureux l’un et l’autre,Si, connoissant mon cœur, ou me cachant le vôtre,Votre amour de la mienne eût su se défier!
Je ne me noircis point pour le justifier.
Je jure par le ciel qui me voit confondue,
Par ces grands Otiomans dont je suis descendue,El qui tous avec moi vous parlent à genouxPour le plus pur du saûg qu’ils ont transmis en nous;Bajazet à vos soins tôt ou tard plus sensible ,Madame , à tant d’attraits n’éloit pas invincible.Jalouse , et toujours prête à lui représenterTout ce que je eroyois digne de l’arrêter,
Je n’ai rien négligé , plaintes, larmes, colère ,Quelquefois attestant les mânes de sa mère:
Ce jour même , des jours le plus infortuné ,
Lui reprochant l’espoir qu’il vous avoit donné,
Et de ma mort enfin le prenant à partie 8 5 ,
Mon importune ardeur ne s’est point ralentie ,Qu’arrachant malgré lui des gages de sa foi.
Je ne sois parvenue à le perdre avec moi.
Mais pourquoi vos bontés seroient-elles lassées.'
Ne vous arrêlez point à ses froideurs passées :C’est moi qui l’y forçai. Les nœuds que j’ai rompusSe rejoindront bientôt quand je ne serai plus.Quelque peine pourtant qui soit due à mon crime,réordonnez pas vous-même une mort légitime ,
Et ne vous montrez point à son cœur éperduCouverte de mon sang par vos mains répandu :D’un cœur trop fendre encore épargnez la faiblesse.Vous pouvez de mou sort me laisser la maîtresse,
ROXANE, ATALIBE, ZaTIME.
ZATIME.
Ah! venez vous montrer, madame , ou désormaisLe rebelle Acomat est maître du palais :Profanant des sultans la demeure sacrée,
Scs criminels amis en ont forcé l’entrée.
Vos esclaves tremblants, duut la moitié s’enfuit,Boutent si le visir vous sert ou vous trahit.
ROXAtfE.
Ali J les traîtres ! Allons, et courons le confondre.Toi, garde ma captive , et songe à m’en répondre.
SCÈNE VUE
ATALIBE, ZATIME.
ATATJDE.
Ilélas! pour qui mon cœur doit-il faire des vœux?J’ignore quel dessein les anime tous deux.
Si de tant de malheurs quelque pitié te louche ,Je ne demande point, Zalime, que la boucheTrahisse en ma faveur Roxane et son secret ;Mais, de grâce, dis-moi ce que fait Bajazet.L’as-tu vu ? Pour ses jours n’aiqe encor rien àcraindre ?
ZATIMC.
Madame . en vos malheurs je ne puis que vousplaindre.
ATALIDE.
Quoi! Roxane déjà l’a-t elle condamné?
ZATIME.
Madame , le secret m’est surtout ordonné.
ATALIDE.
Malheureuse, dis-moi seulement s’il respire..
Il y va de ma vie , et je ne puis rien dire.
ATALIDE.
Ah ! c’en est trop, cruelle. Achève , et que ta ntainLui donne de ton zèle un gage plus certain ;Perce toi-même un cœur que tou silence accableD’une esclave barbare esclave impitoyable;Frécipite des jours qu’elle me veut ravir;Montre-toi, s’il se peut, digne de la servir.
Tu me retiens en vain ; et, dès cette même heure ,Tl faut que je le voie, ou du moins que je meure.