Buch 
Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
Entstehung
JPEG-Download
 

232

BAJAZET.

SCÈNE IX.

AT AUDE, ACOMAT, ZATIME.

ÀCOMAT.

Ah ! que fait Bajazet? le puis-je trouver,Madame ? Aurai-je encor Je temps de Je sauver?Je cours tout le sérail; et, même dès lentrée,De mes braves amis la moitié séparéeA marché sur les pas du courageux Osrain;

Le resie ma suivi par un autre chemin.

Je cours, et je ne vois que des troupes craintivesDesclaves effrayés, de femmes fugitives.

ATALIDE.

Ah l je suis de son sort moins instruite que tous.Cette esclave lésait.

ÀCOMAT.

Crains oion juste courroux,Malheureuse ; réponds.

SCENE X.

ATALÎDE, ACOMAT, ZATÏME, ZAÏRE.

ZAÏRE.

ATALIDE.

bien! Zaïre?

Quest-ce 84 ?

ZAÏRE*

Ne craignez plus : votre ennemie expire.

ATALIDE.

Roxane?

ZAÏRE.

Et ce qui va bien plus vous étonner,Orcan lui-même , Orcan vient de lassassiner.

ATALIDE.

Quoi! lui?

ZAÏRE.

Désespéré davoir manqué son crime,Sans doute il a voulu prendre celle victime.

ATALIDE.

Juste ciel, l'innocence a trouvé ton appui 1Bajazet vit encor : visir, courez à lui.

ZAÏRE.

Par la bouche dO&min tousserez mieux instruite.Il a tout vu.

SCÈNE XL

Lui-même, daussi loin quil nous a vus paroître :

« Adorez, a-t-il dit, lordre de votre maître :

«De son auguste seing reconnoissez les traits,

« Perfides, et sortez de ce sacré palais. »

A ce discours, laissant la sultane expirante ,

Il a marché vers nous; et dune main sanglanteIl nous a déployé lordre dont AmuratAutorise ce monstre à ce double attentat.

Mais, seigneur, sans vouloir-lécouter davantage,Transportés à la fois de douleur et de rage,

Nos bras impatients ont puni son forfait,

El vengé dans son sang la mort de Bajazet.

ATALIDE.

Bajazet!

ACOMAT.

Que dis-tu ?

osuin.

Bajazet est sans vie.

Lignoriez-vous ?

ATALIDE.

O ciel!

OSMIN.

Son amante en furie ,

Près de ces lieux, seigneur, craignant votre secours,Àvoit au nœud fatal abandonné ses jours.

Moi-même des objets jai vu le plus funeste ,

El de sa vie en vain jai cherché quelque reste :Bajazet éloit mort. Nous lavons rencontréDe morts et de mourants noblement entouré ,

Que, vengeant sa défaite, et cédant sous le nombre 8S ,Ce héros a forcés daccompagner son ombre.

Mais, puisque cen est fait, seigueur , songeons ànous.

ÀCOMAT.

Ah I destins ennemis, me réduisez-vous ?

Je sais en Bajazet la perte que vous faites ,

Madame ; je sais trop quen létat vous êtesIl ne mappartient point de vous olfrir lappuiDe quelques malheureux qui nespéroient quen lui :Saisi, désespéré dune mort qui maccable ,

Je vais, non point sauver celte tête coupable ,

Mais, redevable aux soins de mes tri sles amis ,Défendre jusquau bout leurs jours quils montcommis.

Tour vous, si vous voulez quen quelque autre contréeNous allions confier votre tête sacrée ,

Madame , consultez : maîtres de ce palais,

Mes fidèles amis attendront vos souhaits ;

Et moi, pour ne point perdre un temps si salutaire,

Je cours ma présence est encor nécessaire ;

Ef jusquau pied des murs que la mer vient laver,Sur mes vaisseaux tou t prêts je viens vous retrouver.

ATALIDE, ACOMAT, OSMIN, ZAÏRE.

ACOMAT.

Sesyeuxne font-ils point séduite?Roxane est-elle morte ?

OSMIN.

Oui : jai vu lassassin

Retirer son poignard tout fumant de son sein 85 .Orcan , qui méditoit ce cruel stratagème ,

La servoit à dessein de la perdre elle-même;

Et le sultan lavoit chargé secrètementDe lui sacrifier lamante après lamant.

SCÈNE XII. . jj*

ATALIDE, ZAÏRE.

ATALIDE.

Enfin, cen est donc fait ; et par mes artifices,Mes injustes soupçons , mes funestes caprices.Je suis donc arrivée au douloureux moment je vois par mon crime expirer mon amant!Nétoît-ce pas assez, cruelle destinée,

Qu'à lui survivre , hélas! je fusse condamnée?