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NOTES DE BAJAZET.
ne sont séparés que par un vers; ici, la répétitiondu mot rendit ; rt plus bas, cet hémistiche , leciel seul sait, dont la consunnance nuit a l'har-monie. A. Martin.
25 La vertu qui s’effarouche : Racine est le pre-mier qui sc suit servi de cetie expression, devenueaujourd’hui d’un usage habituel. A. Martin.
3 6 Préparer un visage , expression hardie etheureuse , pour dire : préparer Bajazet à ne paslaisser paraître sur son visage l’éloignement queIloxane lui inspire. Les vers de Racine offrent unsi grand nombre de ces locutions neuves, qu’il estimpossible de les relever toutes. A. Martin.
27 On est plongé dans le chagrin : Racine a crupouvoir dire, par analogie, se plonger dans les soins,expression qui n’auroit rien de répréhensible, sile mol soins n'éloit pas un peu foible pour expri-mer l’état dans lequel se trouve Alalide. A. Mabt.
28 Yoilà le nœud de toute i’in irigue clairemeutindiqué : le succès de La conspiration , la vie deBajazet, celle d’Alalide , soin attachés à l’erreurde Roxaoe. Cet acte , excellent dans toutes scsparties, est un modèle de la manière dont il fautexpliquer un sujet, faire connoître les personnagesci fonder l’intérêt; il laisse l’âme du spectateurentre la crainte et l’espérance. Geoffroy.
La Ilarpe et Geoffroy blâment celte, expres-sion. Cependant Boileau a dit tenter une carrière,dans l’épître sur le passage du Rhin ; c'est-à diretenter de parcourir une carrière. Tl en est de mêmedu vers de Racine, lintreprendre une carrière, c’estentreprendre de la parcourir. Mais une carrièrene peut être ni juste ni injuste, et c’est l’eniploide cette épithète qui rend le vers de Racine ré-préhensible. A. Martin. Le vers do Racine nepeut pas être justifié par celui de lloileau ; danscelui-ci , tinter signifie essayer, sans ellipse. Aie.
50 Seigneur, bonheur, empereurs, fureurs, vain-queurs, ces consonnances accumulées en quelquesvers ne sont pas d’un heureux effet. Aignan.
31 Fier et associer ne liment plus aujourd’hui;(lu temps de Racine, on faisoit sentir encore, sur-tout dans le style soutenu , le r final des infinitifs.
Aignan.
32 Ce vers a donné lieu à beaucoup de critiques.Sans doute des périls ne peuvent pas être sincères;mais c’cst un artifice de style, donL Racine offrele premier exemple , de réunir deux mots par lamême épithète, quand il se trouve dans le dernierun rapport exact, et dans l’aulro une analogied’idées sutlisantcs : c’est ici le cas. Les périls sontveefs quand les larmes sont sincères : ainsi Tunefait ici supposer l’autre , et la sincérité des larmesfait sous-cnlcndre la réalité des dangers. La Harpe.Je crois que l’intention de Racine a été ici plusloin , et qu’il a voulu opposer , non point des pé-rils réels ù des périls imaginaires, mais des périlssincères à des périls simulés. Aignan.
33 Osman II, étranglé par les janissaires, en1622 , et successeur de Mustapha II, frère d’Ach-met I. père d’Osman, et mort en 1617. L. de B.
54 Aux bontés est ici pour dans les bontés. Arc.
55 Suivant la grammaire, ces d,eux verbes de-vroient être au même temps , puisque l'actionque chacun exprime doit sc passer au même mo-
ment ; l’une dépend de l’autre: dès que le motéchappe à Roxane, Bajazet expire. Sans doute ileut été facile à Racine de mettre :
S’il m’échappe un seul mot, c'cst fait de votre vie;
mais toute l’énergie de sa phrase disparoissoit. Cfitimparfait et ce présent 11’ont donc point cté mis làsans raison. La longueur de l'un augmente la vi-vacité de l’autre. Il semble que Roxane veuillemarquer par le premier verbe qu’elle est bienéloignée de vouloir prononcer ce mol fatal, et quepar le second elle fasse sentir cependant avecquelle rapidité elle seroit obeie si le mol lui échap-poit. Celte nuance dans la pensée et dans l’ex-pression se fait sentir surtout lorsqu’on essaie deconstruire la phrase d’une autre manière; car alorsI’efier est entièrement perdu. C’est ainsi que d’unefaute Racine sait faire sortir une beauté qui lafait pardonner , et que souvent une critique gram-maticale est terminée par un éloge du style.
36 Voilà de la terreur tragique, et une de cesrévolutions qui tiennent au caractère et à la pas-sion d’un personnage, et semblent annoncer unecatastrophe prochaine. Mais les écrivains capablesde ces grands coups de théâtre savent reculer cequ’ils ont l’air de précipiter. La Harpk. 11 est re-marquable que Voltaire s’est emparé de celte si-tuation dans la scène vu de l’acte III de Zaïre. G.
3 ? Voltaire choit souvent ce vers on dérision ,et je croîs qu’il u’avoit pas tort. Cela est petit,même pour Je fond des choses, et encore plus parl’expression. C’est ici que le rôle de Bajazet com-mence à être au-dessous du sujet. Ce malheureuxvers annonce toute la misère du personnage qu’ilva jouer dans celte scène et dans lo reste de lapièce : il ne sera plus qu’un amoureux de roman ,et quelquefois de comédie. La Harpe. J’oseroispenser, malgré l’aulorilé de Voltaire , que ce vers,s’il éloil dit avec une sombre expression où se pei-gnît toute la fierté ottomane révoltée, n’offiiroitrien de répréhensible, et que le caractère de Ba-jazet, où l’obstination turque est admirablementpeinte, ne mérite point du tout l’anathème donton veut le frapper ici. Aignan.
38 A quoi se rapporte en? Il faut deviner quec’est au mariage de Bajazet avec Roxane : le senst'indique : mais le poète nuroit dû marquer plusexactement ce rapport. GiorFRor.
5 9 Le mot propre éloit avec raison. On dit bienj’ai sujet de me plaindre de vous, mais je me plainsavec sujet est une phrase qui ne peut être suppor-tée que dans le style familier. La TIarpk.
40 Racine s’est emparé du vers de Corneille :
Ou qu’un beau désespoir alors le secourût. G.
41 Le pronom les est trop éloigné de héros au-quel il sc rapporte, et qui se trouve placé neufvers pins haut. Geoffroy.
42 On ne peut ni reculer ni avancer des pleurs.On sent bien que l’idée de l’auleu r est , J'ai reculéle moment de vos pleurs ; mais ce n’est pas là le casde l’ellipse, pareequ’il n'y a aucun rapport entrele propre et le figuré. La Harpe.