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Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
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NOTES DE BAJAZET.

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43 II faudrait, ne vous informez point de ce que jedeviendrai; et pourquoi le faudrait il ? pareequeaucun verbe rie peuL avoir deux régimes simples,ou deux accusatifs, comme on parleroit en latin:Ne vous informez point ce, c’est-à-dire la choseque je deviendrai. Alors vous et ce sont deux ré-gimes simples, ce qui est contraire au principe.11 eût été facile de mettre ne me demanda point, etc.

d’Ouvët.

4i La Harpe observe qu’en prose on diroltchercher des soulagements, des consolations ; maisen poésie chercher des charmes est bien plus heu-reux. D'ailleurs, il y a analogie avec celte expres-sion élégante et reçue, charmer tes douleurs. A. M.

45 Infaillible, pour inévitable, est un trope élé-gant. ÀIGNAN.

45 Racine le fils condamne celte expression ,consternée tt’im lâche désespoir, M. de La Harpeobserve que l’on peut être consterné du désespoir dequelqu’un , el non pas de son propre désespoir. Ilest certain que l’usage n’admet point celte façonde parler. Je n’oserois assurer qu’elle doive êtreexclue de la poésie. Geoffroy. Consternée est iciun latinisme, pour abattue, Aignan.

47 J,e désordre de la bouche et des yeux n’est pasune phrase françoise , el no rend pas l’idée de l’au-teur. La TTakpe. La Harpe non plus ne rend pasbien la sienne. Le désordre de la bouche et des yeuxest une phrase très françoise , mais dans un autresens que celui de Racine, qui a voulu dire, le dés-accord de ta bouche et des yeux. Aigsan.

4 8 II est certain que l’auteur n’a point rendu sapensée. Atalidc vouloit dire. Pouvez-vous croireque je sois moins jalouse de ma gloire, que vous n’êtesjaloux de la vôtre? L. de Boisjeumain. Au con-traire, elle semble dire : Pouvez-vcus croire quema gloire me touche moins qu’elle ne vous touche ?

d’Olivet.

4 9 Accomplir le désir, et à la fin de l’acte précé-dent , fajl soi tir le visir, ces hémistiches n’ont pasl’harmonie accoutumée des vers de Racine. A.

s ° Les reliques d’un débris , pour les restes pré-cieux d’un débris. Le mot relique sons épithète nesc dit que de la dépouille mortelle des saints;avec une épithète il peut encore entrer dans lestyle noble. Geoffroy a trouvé dans cette expressionune imitation du rcliquiœ Danuum de Virgile ; il aégalement observé que reliques plus chères est icipour les plus cheres. Cette ellipse seroil favorableà la précision et à la poésie , si l’inversion ne nui •soit pas à l’harmonie du vers. A. Martin.

5 1 Je doute qu’aujourd’bui les poctes aient en-core le privilège d’employer vers pour envers, cesdeux prépositions ayant des sens lout-à-fait diffé-rents; et quoique respects et devoirs soient presquesynonymes, on ne dit pas s’acquitter de ses res-pects, comme on dit s’acquitter de ses devoirs.

d’Olivet.

52 A près tout... vois-tu... ù ne point mentir... àdire vrai... encore un coup, etc. : locutions com-munes ,• plus fréquentes dans Bajazct que dans lesautres tragédies de Racine; et c'est peut-être ecqui faisoit dire à Boileau que le style de Bujazetétuit négligé , si toutefois on peut regarder ce mot

comme authentique. Geoffroy. En la voyant il avu est une légère négligence. A. Martin.

55 Cette phrase est familière. Cependant ellene choque point ici. C’est que le tou général dela scène n'est guère au-dessus de la haute comédie.Mettez non , vois-tu dans une scène tragique, onrira. Ainsi, même en péchant par le fond , Racineconserve le sentiment des plus petites convenancesdans les détails. La 11a rpe.

6 4 N’ètoit que , pour si ce n’étoil que , peut trou-ver place dans la poésie légère, mais n’est pointassez noble pour la poésie soutenue. Il en est demême de vois-je pas, pour ne vois-je pas, qu’ontrouve un peu plus loin. Racine et Voltaire sesont quelquefois permis celte licence. Le mot ap-proche , dans le vers suivant, ne peut être dit pourentrevue. 11 y a impropriété d’expression. A. M.

s 5 Voilà le germe du Zaïre , vous pleurez. La si-tuation est plus vive dans Zaïre ; le mol est mieuxplacé; il n’est pas précédé de ces locutions oiseuses,que vois-je, qu’avez-vous, qui en détruisent tout l’ef-fet. Geoffroy.

5G Gages d’amour, façon de parler peu tragique,et qui revient trop souvent dans cette pièce. G.

è 7 C’est fait, c’était fait , sont du style familier.C’en est fait, c’en était fait, sont du style soutenu.Telles sont les nuances du langage. En n‘a été re-tranché ici que pour la mesure , ce qui prouve lanégligence. La Harpe.

5 5 Commettre, pour comprorneltre, est un latinismed’un usage général ; mais il ne peut être employéqu‘absolument : je crains de vous commettre ; avecle régime indirect il signifie autre chose. Com-mettre à veut dire confier à : je commets ce soin àvotre zèle; de sorte que Racine n’a pas rendu ici sapensée. Il auroit fallu :

Mais en d’autres périls je crains de le commettre.

Aicnan.

Ce vers fut relevé par les critiques, commeétant de la conversation familière : la situation lerend admirable. Des lettres de l’armée, dans les cir-constances où l’on est, ne peuvent apporter qu’unarrêt de mort contre Bajazct. Ce seul mot doitépouvanter Atalide: et quand l’expression n’a riend’ignoble en elle-même , c’est un mérite vraimentdramatique de faire trembler avec les mots les plusordinaires, et qui partout ailleurs seroient la chosedu monde la plus simple. La Harpe.

60 Terme impropre en cette occasion. Le motpropvc étoit mal instruit, mal informé; carOsminn’a reçu aucun avis, aucune nouvelle, et c’est dansce cas seulement qu’il eût pu être mat averti. Dureste, tout le dialogue de celte scène est un modèlede précision, de justesse et d’art. La Harpe.

6 ' Vois-je pas, pour ne vois-je pas , licence per-mise à la poésie, et consacrée par de fréquentsexemples dans Racine et dans Voltaire. Il y a deslicences qui ont un air de hardiesse : il y en a quidonnent à la diction un air de naturel , et celle-ciest du nombre. La Harpe.

6 2 Le verbe presse, qui a plusieurs sujets, devroitêtre au pluriel. Nous avons déjà relevé une négli-gence de ce genre. A. Martin. C’est un latinismequi doit être permis à la poésie. Aicnan.