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Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
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ACTE I, SCÈNE III — IV. 243

Nos intérêts communs et mon cœur le demandent.

Quoi! nous aurons d’un père entendu la disgrâce;

Prêts à vous recevoir, mes vaisseaux vous attendent;

Et, lents à le venger, prompts à 1 emplir sa place,

Kl du pied de l’autel vous y pouvez monLcr ,

Nous mettrons notre honneur et son sang en oubli !

Souveraine des mers qui vous doivent porter,

Il est mort : saxons-nous s’il est enseveli ?

nioîïntiî.

Qui sait si, dans le temps que votre âme empressée

Seigneur, tant de bontés ont lieu de me confondre.

Forme d’un doux hymen l’agréable pensée ,

Mais , puisque le temps presse , et qu’il faut vous

Ce roi, que l’Orient tout plein de ses exploits

répondre,

Peut nommer justement le dernier de ses rois,

Puis-je , laissant la feinte et les déguisements,

Dans scs propres états privé de sépulture ,

Vous découvrir ici mes secrets sentiments?

Ou couché sans honneur dans une foule obscure ,

PIUP.NACE.

N’accuse point le cieL qui le laisse outrager,

Vous pouvez tout.

El des indignes fais qui n’osent le venger 25 ?

MONIME.

Ah J ne languissons plus dans un coin du Bosphore :

Je crois que je vous suis connue.

Si dans tout l’univers quelque roi libre encore ,

Kplièse est mon pays ; mais je suis descendue

Parllie , Scythe mi Sarmate, aime sa liberté , ’

D’aïeux , ou rois , seigneur, ou héros qu’autrefoîs

Voilà nos alliés : marchons de ce côté.

Leur vert 11, chez les Grecs, mit au-dessus des rois.

Vivons, ou périssons dignes de Mitbridate ;

Mithridate me vit ; Ephèse, et l’Ionie ,

Et songeons bien plutôt, quelque amour qui nous

A son heureux empire étoit alors unie :

Datte,

Il daigna m’envoyer ce gage de sa foi.

A défendre du joug et nous et nos étals,

Ce fut pour ma famiile une suprême loi :

Qu’à contraindre des cœurs qui 11e se donnent pas.

Il fallut obéir. Esclave couronnée,

PHARNACE.

Je partis pour l'hymen ou j’élois destinée.

Il sait vos sentiments. Me trompois-je , madame?

Le roi, qui m’attemlwit au sein de ses états ,

Voilà cet intérêt, si puissant sur votre âme,

Vit emporter ailleurs ses desseins et ses pas ,

Ce père , ces Domains que vous me reprochez.

Et, tandis que la guerre occupoit son courage ,

XIPHARKS.

M’envoya dans ces lieux éloignés de l’orage.

J’ignore 4 e son cœur les sentiments cachés:

1 J"y vins : j’y suis encor. Mais cependant, seigneur,

Mais je m’y soumeltrois sans vouloir rien prétendre,

Mon père paya cher ce dangereux honneur :

Si, comme vous, seigneur, je croyons les entendre.

El les Domains vainqueurs, pour première victime,

PUARNACE.

Prirent Philopœmen , le père de Monime.

Vous feriez bien : et moi je fais ce que je doi :

Sous ce titre funeste il se vit immoler;

Votre exemple n’est pas une règle pour moi.

Et c’est de quoi, seigneur, j’ai voulu vous parler.

X II’il Al< VS.

Quelque juste fureur dont je sois animée,

Toutefois en ces lieux je ne comtois personne

Je ne puis point à Dôme opposer une armée :

Qui ne doive imiter l'exemple que je donne.

Inutile témoin de tous ses attentats.

PHARNACE.

Je n’ai pour me venger ni sceptre ni soldais;

Vous pourriez à Colchos vous expliquer ainsi.

Enfin, je n’ai qu’un cœur. Tout ce que je puis faire,

XIPHARES.

C'est de garder la foi que je dois à mon père,

Je le puis à Colchos, et je le puis ici.

De ne point dans son sang aller tremper mes mains

PIIARNACE.

En épousant en vous l’allié des Domains.

Ici ! vous y pourriez rencontrer votre perte...

PQARNÀCF.

Que parlez-vous de Dôme et de son alliance ?

SCÈNE IV.

Pourquoi tout ce discours et cette défiance?

Qui vous dit qu’avec eux je prétends m’allier?

MONIME.

MONIME , PIIARNACE , XIPHARÈS ,

Mais vous-même , seigneur, pouvez-vous le nier?

PHOED 1 ME.

Comment in’od'ririez-vous l’entrée cL la couronne

D’un pays que partout leur armée environne,

PHCEOIMï.

Si le traité secret qui vous lie aux Domains

Princes, toute la mer est de vaisseaux couverte ;

Ne vous en assuroit l’empire cl les chemins?

Et bientôt, démentant le faux bruit de sa mort,

PHARNAl.K.

Mithridate lui-même arrive dans le port.

De mes intentions je pourrois vous instruire,

MONIME.

Et je sais les raisons que j’aurois à vous dire,

Mithridate!

Si, laissant en effet les vains déguisements,

XIPHARÈS.

Vous m’aviez expliqué vos secrets sentiments;

Mon père!

Mais enfin je commence, après tant de traverses 24 ,

PHARNACK.

Madame , à rassembler vas excuses diverses ;

Ah î que viens-je d’entendre!

Je crois voir l’intérêt que vous voulez celer,

PJKEIiniK.

Et qu’un autre qu’un père ici vous faÎL parler.

Quelques vaisseaux légers sont venus nous l’ap-

XIPHARÈS.

prendre ;

Quel que soit l’intérêt qui fait parler la reine,

C’est lui-mérie ; et déjà, pressé de son devoir a 6 ,

La réponse, seigneur, doit-elle être incertaine?

Arbale loin du bord l’est allé recevoir.

Et contre les Domains votre ressentiment

XIPITARÈS, à Monime.

Doit-il pour éclater balancer un moment?

Qu’avons-nous fait !