248 MITHRIDATE.
Tout ce que, pour jouir de leurs contentements,L’amour fait inventer aux vulgaires amants.
Enfin je me conriois, il y va de ma vie :
De mes foibles efforts ma vertu se défie.
Je sais qu’eu vous voyant, un tendre souvenirl’eut m’arracloer du cœur quelque indigne soupir:Que je verrai mon âme , en secret déchirée ,Revoler vers le bien dont elle est séparée ;
Mais je sais bien aussi que , s’il dépend de vousDe rue faire chérir un souvenir si doux ,
Vous n’empêcherez pas que ma gloire offenséeN’en punisse aussitôt la coupable pensée;
Que ma main dans mon cœur ne vous aille chercherPour y laver ma honte , et vous en arracher.
Que dis-je t 1 En ce moment, le dernier qui nousreste ,
Je me sens arrêter par un plaisir funeste :
Plus je vous parle, et plus, trop foible que je suis ,Je cherche à prolonger le péril que je fuis.
Il faut pourtant , il faut se faire violence :
Et, sans perdre en adieux un reste de constance ,Je fuis. Souvenez-vous, prince, de m’éviter:
Et méritez les pleurs que vous m’allez coûter.xipharès.
Ah , madame !... Elle fuit, et ne veut plus m’en-tendre.
Malheureux Xipharès, quel parti dois-tu prendre ?On t’aime ; on Le bannit : toi-même, tu vois bieuQue ton propre devoir s'accorde avec le sien :Cours par un prompt trépas abréger ton supplice.Toutefois, attendons que son soi t s'éclaircisse ;
El s’il faut qu’un rival la ravisse à ma foi ,
Du moins, en expirant, ne la cédons qu’au roi.
ACTE TROISIÈME.
SCÈNE r.
MITIIRIDATE, PIIARNACE, XIPHARÈS.
MITHRIDATE.
Approchez, mes enfants. Enfin l’heure est venueQu’il faut que mon secret éclate à votre vue :
A mes nobles projets je vois tout conspirer 51 ;
Il ne me reste plus qu’à vous les déclarer.
Je fuis : ainsi le veut la fortune ennemie.
Mais vous savez trop bien l’histoire de ma viePour croire que long-temps,soigneux de me cacher.J’attende en ces déserts qu’on me vienne chercher.La guerre a ses faveurs , ainsi que ses disgrâces :Déjà plus d’une fois , retournant sur mes traces ,Tandis que l'ennemi, par ina fuite trompé ,Tenoit apres son char un vain peuple occupé.
Et, gravant en airain ses frêles avantages,
De mes états conquis enchaînoit les images,
Le Bosphore m’a vu , par de nouveaux apprêts,
Ha mener la terreur du fond de ses marais,
El, chassant les Bomnins de l'Asie étonnée ,Renverser en un jour l’ouvrage d’une année.D’autres temps , d’autres soins. L'Orient accabléNe peut, plus soutenir leur effort redoublé :
Il voit, plus que jamais, ses campagnes couvertesDe Domains que la guerre enrichit de nos pertes 5 2 .Des biens des nations ravisseurs altérés ,
Le bruit de nos trésors les a tous attirés :
Ils y courent en foule; et, jaloux l’un de l’autre ,Désertent leur pays pour inonder le nôtre.
Moi seul je leur résiste : ou lassés, ou soumis,
Ma funeste amitié pèse à tous mes amis ;
Chacun à ce fardeau veut dérober sa tête cs .
Le grand nom de Pompée assure sa conquête :
C’est l'effroi de l’Asie ; et, loin de l’y chercher,C’est à Rome , mes fils, que je prétends marcher.Ce dessein vous surprend ; et vous croyez peut-êtreQue le seul désespoir aujourd’hui le fait naître.J’excuse votre erreur ; et, pour être approuvés ,
De semblables projets veulent être achevés.
Ne vous figurez point que de cette contréePar d’éternels remparts Home soit séparée :
Je sais tous les chemins par où je dois passer;
Et si la mort bientôt ne me vient traverser,
Sans reculer plus loin l’effet de ma parole.
Je vous rends dans trois mois au pietldu Capitole.Doutez-vous que l’Euxin ne me porte en deux joursAux lieux où le Danube y vient finir son cours ?Que du Scythe avec moi l’alliance juréeDe l’Europe en ces lieux ne me livre l’entrée ?Recueilli dans leurs ports, accru de leurs soldats,Nous verrons notre camp grossir à chaque pas.Daces , Fannoniens, la tière Germanie,
Tous n’attendent qu’un chef contre la tyrannie.Vous avez vu I Espagne, et surtout les Gaulois 5Contre ccs mêmes murs qu’ils ont pris autrefoisExciter ma vengeance; et, jusque dans la Grèce,
Par des ambassadeurs accuser ma paresse.
Ils savent que , sur eux prêt à se déborder,
Ce torrent, s’il m’entraîne, ira tout inonder;
Et vous les verrez tous, prévenant son ravage ,Guider dans l’Italie et suivre mon passage.
C’est là qu’en arrivant, plus qu’en tout le chemin 55 ,Vous trouverez partout l’horreur du nom romain ,
El la triste Italie encor toute fu mante , „
Des feux qu’a rallumés sa liberté mourante.
Non , princes , ce n’est point an bout de l’umversQue Home fait sentir tout le poids de ses fers :
Et, de près inspirant les haines les plus fortes,
Tes plus grands ennemis , Rome, sont à les portes.Ah! s’ils ont pu choisir pour leur libérateurSpartacos, un esclave, un vil gladiateur ;
S’ils suivent au combat des brigands qui les vengent,De quelle noble ardeur pensez-vous qu’ils se rangentSous les drapeaux d’un roi long-temps victorieux,
Qui voit jusqu’à Cyrus vernnuter ses aïeux? ,Que dis-je? En quel état croyez-vous la surprendre ?Vide de légions qui In puissent défendre,
Tandis que Joui s’occupe à me persécuter.
Leurs femmes, leurs enfants, pourront-ils m’arrêter?Marchons , cl dans son sein rejetons cette guerreQue sa fureur envoie aux deux bouts de la terre.Attaquons danslcuvs murs ces conquérants si fiers 51 ;Qu’ils tremblent, à leur tour, pour leurs propresfoyers :
Annibal l’a prédit, croyons-en ce grand homme :Jamais on ne vaincra les Romains que dans Rome.Noyons-la dans son sang justement répandu ;
Brûlons ce Capitole où j’étois attendu ;