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Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
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ACTE 11I, SCÈNE Y —YI. ACTE IY, SCÈNE I. a5i

Madame ! et de quel front vous unir à mon sorL,Quand je ne cherche pins que la guerre et la mort ?Cessez pourtant, cessez de prétendre à Pharnacc:Quand je rue fais justice, ilfaut qu’on se la fasse 6S .

Je ne souffrirai point que ce fils odieux ,

Que je viens pour jamais de bannir de mes yeux ,Po.-sédant une amour qui me fut déniée 70 ,

Vous fasse des Romains devenir l’alliée.

Mon trône vous est dû : loin de ni’en repentir ,

Je vous y place même avant que de partir,

Pourvu que vousvouliez qu’une main qui m’est chère,Un fils, le digne objet de l’amour de son père,Xipbarès , en un mol, devenant votre époux,

Me venge de Pharnacc, et m’acquitte envers vous.

MONIME.

Xipbarès ! lui, seigneur ?

MIT U UITUTE.

Oui, lui-même, madame.D’où peut naître à ce nom le trouble de votre âme ?Contre un si juste choix qui peut vous révolter?Est-ce quelque mépris qu'on ne puisse dompter?

Je le répète encor : cVst un autre moi-même,

Un fils victorieux , qui me chérit, que j’aime ,LVnneou des Romains, l’héritier et l'appuiD’un empire et d’un nom qui va renaître en lui ;

Et, quoi que votre amour ait osé se promettre ,

Ce n’est qu’entre ses mains que je puis vous remettre.MOXIME.

Que dites-vous? O ciel ! Pourriez-vous approuver...Pourquoi, seigneur, pourquoi voulez-vous m’é-prouver?

Cessez de lourmenter une âme infortunée :

Je sais que c’est à vous que je fus destinée ;

Je sais qu’en ce moment, pour ce nœud solennel,

La victime , seigneur, nous attend à l’autel.

Venez.

MITllBirUTE.

Je le vois bien : quelque effort que je fasse,Madame, vous voulez vous garder à Pbarnace.

Je reconnois toujours vos injustes mépris;

Ils ont même passé sur mon malheureux fils.MONIME.

Je le méprise î

MirmUDATE.

lié bien , n’en parlons plus, madame.Continuez : brûlez d’une honteuse llamme.

Tandis qu’avec mon fils je vais, loin de vos yeux,Chercher au bout du monde un trépas glorieux,Vous cependant ici servez avec son frère,

Et vendez aux Romains le sang de votre père.

Venez : je ne sourois mieux punir vos dédains ,Qu’en vous mettant moi-même en ses serviles mains ;Et, sans plus me charger du soin de votre gloire ,

Je veux laisser de vous jusqu’à votre mémoire 71 .Allons , madame , allons. Je m’en vais vous unir.MONÏME.

Plutôt de mille morts dussiez-vous me punir !

MITHKIRATE.

Vous résistez en vain , et j’entends votre fuite.

MOXIME.

En quelle extrémité, seigneur, suis-je réduite 72 ?Mais enfin je vous croîs , et je ne puis penserQu’à feindre si long-temps vous puissiez vous forcer.Les dieux me sont témoins qu’à vous plaire bornéeMon âme à tout son sort s’étoit abandonnée.

Mais si quelque foiblesse avoit pu m’alarmer ,

Si de tous ses efforts mon cœur a dû s’aimer,

Ne croyez point, seigneur, qu’auteur de mes alarmes,Pharnacc m’ait jamais coûté les moindres larmes.

Ce fils victorieux que vous favorisez ,

Cette vivante image en qui vous vous plaisez,

Cet ennemi de Rome, et cet autre vous-même ,Enfin ce Xipbarès que vous voulez que j’aime...

lUTflRlDATE.

Vousl’aimez ?

MONIMF.

Si le sort ne m’eût donnée à vous,

Mon bonheur dépendoit de l’avoir pour époux.Avant que votre amour m’eût envoyé ce gage ,Nous nous aimions... Seigneur, vous changez devisage.

MITHRIDATE.

Non , madame. U suffit. Je vais vous l’envoyerAllez : le temps est cher, il le faut employer.

Je vois qu’à m’ohéir vous êtes disposée :

Je suis content.

MOXIME , en s’en allant.

O ciel! me serois-je abusée?

SCÈNE YI.

MITHRIDATE.

Us s’aiment ! C’est ainsi qu’on se jouoit de nous tAh! fils ingrat, tu vas me répondre pour tous:

Tu périras I Je sais combien ta renomméeEt tes fausses vertus ont séduit mon armée ;

Perfide, je te veux porter des coupg certains :

Il faut, pour te mieux perdre , écarter les mutins ,

Et, faisant à mes yeux partir les plus rebelles ,

Ne garder près de moi que des troupes fidèles.Allons. Mais, sans montrer un visage offensé,Dissimulons encor, comme j’ai commencé.

ACTE QUATRIÈME.

SCÈNE I.

MONIME, PIIOEDIME.

MONIME.

Phœdime, au nom des dieux, fais ce que je désire :Va voir ce qui se passe, et reviens me le dire.

Je ne sais -, mais mon cœur ne se peut rassurer :Mille soupçons affreux viennent me déchirer.Que tarde Xipharès? et d’où vient qu’il diffèreA seconder des vœ-ux qu’autorise son père ?

Son père , en me quittant, me l’alloit envoyer...Mais il feignoit peut-être. Il fallait tout nier.

Le roi feignait! Et moi, découvrant ma pensée...O dieux! en ce péril ui’auriez-vous délaissée?

Et se pciurroit-il bien qu’à son ressentimentMon amour indiscret eût livré mon amant ?Quoi, prince! quand, tout plein de ton amourextrême,

Pour savoir mon secret tu me pressois toi-même ,