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Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
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MITHRIDATE.

Mes refus trop cruels vingt fois te l’ont caché;

Je t’ai même puni de l’avoir arraché :

JEt , quand de toi peut-être un père se délie ,

Que dis-je ? quand peut-être il y va de ta vie ,

Je parle ; et, trop facile à me laisser tromper,

Je lui marque le cœur où sa main doit frapper 1PIlCEDIÏir.

Ah! traitez-Ie, madame , avec plus de justice;Un grand roi descend-il jusqu’à cet artifice?

A prendre ce détour qui l’auroit pu forcer ?

Sans murmure à l’autel vous l’alliez devancer.Vouloît-il perdre un fils qu’il aime avec tendresse?Jusqu’ici les effets secondent sa promesse :Madame , il vous disoit qu’un important desseul,Malgré lui, le forçoit à vous quitter demain :

Ce seul dessein l’occupe; et, hâtant son voyage,Lui-même ordonne tout, présent sur le rivage ;Ses vaisseaux en tous lieux se chargent de soldats,El partout Xipharès accompagne ses pas.

D’un rival en fureur est-ce là la conduite?

Et voit-on scs discours démentis par la suite 75 ?

MOXIME.

Pbarnace, cependant, par son ordre arrêté,Trouve en lui d’un riva! toute la dureté,rbœdime, à Xipharès fera-t-il plus de grâce ?piicæniMK.

C’est l’ami des Boniaiua qu’il punit en Pharnace :L’amour a peu de part à ses justes soupçons.MOXIME.

Autant que je le puis , je cède à tes raisons ;

Elles calment un peu l'ennui qui me dévore.

Mais pourtant Xipharès ne paroît point encore.PHŒDIME.

Yaine erreur des amants, qui. pleins de leurs désirs,Voudroient que tout cédât au soin de leurs plaisirs!Qui, prêls à s’irriter contre le moindre obstacle..-

MOXIME.

Ma Phœdime, eh ! qui peut concevoir ce miracle ?Après deux ans d’ennuis, dont tu sais tout le poids,Quoi! je puis respirer pour la première fois !

Quoi ! cher prince > avec toi je me verrois unie !El loin que ma tendresse eût exposé ta vie,

Tu verrois ton devoir , je verrois ma vertu ,Approuver un amour si long-temps combattu !

Je pourrais tous les jours t’assurer que je l’aime !Que nevicns-lu?

SCÈNE II.

MOMJ1K, X1ÏHARÈS, PIIOEDIME,

MONIMK.

Seigneur, j e parlois de vous-même.Mon âme souhaitait de vous voir en ce lieu,

Pour vous...

XIl'UABÈS.

C’est maintenant qu’il faut vous dire adieu.

HOMME.

Adieu! vous?

XIPHARÈS.

Oui, madame, ctpour toute ma vie.

IIOSIUÏ.

Qu’entends-je? On me disoit... Hélas! ils m’onttrahie.

XIPHARES.

Madame , je ne sais quel ennemi couvert,

Pkévéluiit nos secrets, vous trahit, et me perd.

Ma'» le roi, qui tantôt n’en croyoit point Pharnace ,Maintenant dans nos cœurs sait tout ce qui se passe.

Il feint, il me caresse, et cache son dessein;

Mais moi, qui, dès l’enfance élevé dans son sein ,De tous ses mouvements ai trop d’intelligence,

J’ai lu dans ses regards sa prochaine vengeance.

Il presse, il fait partir tous ceux dont mon malheurPourroit à la révolte exciter la douleur.

De ses fausses hontes j’ai connu la contrainte.

Un mot même d’Arhate a confirmé ma crainte :

Il a su m’aborder ; et, les larmes aux yeux ,

« On sait tout, m‘a-t il dit, sauvez-vous de ces lieux.»Ce mot m’a fait frémir du péril de ma reine 74 :

Et ce cher intérêt est le seul qui m’amène.

Je vous crains pour vous-même, et je viensà genouxTous p t-ier, ma princesse, ét vous fléchir pour vous.Vous dépendez ici d’une main violente,

Que le sang le plus cher rarement épouvante 75 ;

Et je n’ose vous dire à quelle cruautéMithridate jaloux s’est souvent emporté.

Peut-être c’est moi seul que sa fureur menace ;Peut-être, en me perdant, il veut vous faire grâce;Daignez , au nom des dieux , daignez en profiler ;Par de nouveaux refus n’allez point l’irriter.

Moins vous l’aimez, et plus tâchez de lui complaire;Feignez, efforcez-vous : songez qu’il est mon père.Vivez; cl permettez que, dans tous mes malheurs,

Je puisse à Totre amour ne coûter que des pleurs.MOX’IME.

Ah! je vous ai perdu !

XIPUARÈS.

Généreuse Monime,

Ne vous imputez point, le malheur qui m'opprime.Votre seule bonté n’est point ce qui me nuit:

Je suis un malheureux que le destin poursuit;

C'est lui qui m’a ravi l’amitié de mon père.

Qui le lit mon rival, qui révolta ma mère,

Ut vient de susciter, dans ce moment affreux,

Un secret ennemi pour nous trahir tous deux.

MONIMR.

Hé quoi ! cet ennemi, vous l’ignorez encore ?

XI PHARES.

Pour surcroît de douleur, madame, je l’ignore.Heureux si je pouvois avant que m'immoler ïs ,Percer le traître cœur qui m’a pu déceler >

HOMME.

lié bien ! seigneur, il faut vous le faire connoître.

Ne cherchez point ailleurs cet ennemi, ce traître;Frappez : aucun respect ne vous doit retenir.

J’ai tout fait, et c’est moi que vous devez punir.

MOVIME.

Ah! si vous saviez, prince, avec quelle adressel.e cruel est venu surprendre ma tendresse!Quelle amitié sincère il affectait pour vous!Content, s’il vous Yoyoit devenir mon époux!

Qui n’auroit cru... ? Mais non, mon amour plustimide

Devoît moins vous livrer à sa bonté perfide.

Les dieux qui ui’inspiroient, et que j’ai mal suivis,M’ont fait taire trois fuis par de secrets avis ”.