Buch 
Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
Entstehung
JPEG-Download
 

ACTE IV, SCÈNE II — IV. 2 53

J’ai dû continuer; j’ai dû dans tout le reste...

Que sais-je enfin ? j’ai dû vous être moins funeste;J’ai dû craindre du roi les dons empoisonnés,

Et je m'en punirai, si vous me pardonnez.

XIPIIARES.

Quoi, madame ! c’est vous , c’est l’amour qui m’ex-pose ;

Mon malheur est parti d’une si belle cause;

Trop d’amour a trahi nos secrets amoureux;

El vous vous excusez de m’avoir fait heureux iQue voudrois-je de plus? glorieux et fidèle.

Je meurs. Un autre sort au trône vous appelle :Consentez-y, madame ; et, sans plus résister,Achevez un hymen qui vous y fait monter.

‘ MOXIME.

Quoi 1 vous me demandez que j’épouse un barbareDont l'odieux amour pour jamais nous sépare?

XIPHÀRÈS.

Songez que ce matin , soumise à ses souhaits,Vous deviez l'épouser, et ne me voir jamais.

MON! ME.

Ehl connoissois-je alors tonte sa barbarie ?

Ne voudriez-vous point qu’approuvant sa furie,Après vous avoir yu tout percé de ses coups,

Je suivisse à l’autel un tyrannique époux 78 ;

Et que, dans une main de votre sang fumante,J’allasse mettre , hélas! la main de votre amante?Allez : de ses fureurs songez à vous garder,

Sans perdre ici le temps à me persuader:

Le ciel m’inspirera quel parti je dois prendre.Que seroit-ce, grands dieux! s’il venoit vous sur-prendre ?

Que dis-je ? on vient. Allez : courez. Vivez enfin ;Et du moins attendez quel sera mon destin.

SCÈNE ru.

MONIME, PIIOEDIME.

PHOEDIMÎ.

Madame , à quels périls il exposait sa vie 1C’est le roi.

MONIME.

Cours l’aider à cacher sa sortie.

Va , ne le quitte point ; et qu'il se garde bienD’ordonner de son sort sans être instruit du mien.

SCÈNE IV.

MITHRÏDATE, MONIME.

S1ITHBICATE.

Allons, madame, allons. Une raison secrèteMe fait quitter ces lieux et hâter ma retraite.Tandis que mes soldats, prêts à suivre leur roi,Rentrent dans mes vaisseaux pour partir avec moi,Venez, et qu’à l’autel ma promesse accompliePar des nœuds éternels l’un à l’autre nous lie.

UONIUE.

Nous, seigneur ?

MITHRIDATE.

Quoi, madame! osez-vous balancer?

MOîmiE.

Et ue m’avez-YOus pas défendu d’y penser ?

MITURIDATE.

J’eus mes raisons alors : oublions-Ies, madame.

Ne songez maintenant qu’à répondre à ma flamme.Suugez que votre cœur est uu bien qui m’est dû.

MONIME.

Hé! pourquoi donc, seigneur, me l’avez-vous rendu ?

MITURIDATE.

Quoi ! pour un tils ingrat toujours préoccupée ,Vous croiriez...

MONIME.

Quoi, seigneur! vous m’auriez donc trompée?

MITIIBIDATE.

Perfide! il vous sied bien de tenir ce discours,Vous qui, gardant au cœur d’infidèles amours,Quand je vous élevois au comble de la gloire,M’avez des trahisons préparé la plus noire!

Ne vous souvient-il plus , cœur ingrat et sans foi,Plus que tous les Romains conjuré contre moi,

De quel rang glorieux j’ai bien voulu descendrePour vous porter au trône où vous n’osiez prétendre ?Ne me regardez point vaincu , persécuté ;Revoyez-moi vainqueur , et partout redouté.

Songez de quelle ardeur dans Éphèse adorée,

Aux filles de cent rois je vou6 ai préférée 79 ;

Et, négligeant pour vous tant d’heureux alliés,Quelle foule d’états je.mettois à vos pieds.

Ali ! si d'un autre amour le penchant invincibleDès lors à mes bontés vous rendoit insensible ,Pourquoi chercher si loin un odieux époux ?

Avant que de partir, pourquoi vous faisiez-vous?Attendiez-vous, pour faire un aveu si funeste,

Que le sort ennemi m’eût ravi tout le reste ,

Et que, de toutes parts me voyant accabler,J’eusse en vous le seul bien qui me pût consoler ?Cependant, quand je veux oublier cet outrage ,

Et cacher à msn cœur cette funeste image,

Vous osez à mes yeux rappeler le passé !

Vous m’accusez encor, quand je suis offensé!

Je Tois que pour un traître un fol espoir vous flatte.

A quelle épreuve, ô ciel , réduis-tu Milbridate?Par quel charme secret laissé-je retenirCe courroux si sévère et si prompt à punir?Profitez du moment que mon amourvousdonne :Pour la dernière fois, venez, je vous l’ordonne.N’atlîrez point sur vous des périls superflus,

Pour un fils insolent que vous ne verrez plus.

Sans vous paver pour lui d’une foi qui m’est due 80 ,Perdez-en la mémoire, aussi bien que la vue ;

Et désormais, sensible à ma seule bonté,

Méritez le pardon qui vous est présenté.

MONIME.

Je n’ai point oublié quelle reconnoissance,Seigneur , m’a dû ranger sous votre ohéissanee :Quelque rang où jadis soient montés mes aïeux.Leur gloire de si loin n'éblouit point mes yeux.

Je songe avec respect de combien je suis néeAu-dessous des grandeurs d'un si noble hyménéc;Et, malgré mon penchant et mes premiers desseinsPour un fils, après vous, le plus grand des humains,Du jour que sur mon front on mit ce diadème,

Je renonçai, seigneur, à ce prince, à moi-même.Tous deux d’intelligence à nous sacrifier,

Loin de moi, par mon ordre, il conroit m’oublier.Dans l’ombre du secret ce feu s’alloit éteindre :

Et même de mon sort je ne pouvois me plaindre,