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MITHRIDATE.
Puisque enfin, aux dépens de mes vœux les plus doux,Je faisois le bonheur d’un héros tel que vous.Vousseul, seigneur, vous seul, vous m'avez arrachéeA celte obéissance où j’étois attachée;
Et ce fatal amour dont j’avois triomphé ,
Ce feu que dans l’oubli je eroyois étouffé ,
Boni la cautfe à jamais s’éloignent de ma vue,
Vos détours l’ont surpris, et m’en ont convaincue.Je vous l’ai confessé , je le dois soutenir.
En vain vous en pourriez perdre le souvenir ;
Et cct aveu honteux, où vous m’avez forcée,Demeurera toujours présent à ma pensée ;Toujours je vous croirois incertain de ma foi :
Et le tombeau, seigneur, est moins triste pour moiQue le lit d’im époux qui m’a fait cet outrage,
Qui s’est acquis sur moi ce cruel avantage ,
Kl qui, me préparant un éternel ennui,
M’a fait rougir d’un feu qui n’étoit pas pour lui.ÎI1TTHRIDATE.
C’est donc votre réponse? et, sans plus me com-plaire ,
Vous refusez l’honneur que je voulois vous faire ?Pensez-y bien. J’attends, pour me déterminer...MONIÎÎC.
Non, seigneur, vainement vous croyez m’étonner.Je vous cannois : je sais tout ce que je m’apprête ,Et je vois quels malheurs j’àsscmble sur ma tête :Mais le dessein est pris ; rien ne peut m’ébranler..Tngez-en , puisque ainsi je vous ose parler,
Et m’emporte au-delà de cetle modestieDont jusqu’à ce moment je n’étois point sortie.Vous vous êtes servi de ma funeste mainTour mettre à voire fils un poignard dans le sein :De ses feux innocents j’ai trahi le mystère ;
Et, quand il n’en perdroit que l'amour de son père,Il en mourra , seigneur. Ma foi ni mon amourNe seront point le prix d’un si cruel détour.
Après cela , jugez. Perdez une rebelle ;
Armez-vous du pouvoir qu’on vous donna sur elle :J’attendrai mon arrêt; vous pouvez commander.Tout ce qu’en vous quittant j’ose vous demander,Croyez ( à la vertu je dois celle justice )
Que je vous trahis seule, et n’ai point de complice;Et que d’un plein succès vos vœux seroient suivisSi j’en eroyois, seigneur, les vœux de votre fils.
SCÈNE V.
MITHRIDATE.
Elle me quitte ! Et moi, dans un lâche silence ,Je semble de sa fuite approuver l’insoicncc !
Peu s’en faut que mon cœur, penchant de son côté;Ne me condamne encor de trop de cruauté 81 !Qui suis-je ? Est-ce Monimc ? Et suis-je Mithiidalc?Non, non , plus de pardon , plus d’amour pourl’ingrate ss .
Ma colère revient, et je me reconnois 85 :Immolons , en partant, trois ingrats à la fois.
Je vais à Rome ; et c’est par de tels sacrificesQu’il faut à ma fureur rendre les dieux propices.Je le dois, je le puis ; ils n’ont plus de support :Les plus séditieux sont déjà loin du bord.
Sans distinguer entre eux qui je hais ou qui j’aime,Allons, et commençons par Xipharès lui-même.
Mais quelle est ma fureur! et qu'est-ce que je dis!Tu vas sacrifier... qui , malheureux? Ton fils!
Un fils que Rome craint ! qui peut venger son père!Pourquoi répandre un sang qui m’est si nécessaire?Ah ! dans l’état funeste où ma chute m’a mis ,Est-ce que mon malheur m’a laissé trop d’amis?Songeons plutôt, songeons à gagner sa tendresse ;J’ai besoin d’un vengeur, et non d’une maîtresse.Quoi ! ne vaut-il pas mieux , puisqu’il faut m’enpiiver,
La céder à ce fils que je veux conserver ?Cédonsla.Vains efforts, qui ne font que m'instruireDes foiblesses d’un cœur qui cherche à se séduire!Je brûle , je l’adore; et, loin de la bannir...
Ah ! c’est un crime eneor dont je la veux punir 84 .Quelle pi tic retient mes sentiments timides ?
N’en ai-je pas déjà puni de moms perfides?
O Monime! ô mon fils! Inutile courroux!
Et vous , heureux Romains, quel triomphe pourvous 85
Si vous saviez nia honte , et qu’un avis fidèleDe mes lâches combats vous portât la nouvelle !Quoi! des plus chères mains craignant les trahi-sons 86 ,
J’ai pris soin de m’armer contre tous les poisons ;J’ai su , par une longue et pénible industrie,
Des plus mortels venins prévenir la furie :
Ali! qu’il eût mieux valu, plus sage et plus heureux,Et repoussant les traits d’un amour dangereux ,Ne pas laisser remplir d’ardeurs empoisonnéesUn cœur déjà glacé par le froid des années!
De ce trouble fatal par où dois-je sortir?
SCENE VI.
MITHRIDATE, ARBATE.
ARBATE.
Seigneur, tous vos soldats refusent de partir :Pharnace les retient, Pharnace leur révèleQue vous cherchez à Rome une guerre nouvelle.
MITHRIDATE.
Pharnace ?
ARBATE.
Il a séduit ses gardes les premiers ;
Et le seul nom de Rome étonne les plus fiersDe mille affreux périls ils se forment l’image.
Les uns avec transport embrassent le rivage ;
Les autres, qui partoient, s’élancent dans les flots ,Ou présentent leurs dards aux yeux des matelots.Le désordre est partout; et, loin de nous entendre,Us demandent la paix, et parlent de se rendre.Pharnace est à leur tête; cl, flattant leurs souhaits,De la part des Romains , il leur promet la paix.
MITHRIDATE.
Ali, le traître! Courez : qu’on appelle son frère ;Qu’il me suive, qu’il vienne au secours de son père.
ABBATE.
J’ignore son dessein ; mais un soudain transportL’a déjà fait descendre et courir vers le port;
Et l’on dit que , suivi d’un gros d’amis fidèles ,
On l’a vu se mêler au milieu des rebelles.
C’est tout ce que j’en sais.