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Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
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264 NOTES DE MITHRIDATE.

lible ; elle est sauvée cependant, et par l’ordre dece même Mithridate, si avide de vengeance et sipeu fait à pardonner. Comment ? C'est ce qu’il estimpossible au spectateur de deviner : et, quoiquetout soit imprévu , l'explication rendra tout vrai-semblable , et le spectateur sera satisfait sous tousJes rapports. C’est, depuis Andromaque, le plusbeau dénouement de Racine ; il prend bien ici sarevanche de ceux de Bajazet et de Britannicus.

La IIarpe-

* 5 Monime vient de dire : laissez-moi . Celte ré-pétition est une légère négligence. L. okBoisjerm.

Sli Des poisons fidèles! H n’y a point d'épithètepins neuve et plus hardie : elle est si bien placéequ'elle ne le paroît pas, tant l’auteur et le sujetont contribué à la rendre claire. Au reste , on estd’accord depuis long-temps sur la belle versifica-tion qui fait de ce récit un de ceux qu’on admirele plus au théâtre et à la lecture. Nous observe-rons seulement que ne récit et la mort de Mithri-date sont les derniers traits qui achèvent la pein-Lure de ce grand caractère , et qu’ils ajoutent audénouement le mérite de la dignité. La Harpe.

97 Les commentateurs ont cru trouver le mo-dèle de cette description dans ces vers de Virgile :

Difïugiunt alii ad naves, et littora cursu

Fida petunt : pars ingentem , formidine turpi,

Scanduntrursus equum, et nota conduntur in alvo.

• Les uns se précipitent vers leurs vaisseaux,et cherchent une plage à l’abri du danger ; d’au-tres, saisis d’une honteuse épouvante , se hâtentde remonter dans les flancs de cet énorme che-val qui les avait apportés.» ( Æneid. , lib. II,v. 399. )

98 Dans la première édition, Phœdimc ne fi-gure pas parmi les personnages de celle scène.

99 Dans les Tvacbinie.nnes de Sophocle , Her-cule mourant donne sa maîtresse Joie à son filsJïyllus , de même que Mithridate donne Monimeà Xipharès. Tôle est la cause de la mort d’IJercuIepar la jalousie qu’elle a inspirée àDèjanire : onpeut dire aussi que Monime a causé la mort deMithridate, on lui inspirant de la jalousie et dela haine contre Xipharès ; mais Hvllus n’est pointl'ainant d’Iole et le rival de son père, ce qui metune grande différence dans la situation. Le P. Bru-ni oy est allé trop loin , lorsqu’il a voulu présentercomme une conformité parfaite une ressemblanceassez légère. Geoffrot.

100 Les grands écrivains ont le droit de créerdes mots: impuni, appliqué aux personnes, man-quoit à notre langue et à noire poésie : je neferois aucune difficulté de m’en servir même enprose : je dirois un scélérat impuni aussi bienqu’un crime impuni; à plus forte raison , je croisque les poêles ne doivent se faire aucun scrupulede l’employer en vers. Geoffroy.

101 Racine a depuis supprime les vers suivants ,qui se trouvent après celui-ci dans la premièreédition :

Le Farthe, qu’ils gardoient pour triomphe dernier,Seul encor sous le joug refuse de plier :

Allez le joindre. Allez chez ce peuple indomptablePorter de mon débris le reste redoutable.

J’espère , et je m’en forme un présage certain ,Que leurs champs bienheureux boiront le sangromain ;

Et, si quelque vengeance à ma mort est promise,Que c’est à leur valeur que le ciel l’a remise.

Mais je sens, etc.

10J Racine n’a manqué aucun des traits dontles historiens ont marqué le caractère du fameuxroi de Pont. Son infatigable haine contre les Ro-mains , l’audace et les ressources de son génie , sapolitique défiante et cruelle , sa dissimulationartificieuse , sa jalousie barbare , qui avoît si sou-vent sacrifié ses femmes à son orgueil : tout estfidèlement retracé dans ce rôle , et les couleursont autant d’éclat que de force. C’est véritable-ment une tête antique. Mais Mithridate, à sonâge, et dans sa situation, devoil-il être amou-reux? L’opininn générale, qui là-dessus a con-damné le poète , malgré le succès , paroît fondée.Ce n'est pas que cet amour, dans le plan une foisdonné , ne soit tout ce qu’il peut et doit être ; etMithridate, en se reprochant sans cesse sa foi-blesse, offre en même temps l’aveu et l’excusede la faute du poète , et la preuve de sou talent :mais peut-on disconvenir qu’au fond cette foi-blesse n’énerve l'ouvrage en dégradant le héros?L’Atmibal du Pont, vaincu et chassé do ses états,réfugié dans un coin du Bosphore, et de sa der-nière retraite menaçant encore les Romains d’uneinvasion dans l’Italie, peut-il sérieusement s’oc-cuper de disputer le cœur de Monime à ses deuxjeunes fils? Non, cette conduite est insensée , etindigne d’un roi et d'un héros : l’histoire ne la luiattribue point, et la tragédie ne devoil pas la luidonner. Peut-être eût-il fallu que Mithridate, aigriplus que jamais par ses malheurs, méprisant l’a-mour. comine Acornat, n'eût que l’orgueil jalouxd’un despote d’Asie : que la rivalité d’un de sesfils, et non pas de tous les deux, fût continuelle-ment mêlée à une intrigue politique, digue de laperfidie de Pbarnace , qui pouvoit là, sans blesseraucune convenance, être également furieux d’a-mour et d’ambition •, que Xipharès ne fût ni amou-reux ni aimé , mais seulement le fils de Mithridau*,et le mortel ennemi de Pharnace et des Romains,et que Monime aimât Pharaace , en détestant sescrimes. Voilà peut-être, si l’on osoit substituerlin plan quelconque à un plan de Racine , ce quipouvoit conserver à ce grand sujet toute l’austéritétragique qu’il devoit avoir. Il auroit été sans doutemoins touchant, mais beaucoup jilus terrible ; etc’est ce que devoit êLre surtout le sujet de Mitkri-date. lie dénouement , qui est très beau , pouvoitêtre à peu près le même ; mais j’avoue qu’on y au-roit perdu te rôle de Monime , qui, tel qu’il est,me semble un des chefs-d’œuvre de l’auteur. Lerôle est surtout remarquable par la réunion laplus heureuse de toutes les bienséances les plusdélicates dans des situations difficiles, et par desgrâces de diction et de sentiment, des grâces tou-chantes, telles que les comporte la tragédie, etqu’on ne trouve nulle part que dans cet inimi-