NOTES DE MITHRIDATE. 265
table rôle. Bérénic c et Zaïre ont un grand charme ;mais remarquez que rien ne contraint l'épanche-ment de leur amour ; et pour ceux qui ont quel-que idée de l’art, cette différence est capitale. Onsait que la peinture des passions contraintes etcombattues est le comble de la dilficulté. Monirnerefuse d’être l’épouse de Milhridate, de manièrequ’il n'y a personne qui ne voulût en faire la
sienne. Elle se refuse à son amant. de manièrequ’il n’y a personne qui ne voulût l’être. Et c’estpourtant d’une véritable faute dans le plan , c’estd’un amour déplacé dans Milhridate, que Ra-cine a tiré celte intéressante partie de son drame !Voilà ce qui n’est donné qu’au grand artiste.
La Harpe.
IPHIGÉNIE.
PRÉFACE.
Il n'y a rien de plu3 célèbre dans les poètes quele sacrifice d'Iphigénie ; niais ils ne s’accordentpas tous ensemble sur les plus importantes parti-cularités de ce sacrifice. Les uns, comme Eschyledans Agamemnon , Sophocle dans Élecire , et,après eux , Lucrèce , Horace, et beaucoup d’au-tres , veulent qu’on ait en effet répandu le sangd’Iphigénie, fille d’Agamemnon , et qu’elle soitmorte en Aulide. Il ne faut que lire Lucrèce, aucommencement de son premier livtÿ! :
Aulide quo pacio Triviaï \irgiuis aramIphianassaï turparunt sanguine feedeDuctores Daiutûrn, etc. 1
Et Clytemnestre dit, dans Eschyle, qu’Agamem-non, son mari, qui vient d’expirer, rencontreradans les enfers Iphigénie, sa fille , qu’il a autre-fois immolée.
D’aulres ont feint que Diane, ayant eu pitié decette jeune princesse, l’avoit enlevée et portéedans la Tauride, au moment qu’on l’alloit sacri-fier, et que la déesse avoit fait trouver en sa place,ou une biche , ou une autre victime de celte na-ture. Euripide a suivi cette fdble, et Ovide l’amise au nombre des métamorphoses.
Il y a une troisième opinion, qui n’est pas moinsancienne que les deux autres, sur Iphigénie. Plu-sieurs auteurs, et entre autres Stésichorus, l’undes plus fameux et des plus anciens poêles lyri-ques, ont écrit qu'il étoit bien vrai qu’une prin-cesse de ce nom avoit été sacrifiée, mais que cetteJphigénie étoit une fille qu’Hélène avoit eue deThésée. Hélène , disent ces auteurs , ne l’avoit oséavouer pour sa fille , parcequ’elle n’oséit déclarerà Ménélas qu’elle eût été mariée en secret avecThésée. Pausunias ( Corinth ., p. is5 J rapporte etle témoignage et le nom des poêles qui ont été dece sentiment: et il ajoute que c’éloit la créancecommune de tout le pays d’Argos.
Homère enfin , le père des poêles, a si peu pré-tendu qu’Iphigénie , fille d’Agamemnon , eût été,
ou sacrifiée en Aulide, ou transportée dans laScythie , que, dans le neuvième livre de l’Iliade,c’est-à-dire près de dix ans depuis l’arrivée desGrecs devant Troie, Agamemnon fait offrir enmariage à Achille sa fille Iphigénie, qu’il a, dit-il,laissée à Mycène , dans sa maison.
J'ai rapporté tous ces avis si différents 2 , et sur-tout le passage de Pausanias , pareeque c’est à cetauteur que je dois J’heureux personnage d’Éri-phile,. sans lequel je n’aurois jamais osé entre-prendre cette tragédie. Quelle apparence quej’eusse souillé la scène par le meurtre horribled’une personne aussi vertueuse et aussi aimablequ’il falloit représenter Tpbigénie ? Et quelle appa-rence encore de dénouer ma tragédie par le secoursd’une déesse et d’une machine , et par une méta-morphose , qui pouvoit bien trouver quelquecréance du temps d’Euripide, mais qui seroit tropabsurde et trop incroyable parmi nous ?
Je puis dire donc que j’ai été très heureux detrouver dans les anciens celte autre Iphigénie quej’ai pu représenter telle qu’il m’a plu, et qui,tombant dans le malheur où celte amante jalousevouloit précipiter sa rivale, mérite en quelquefaçon d’être punie, sans être pourtant tout-à-faitindigne de compassion. Ainsi le dénouement dela pièce est tiré du fond même de la pièce : et ilne faut que l’avoir vu représenter pour compren-dre quel plaisir j’ai fait au spectateur, et en sau-vant à la fin une princesse vertueuse pour qui ils’est si fort intéressé dans le cours de la tragédie ,et en la sauvant par une autre voie que par un mi-racle qu’il n’auroit pu souffrir, pareequ'il ne lesauroit jamais croire.
Le voyage d’Achille à Lesbos, dont ce héros serend maître, et d’où il enlève Eriphile avant quede venir en Aulide, n’est pas non plus sans fonde-ment. Euphorion de Chülcide , poète 1res connuparmi les anciens , et dont Virgile (Eglog. x) etQuinlilien (Tnstit., lib. x) font une menLion hono-rable, parloit de ce voyage de Lesbos. Il disoitdans un de scs poèmes, au rapport de Parlhénius,
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