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Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
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IPHIGÉNIE.

274

Achille... Vous brûlez que je ne sois partie.

ÉBIPIIILE.

Moi! tous me soupçonnez de cette perfidie!

Moi, j’aimerois, madame , un vainqueur furieux.Qui toujours tout sanglant se présente à mes yeux,Qui, la flamme à la main, et de meurtres avide ,

Mit en cendres Lesbos...

IPHIGÉNIE.

Oui, vous l’aimez, perfide;

Et ces memes fureurs que vous me dépeignez .

Ces bras que dans le sang vous avez vus baignés,Ces morts, cette Lesbos, ces cendres, cette flamme,Sont les traits dont l’amour l’a gravé dans votre âme ;

Et, loin d’en détester le cruel souvenir,

Vous vous plaisez encore à m’eD entretenir.

Déjà plus d’une fois , dans vos plaintes forcées ,

J’ai dû voir et j’ai vu le fond de vos pensées ;

Mais toujours sur mes yeux ma facile bontéA remis le bandeau quej’avois écarté.

Vous l'aimez. Que faisois-je! et quelle erreur fataleM’a fait entre mes bras recevoir ma rivale !

Crédule, je l’aimois: mon cœur même aujourd’huiDe son parjure amant lui promettoit l’appui.

Voilà donc le triomphe où j’étois amenée!Moi-même à votre char je me suis enchaînée.

Je vous pardonne , hélas ! des vœux intéressés ,

Et la perte d’un cœur que vous me ravissez :

Mais que, sans m’avertir du piège qu'on me dresse,Vous me laissiez chercher jusqu’au fond de la GrèceL’ingrat qui ne m’attend que pour m abandonner,Perfide , cet affront se peut-il pardonner ?

Émemr.K.

Vous me donnez des noms qui doivent me surpren-dre ,

Madame : on ne m’a pas instruite à les entendre ;Et les dieux, contre moi dès long-temps indignés,

A mon oreille encor les avoient épargnés 43 .

Mais il faut des amants excuser l’injustice.

Et de quoi vouliez-vous que je vous avertisse ?Avez-vous pu penser qu’au sang d’AgamemnonAchille préférât une fille, sans nom ,

Qui de tout son destin ce qu’elleapucomprendre,C’est qu’elle sort d’un sang qu’il brûle de répandre 00 .IPHIGÉNIE.

Vous triomphez, cruelle, et bravez ma douleur.

Je n’avois pas encor senti tout mon malheur:

Et vous ne comparez votre exil et rua gloire ,

Que pour mieux relever votre injuste victoire.Toutefois vos transports sont trop précipités:

Ce même Agamemnon à qui vous insultez ,

Il commande à la Grèce, il est mon père, il m’aime,Il ressent mes douleurs beaucoup plus que moi-même.

Mes larmes par avance avoient su le toucher :

J'ai surpris ses soupirs qu’il me vouloit cacher.Hélas 1 de son accueil condamnant la tristesse ,J’osois me plaindre à lui de son peu de tendresse !

SCÈNE VI.

ACHILLE, IPHIGÉNIE, ÉRIPHILE, DORIS.

ACHILLE.

Il est donc vrai, madame, et c’est vous que je vois!Je soupçonnois d’erreur tout le camp à la fois.

Vous en Aulide! vous! Hé! qu’y venez-vous faire?

D’où vient qu’Agameinnon m'assurait le contraire?IPHIGÉNIE.

Seigneur, rassurez-vous: vos Yœux seront contents.Tphigénie encor n’y sera pas long-temps.

SCÈNE VII.

ACHTLLE, ÉRIPHILE, DORIS.

ACHILLE.

Elle me fuit! Veillè-je? oun’esl-ce point un songe? iDans quel trouble nouveau cette fuite me plonge!Madame, je ne sais si, sans vous irriter,

Achille devant vous pourra se présenter ;

Mais si d’un ennemi vous soutirez la prière ,

Si lui-même souvent a plaint sa prisonnière,

Vous savez quel sujet conduit ici leurs pas:

Vous savez...

ÉRIPHILE.

Quoi! seigneur, ne le savez-vous pas,Vous qui, depuis un mois, brûlant sur cc rivage ,

Avez conclu vrms-rnême et hâté leur voyage ?

ACHILLE.

De ce même rivage absent depuis un mois,

Je le revis hier pour la première fois.

ÉHiPHrr.K.

Quoi ! lorsque Agamemnon écrivoit ù Mycène,

Votre amour, votre main n’a pas conduit la sienne?Quoi! vous, qui de sa fille adoriez le» attraits...

ACHILLE.

Vous m’en voyez encore épris plus que jamais,Madame; et si l'effet eût suivi ma pensée,

Moi-même dans Argos je i’aurois devancée.Cependant on me fuit. Quel crime ai-je commis ?

Mais je ne vois partout que des yeux ennemis.

Que dis-je ? en ce moment Calchas, Nestor, Ulysse,

De leur raine éloquence employant l’anifiee ,

Combattoienl mon amour, et sembloient m’annoncerQue , si j’en croîs ma gloire, il faut y renoncer.Quelle entreprise ici pourroilêtre formée?

Suis-je, sans le savoir, la fable de l’armée?

Entrons: c’est un secret qu’il leur faut arracher.

SCÈNE VIII.

ÉRIPHTLE, DORIS.

ÉKIPIULE.

Dieux, qui voyez ma honte, où me dois-je cacher?Orgueilleuse rivale, on t’aime ; el tu murmures!Souffrirai-je à la fois la gloire et tes injures 51 ?

Ah ! plutôt... Mais . Doris, ou j’aime à me flatter,

Ou sur eux quelque orage est tout près d'éclater.

J'ai des yeux. Leur bonheur n’est pas encor Iranquille.

On trompe Iphigénie : on se cache d’Achille ;Agamemnon gémit. Ne désespérons point ;

Et, si le sort contre elle à ma haine se joint,

Je saurai profiler de celle intelligence

Pour ne pas pleurer seule et mourirsans vengeance ,