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Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
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ACTE III, SCÈNE I —IV.

ACTE TROISIÈME.

SCÈNE I.

AGAMEMNON, CLYTEMNESTRE.

CLYTEMNESTRE.

Oui, seigneur, nous parlions; et mon juste courrouxLaissoit bientôt Achille et le camp loin de nous :Ma fille dans Àrgos couroit pleurer sa lionle.

Mais lui-même, étonné d'une fuite si prompte ,Par combien de serments, dont je n’ai pu douter,Vient-il de me convaincre, et de nous arrêter !

Il presse cet hymen qu’on prétend qu’il diffère,Et vous cherche , brûlant d’amour cl de colère :Très d'imposer silence à ce bruit imposteur ,Achille en veut conuoître et confondre l’auteur.Bannissez ces soupçons qui troubloient notre joie.AGAMEMNON.

Madame, c’est assez : je consens qu’on le croie.

Je reconnoi» l’erreur qui nous avoit séduits ,

Et ressens votre joie autant que je le puis.

Vous voulez que Calchas l’unisse à ma famille :Vous pouvez à l’autel envoyer votre fille ;

Je l’attends 53 . Mais, avant que de passer plus loin,J’ai voulu vous parler un moment sans témoin.Vous voyez en quels lieux vous l’avez amenée :Tout v ressent la guerre, et non poinl l’hyménée.I.e tumulte d’un camp, soldais, et matelots ,

Un aulel hérissé de dards , de javelots ,

Tout ce spectacle enfin , pompe digne d’Achille,Pour adirer vos yeux n’est point assez tranquille ;Et les Grecs y verroient l’épouse Je leur roiDans un état indigne et de vous et de moi.

M’en croirez-vous ? Laissez, de tos femmes suivie,A cet hymen , sans vous, marcher Iphigénie s *.

CLYTEMNESTRE.

Qui ? moi I que, remet fanl ma fille en d’autres bras,Ce que j’ai commencé , je ne l’achève paslQu’apres l’avoir d’Argos amenée eu Aulide,

Je refuse à l’autel de lui servir de guide !

Dois-je donc de Calchas être moins près que vous ?Et qui présentera ma fille à son époux ?

Quelle autre ordonnera cette pompe sacrée ?

AGAMEMNON.

Vous n’êtes point ici dans le palais d’Alrée :

Vous êtes dans un camp...

CLYTEMNESTRE.

Où tou t vous est soumis :Où le sort de l’Asie en vos mains est remis ;

Où je vois sous vos lois marcher la Grèce entière:Où le fils de Thétis va m’appeler sa mère.

Dans quel palais superbe et plein de ma grandeurPuis-je jamais paraître avec plus de spleudeur?

AGAMEMNON.

Madame, au nom des dieux auteurs de notre race,Daignez à mon amour accorder cette grâce.

J’ai mes raisons.

CLYTEMNESTRE.

Seigneur, au nom des mêmes dieux,D’un spectacle si doux ne privez point mes yeux.

27D

Daignez ne point ici rougir de ma présence.AGAMEMNON.

J arois plus espéré de votre complaisance.

Mais, puisque la raison ne vous peut émouvoir,Puisque enfin ma prière a si peu de pouvoir,

Vous avez entendu ce que je vous demande ,Madame : je le veux , et je vous le commande.Obéissez Sî .

SCÈNE II.

CLYTEMNESTRE.

D’où vient que d’un soin ai cruel SliL’injusle Agamemuon m’écarte de l’autel?

Fier de son nouveau rang m’ose-t-il méconnoître ?

Me croit-il à sa suite indigne de paroître ?

Ou, de l’empire encor timide possesseur,

N’oscroit-il d’Hélène ici montrer la sœur ?•

Et pourquoi me cacher ? et par quelle injusticeFaut-il que sur mou front sa honte rejaillisse ?

Mais n’imporlc; il le veut, et mon cœur s’y résout.

Ma fille, tou bonheur me console de toutlLe ciel te donne Achille; et ma joie est extrêmeDe t’entendre nommer... Mais le voici lui-même.

SCÈNE III.

ACHILLE , CLYTEMNESTRE.

ACHILLE.

Tout succède , madame , à mon empressemenl ;

Le roi n’a point voulu d’autre éclaircissement ;

Il en croit mes transports; et, sans presque m'entendre,Il vient, en m’embrassant, de m’accepter pour gendre.Il ne m’a dit qu’un mot. Mais vous a-t-il contéQuel bonheur dans le camp vous avez apporté ?

Les dieux vont s'apaiser : du moins Calchas publieQu’avec eux, dans une heure, il nous réconcilie :

Que Neptune et les vents , prêts à nous exaucer ,N’attendent que le sang que sa main va verser.

Déjà dans les vaisseaux la voile se déploie ,

Déjà sur sa parole ils se tournent vers Troie.

Pour moi, quoique le ciel, au gré de mon amour,

Dût encore des vents retarder le retour,

Que je quitte à regret la rive fortunée

Où je vais allumer les flambeaux d’hyménée ;

Puis-je ne point chérir l’heureuse occasionD’aller du sang troyen sceller notre union ,

Et de laisser bientôt, sous Troie ensevelie ,

Le déshonneur d’un nom à qui Je mien s’allie ?

SCÈNE IV.

ACHILLE, CLYTEMNESTRE, IPHIGÉNIE,ÉR1PHILE , ÆGINE , DORIS.

ACHILLE.

Princesse , mon bonheur ne dépend que de vous ;Votre père à l’autel vous destine un époux :

Venez y recevoir un cœur qui vous adore.

IPHIGÉNIE.

Seigneur, il n’esl pas temps que nous partions encore

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