ACTE IV, SCENE VI—VIII.
28 c
Que ma foi, mon amour, mon honneur y consente 7S ? |
AGAMI-MSON.
Mais vous, qui me parlez d’une voix menaçante , !
Oubliez vous ici qui vous interrogez ? ' j
ACHILLE. '
Oubliez-vous qui j’aime, et qui vous outragez?
AG MlKMNOÏî.
Et qui vous a chargé du soin de ma famille?
Ne pourrai-je sans vous disposer de nia fille ?
Ne suis-je plus son père ? Êtes vous son époux ?iEt 11e peut-elle...
ACHTI.LB.
Non, elle n’est plus à vous :
On ne m’abuse point par des promesses vaines.
Tant qu’un reste de sang roulera dans mes veines, ■Vous deviez à mon sort unir tous ses moments 79 ;
Je défendrai mes droits fondés sur vos serments.
El n'est-ce pas pour moi que vous l’avez mandée ?ACAMEMVOX.
Plaignez vousdonc aux dieux qui me l’ont demandée !Accusez et Calchas et le camp tout entier ,
Ulysse , Ménélas, et vous tout le premier.
AGUILLb'.
Moi!
4GAMEMNOX.
Vous, qui, de l’Asie embrassant la conquête,Querellez tous les jours le ciel qui vous arrête ;
Vous qui. vous offensant de mes justes terreurs,
Avez dans tout le camp tépandu vos fureurs.
Mou cauir pour la sauver vous ouvrait mm voie ;
Mais vous ne demandez, vous ne cherchez que Troie.
Je vous femiois le champ où vous voulez, courir :
Vous le voulez, partez : sa mort va vous l'ouvrir.ACIIILLC.
Juste ciel ! puis-je entendre et souffrir ce langage ?Est-ce ainsi qu’au parjure on ajoute l’outrage?
Moi, je voulois partir aux dépens de ses jours ?
Et que m’a l'ait à moi celle Troie où je cour» 811 ?
Au pied de ses remparts quel intérêt m’appelle?
Pour qui, sourd à la voix d'une mère immortelle, .El d’un père éperdu négligeant les avis,
Vais-je y chercher la mort tant prédite à leur fils ?Jamais vaisseaux partis des rives du ScamandreAux champs thessaliens osèrent-ils descendre?
Et jamais dans La risse un lâche ravisseurMe vint-il enlever ou ma femme ou ma sœur?Qu'ai-je à me plaindre ? Où sont les pertes que j’aifaites ?
Je n'y vais que pour vous , barbare que vous êtes;Pour vous, à qui des Grecs moi seul je ne doi- rien;Vous, que j’ai fait nommer et leur chef elle mien;Vous, que mon bras vengeoitdans Lcsbos enflamméeAvant que vous eussiez assemblé votre armée.
Et quel fut le dessein qui nous assembla tous ?
Ne courons-nous pas rendre Hélène à son époux 81 ?Depuis quand pense-t-011 qu'inutile à moi-mêmeJe me laisse ravir une épouse que j’aime ?
Seul. d’un honteux affront votre frère blesséA-l i) droit de vengpr son amour offensé?
Votre fille me plut, je prétendis lui plaire ;
Elle est de mes serments seule dépositaire :
Content de son hymen , vaisseaux, armes, soldats,
Ma foi lui promit tout, et rien à Ménélas.
Qu’il poursuive , s’il vent, son épouse enlevée ;
Qu’il cherche une victoire à tuon sang réservée :
Je ne connois Pnom, îfélêne , ni Pârîs :voulais voire fille, et ne pars qu’à ce prix.
A CAMEMXOIî.
Fuyez donc : retournez dans votre Thessalic * 2 .Moi-même je vous rends le serment qui vous lie.Assez d’aulres viendront, à mes ordres soumis ,
Se couvrir des Jautiers qui vous furent promis ;
Et, par d’heureux exploits forçant la destinée ,Trouveront d’ilion la fatale journée S5 .
J’eiUi evnis vos mépris , et juge , à vos discours ,Combien j’a< hèterois vos superbes secours,lie la Grèce déjà vous vous rendez l’arbitre :
Ses roi.- , à vous ouïr, mont paré d’un vain titre.Fier de votre valeur , tout , si je vous en crois ,
Doit marcher, doit fléchir, doit trembler sous voslois.
ün bienfait reproché tint toujours l’eu d'offense ;
Je veux moins de valeur, et plus d’obéissance.
Fuyez. Je ne crains point votre impulsant courroux ;Et je romps tous lo nœuds qui m'attachent à vous.ACHILLE.
Fendez grâce au seul nœud qui relient nia colère :D’Iphigénie encor je respecte le pèrePeut-être, sans ce nom , le chef de tant de roisM’auroit osé braver pour la dernière fois.
Je ne dis plus qu’un mot; c’est à vous de mVnlcndre.J’ai votre tille ensemble el ma gloire à défendre.Pour aller jusqu’au cœur que vous voulez percer,Voilà pur quels chemins vos coups doivent passer ss .
SCÈNE vu;
AGAMEMNON.
Et voilà ce qui rend sa perte inévitable.
Ma fille toute seule éloil plus redoutable.
Ton insolent amour, qui croit m’épouvanter ,
Vient de hâter le coup que tu veux arrêter.
Ne délibérons plus. Bravons sa violence :
Ma gloire intéressée empor te la balance.
Achille menaçant détermine mon cœur:
Ma pitié sembleroit un effet de ma peur.
Holà i Gardes 1 à moi !
SCÈNE VIH.
AGAMEMNON , EURYBATE , gardes*
EURVIiATE;
Seigneur;
„ AC4MEMNOX.
Que vais-je faire ?
Puis-je leur prononcer cet ordre sanguinaire?Cruel ! à quel combat faut il te préparer 1Quel est cet ennemi que lu leur vas livrer ?
Une mère m'attend; une mère intrépide ,
Qui défendra son sang contre un père homicide :Je verrai mes soldats , moins barbares que moi ,Respecter dans ses bras la fille de leur roi.
Achille nous menace , Achille nous méprise ;
Mais uni fille en est-elle à mes lois moins soumise ?Ma fille, de l’autel cherchant à s’échapper,Gémit-elle du coup dont je la veux frapper ?