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Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
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2 8 a

IPHIGENIE.

Que dis-je ? Que prétend mon sacrilège zèle ?Quels vœux , en l'immolant, formerai-je sur elle ?Quelques prix glorieux qui me soient proposés ,Quels lauriers me plairont de son sang arrosés ?Je veux fléchir des dieux la puissance suprême :Ah 1 quels dieux me seroient plus cruels que moi-même ?

Non, je ne puis. Cédons au sang , à l'amitié ,

Et ne rougissons plus d'une juste pitié :

Qu’elle vive. Mais quoi J peu jaloux de ma gloire ?Dois je au superbe Achille accorder la victoire ?Son téméraire orgueil, que je vais redoubler,Croira que je lui cède, et qu’il me fait trembler...De quel frivole soin mon esprit s'embarrasse?

Ne puis-je pas d’Achille humilier l’audace?

Que ma fille à ses yeux soit un sujet d’ennui :Il l'aime ; elle vivra pour un autre que lui.Eurybate, appelez la princesse , la reine :Qu’elles ne craignent point.

SCÈNE rx.

AGAMEMNON, carde».

AGAMEMNON.

Grands dieux ! si votre haineFersévère à vouloir rarracber.de mes mains,

Que peuvent devant vous tous les foibUs humains ILoin de la secourir, mon amitié l’opprime.

Je le sais ; mais, grands dieux ! une telle victimeVaut Lieu que , confirmant vos rigoureuses lois ,Vous me la demandiez une seconde fois S} .

SCENE X.

AGAMEMNON , CLYTEMNESTRE, IPHI-GÉNIE, ÉRIFIIILE , EURYBATE, DORIS ,

GARDES.

AGAMEMNON.

Allez, madame, allez; prenez soin de sa vie :

Je vous rends votre fille , et je vous la confie.Loin de ces lieux cruels précipitez ses pas;

Mes gardes vous suivrout, commandés par Areas iJe veux bien excuser son heureuse imprudence.Tout dépend du secret et de la diligence :

Ulysse ni Calchas n’ont point encor parlé;

Gardez que ce départ ne leur soit révélé 8 *.Cachez bien voire fille ; et que tout le camp croieQue je la retiens seule , et que je vous renvoie.Fuyez. Puissent les dieux, de mes larmes contents,A mes tristes regard» ne l’offrir de long-temps lGardes, suivez la reine.

CÏ/ÏIEMNESTR E.

Ah, seigneur I

IPHIGÉNIE.

Ah, mon père J

AGAMEMNON.

Prévenez de Calchas l’empressement sévère.Fuyez, vous dis-je. Et moi , pour vous favoriser ,Par de feintes raisons je m’en vais l’abuser.

Je vais faire suspendre une pompe funeste,

Et de ce jour, au moins, lui demander le reste.

SCÈNE XI.

ÉRIPJIÏLE, DORIS.

4 IîtPHtLE.

Suis-moi : ce n’est pas là , Doris, notre chemin.DORIS.

Vous ne les suivez pas ?

ÉRIPDILE.

Ah ! je succombe enfin.

Je reconnois l’effet des tendresses d’Achille.

Je n’emporterai point une rage inutile :

Plus de raisons; il faut ou la perdre on périr.Viens, te dis-je. A Calchas je vais tout découvrir.

ACTE CINQUIEME.

SCENE I.

IPHIGÉNIE, ÆGINE.

IPUIGKNIF.

Cesse de m’arrêler. Va, vetourne à ma mère ,Ægine : il faut des dieux apaiser la colère.

Pour ce sang malheureux qu’on veut leur déroberRegarde quel orage est tout prêt à tomber :Considère l’état où la reine est réduÎLc;

Vois comme tout le camp s’oppose à notre fuite ;Avec quelle insolence ils ont, de toutes parts ,Fait briller à nos yeux la pointe de leurs dards ;Nosgardps repoussés, la reine évanouie...

Ah ! c’est trop l'exposer : soulfre que je la fuie :

El . sans attendre ici ses secours impuissants,Laisse-moi profiler du trouble de scs sens.

Mon père même , hélas! puisqu’il faut te le dire ,Mou père, en me sauvant, ordonne que j'expire.

Lui, madame I Quoi donc ? qu’est-ce qui s’est passé?

IPUIGÉNCE.

Achille trop ardent, l’a peut-être offensé :

Mais le roi qui le hait, veut que je le haïsse ;

11 ordonne à mon cœur cet affreux sacrifice :

Il m’a fait par Areas expliquer scs souhaits ;Ægine, il me défend de lui parler jamais.

Ab , madame !

ÆGINE.

ipnrGÉNiE.

Ah, sentence, ah, rigueur inouïe!Dieux plus doux, vous n'avez demandé que ma vie !Mourons, obéissons. Mais qu’est-ce que je voi ?Dieux! Achille!

SCÈNE IT.

ACHILLE, IPHIGÉNIE.

ACHILLE.

Venez , madame, suivez-moi :

Ne craignez ni les cris ni la foule impuissant!! •D’un peuple qui se presse autour de celle tente.