ACTE V, SCÈNE IX — III. 283
Paroissez; el bientôt, sans attendre mes coups,
Où seroit le respect et ce devoir suprême...
Ces flots tumultueux s'ouvriront devant vous.
ACHILLE.
Patrocle. et quelques chefs qui marchent à ma
Vous suivrez un époux avoué par lui-même.
suite,
C'est un litre qu’en vain il prétend me voler 8 * :
De mes Thessalicns vous amènent l’élite :
Ne fait-il des sermenis que pour les violer?
Tout le reste, assemblé près de mon étendard s °,
Vous-même , que retient un devoir si sévère,
Vous offre de ses rangs l'invincible rempart.
Quand il vous donne à moi, n’est il point votre père?
A vos persécuteurs opposons cet asile:
Suivez-vous seulement ses ordres absolus
Qu’ils viennent vous chercher sous les tentes d'A-
Quand il cesse de I être , et ne vous commît plus ?
chille.
Enfla, c’est trop tarder, ma princesse ; et ma crainte...
Quoi, madame! est-ce ainsi que vous me seconde»?
IP1IICKNIE.
Ce n’est que par des pleurs que vous me répondez!
Quoi, seigneur! vous iriez jusque» à la contrainte?
Vous fiez-vous encore à de si foihles armes?
D’un coupable transport écoutant la chaleur,
Hâtons-nous : votre père a déjà vu vos larmes.
Vous pourriez ajouter ce comble à mon malheur?
IVHIGÉN'IE,
Ma gloire vous seroit moins chère que ma vie?
Je le sais bien , seigneur : aussi tout mon espoir
Ah , seigneur ! épargnez la triste Iphigénie.
N’esl plus qu’au coup mortel que je vais recevoir 30 .
Asservie à des lois que j’ai dû respecter,
ACHILLE.
C'est déjà trop pour moi que de vous écouter :
Vous, mourir! Ah! cessez de tenir ce langage.
Ne portez pas plus loin votre injuste victoire ;
Songez-vous quel serment vous et moi nous engage?
Ou , par mes propres mains immolée à ma gloire,
Songez-vous , pour trancher d'inutiles discours ,
Je saurai m’affranchir, dans ces extrémités.
Que le bonheur d’Achille est fondé sur vos jours?
' Du secours dangereux que vous me présentez.
Iphigénie.
ACHILLE.
Le ciel n’a point aux jours de cetie infortunée
lié bien , n’en parlons plus. Obéissez , cruelle ,
Attaché In bonheur de voire destinée.
Et cherchez une mort qui vous semble si belle :
Notre aruour nous trourpoit : et les arrêts du sort
Portez à votre père un cœur où j’entrevoi
Veulent que ce bonheur soit un fruit de ma mort.
Moins de respect pour lui que de haine pour moi.
Songez, seigneur, songez à ces moissons de gloire
Une juste fureur s’empare de mon âme :
Qu’à vos vaillantes mains présente Ja victoire:
Vous allez à l’autel ; et moi, j’y cours, madame.
Ce,champ si glorieux où vous aspirez tous.
Si de sang et de morts le ciel, est affamé,
Si mon sang ne l’arrose , est stérile pour vous.
Jamais de plus de sang scs. autels n’ont fumé 94 .
Telle est la loi des dieux à mon père dictée.
A mon aveugle amour tout sera légitime :
En vain , sourd à Calclias, il J’avoit rejetée :
Le prêtre deviendra ma première victime , .
Par la bouche des Grecs contre moi conjurés
I.e bûcher , par mes mains détruit et renversé , j
Leurs ordres éternels se sont trop déclarés.
Dans le sang des bourreaux nagera dispersé; 1
Parlez : à vos honneurs j’apporte trop d’obstacles;
Et si, dans les horreurs de ce désordre extrême ,
Vous-même , dégagez la foi de vos oracles ;
Votre père frappé tombe et périt lui-même ,
Signalez ce héros à la Grèce promis;
Alors , de vos respects voyant les tristes fruits ,
Tournez votre douleur contre ses ennemis.
Pieçonnoissezles coups que vous aurez conduits.
Déjà Priarn pâlit ; déjà Troie en alarmes
IPIIl GÉNIE.
lleduuie mon bûcher, et frémit de vos larmes.
Ah, seigneur, Ah, cruel!... Mais il fuit, il m’échappe.
Allez ; et, dans scs murs vides de citoyens,
0 loi, qui veux ma mort, tue voilà seule, frappe;
Faites pleuter ma mort aux veuves des Trovens.
Termine , juste ciel, ma vie et mon effroi,
Je meurs dans cet espoir, satisfaite et tranquille.
Et lance ici des traits qui n'accablent que moi !
Si je u’ai pas vécu la compagne d’Achille,
SCÈNE III.
A vos faits immortels joindra mon souvenir;
El qu’un jour mon trépas, source de votre gloire ,Ouvrira le récit d’une si belle histoire.
CLYTEMNESTBE, IPHIGÉNIE, EURYBATE,
Adieu , prince ; vivez , digne race des dieux.
ÆGINE, CARDES.
Non , je ne reçois poil)! vos funestes adieux.
ni.YTEKXrSTHE.
En vain , par ce discours . votre cruelle adresse
Oui, je la défendrai contre toute l’armée.
Veut servir votre père, et tromper ma tendresse.
Lâches, vous trahissez votre reine opprimée !
En vain vous prétendez, obstinée à mourir,
Et'TtVnATE.
Intéresser ma gloire à vous laisser périr :
Non, madame, il suflit que vous me commandiez:
Cts moissons de la u liera, ces honneurs, ces conquêtes,
Vous nous verrez combattre et mourir à vos pieds. |
Ma main , en vous servant les trouve toutesprêtes.
Mais de nos foi blés mai ns que ponvez-voug attendre?
Et qui de ma faveur se voudroit honorer
Contre tant d’ennemis qui vous pourra défendre?
Si mon hymen prochain ne peut vous assurer 82 ?
Ce n'es! plus un vain peuple en désordre assemblé:
Ma gloire , mon amour, vous ordonnent de vivre :
C’est d’un zèle fatal tout Je camp aveuglé.
Venez, madame; il faut les en croire,et me suivre.
Plus de pitié. Calchag seul règne, seul commande :
IPHIGÉNIE.
La piété sévère exige son offrande 9S .
Qui ? moi ? que , contre mj pore osant me révolter,
Le roi de son pouvoir se voit déposséder,
Je mérite la mort que j irois éviter ?,
Et lui-même au torrenl nous contraint de céder.