Buch 
Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
Entstehung
JPEG-Download
 

NOTES D’IPHIGÉNIE. 287

chesse poétique. L’expression fatiguer est de Vir-gile :

Olli remigio nociemque , diemque fatigant.

Æneid. , lib. VIII, v. g4-

C'est-a-dîre : « En rainant sans relâche, ils fati-guent le jour et la nuit. > La Harpe en convient ;niais, dit-il, une mer immobile n’est qu’à Badine.La Harpe se trompe ; la mer immobile est aussi àVirgile :

Et in lento luctantur marmore tnnsæ.

Æxtin., lib. VII, v. 38.

13 Quel devins-je, pour quel /tomme devins-je,expression usitée du temps de Racine. On diraitaujourd’hui que devins-je. Nous avons déjà vu unexemple de celte locution dans Mithridate, acte I.

14 Il me représenta l'honneur et la patrie, ettrois vers après : De quel front... j*trois, etc. Cesphrases différentes, gouvernées par le même verbe,ut qui changent Ja conshuction sans la blesser,servent à varier la marche d’une période , et ontde la grâce dans le style , surtout dans la versifi-cation , mais ne sont qu’à l’usage des écrivainsqui manient supérieurement leur langue et lapoésie. La Harpe.

Chatouiller est du style familier: mais, ditLa Harpe , chatouiller l'orgueilleuse faiblesse formeune suite d’expiessions neuves, et embellies parleur assemblage. Corneille avoit dit avant Racine,et beaucoup moins heureusement, qu’à la vue dela tête de Pompée, présentée à César, un plaisirsecret

Cbatouilloit malgré lui son âme avec surprise.

Les deux poètes ont emprunté cette expressiona Virgile , que Corneille a, pour ainsi dire , tra-duit mol à mot. On trouve dans le poète latin :

Latonæ tacitum perientant gaudia peclus.

Æxeid. , lib. I, v. 5ofi.

14 Marmontel et Desfontaines ont cherché à jus-tifier Racine de cette expression, en Argos. Mar-inoutel vouloit qu’en Argos signifiât en Argolide.C’est aller chercher bien loin l’explication d’unephrase rreue du temps de Racine : l’usage alorspermeltoit d’employer la préposition en à la placedes ptéposilions à et dans. Corneille en offre plu-sieurs exemples. A. Martin.

17 L’impatient Achille veut dire le bouillant,l'impétueux Achille ; Racine a pris ce mot dansle sens des Latins. Il est vrai que les Latins, dansce sens, y joignoient toujours un autre mot, im-patiens trœ; c’est ce qu’a fait J.-B. Rousseau dansson ode au comte du Luc:

Ou tel que d’Apollon le ministre terrible,Impatient du dieu dont le souffle invincible

Agite tous ses sens, etc. Geoffroy.

18 Quand le verbe précède , on peut le mettreau singulier ; s’il suivait, il faudroit le mettre aupluriel : Ce héros que la raison et l'amour armeront.

Ce héros que conduit l'amour et la fortune. Ce hérosque l’amour et la fortune conduisent. L. Racine.

19 II y a quelques négligences dans ces vers. Lemot reine y est répété deux fois; prends celte lettre,prends im guide, quoique éloignés l’un de l’autre,nuisent à l’élégance du style. On en peut dire au-tant de oa, dis-je; ne va point, qui se trouventquelques vers plus bas. Les répétitions ne sontpermises qu’aulant quelles produisent un effetagréable. A. Martin.

20 Offensée, an singulier, est une licence com-mandée par la rime: lagramiuaireveut qu’o/fensease rapporte à la mère et à la fille. Geoffroy.

2 ’ Voltaire, d’ailleurs enthousiaste des beautésde cette première scène , trouve celte petite pré-caution au-dessous de la dignité du roi des rois,et trop éloignée des mœurs des temps héroïques ;mais ce détail un peu froid étoît nécessaire pourfonder l'épisode d’Êripbile, sans lequel Racineconvient lui-même qu’il n’auroit pu faire sa tra-gédie. Geoffroy. Ajoutez que , pour la vraisem-blance morale , il éloit nécessaire d’assigner unecause au refroidissement d’Achille. Aignàn.

23 L'inclémcnre des dieux , c’est l’ùic/cnieriti'n di-vum des Latins, que Racine a fait passer dansno.tre langue. L. de Boisjermain.

25 Ces vers sont traduits presque littéralementdu second livre de l'Iliade. Aignan.

24 Image magnifique, textuellement empruntéed'Homère. Aignan.

25 Cette belle expression appartient à Horace :Nonoiimis moriar. « Je ne mourrai pas tout entier.»Corneille s’en est d’abord emparé :

j

Sont-ils morts tout entiers avec leurs grands desseins?

Cinna, act. I, sc. t.

La coutume de Racine étant d’embellir et deperfectionner tout ce qu’il imite; cette expression,placée à la fin du vers, a bien plus d’énergie , etproduit bien plus d’effet que dans Corneille , quila place au premier hémistiche, etl’affojblit dansle second , avec leurs grands desseins. Geoffroy.

25 Ce vers est imité d’Homère. Polydamas vientd’annoncer à Hector que les auspices ne sont pasfavorables à Ja bataille qu’il veut livrer; Hectorlui répond : u Combattre pour la patrie, voilà lemeilleur et le plus sûr des oracles. »(ïliad. ,liv. X IL)Geoffroy.

27 Cette expression, laisser faire, est ici d’unesi mplicité très noble, et semble empruntée, ainsique la pensée elle-même, de cet admirable versde Corneille :

Faites votre devoir, et laissez faire aux dieux.

Horace , act. Il , sc. vtir.

Dans le vers suivant, le leur est sec et peu har-monieux, et ce pronom est d’autant moins agréablequ’il est précédé des pronoms eux et leur, qui serapportent au môme nom, les dieux. Geoffroy.

24 Tout ce morceau est emprunté delà premièrescène d’Euripide; mais il fait bien plus d’effet ici,pareeque Euripide ne l’a mis qu’en récit, et queRacine en fait une raison puissante dans la bouched'Ulysse. L. nu Rorso'EnMAiN.