NOTES D’IPHIGÉNIE.
Essayez de construire celle de Racine, vous verrezque le çutnc se rapporte à rien, et n’amène aucunverbe à sa suite. Ce n’esl là ni une licence ni ungallicisme : c’est tout simplement un barbarismede phrase. Il n'y a pas moyen d’admettre une non-struetion où Je nominatif ne gouverne t ien. Pourcette fois, c’est oser trop , et d'autant qu’il n’enrésulte aucune beauté. Otez le qui, et lisez : * Cequ’elle a pu comprendre de tout son destin , c’estqu’elle sort d’un sang qu’Aeliille brûle de répan-dre. a II n’y a pas un mot à dire : cela est claircomme le jour. Mais que fait là ce qui ? que de-vient-il? Il reste tout seul. Encore une fois, cetteconstruction n’est même d’aucune langue. Il n’yen a point d’autre exemple dans Racine; maiscelui-là est bien singulier. Au reste , c'est la seulefois que Racine a osé trop , lui qui ose si souvent,et si heureusement. La Harpe.
51 Racine a trouvé moyen d’employer très heu-reusement le mot injures dans le sens d’insecfœes ,quoique dans cette acception injure en poésie nesoit pas nojde. Cette expression, qui s’emploie trèsbien lorsqu’elle signifie injure faite ou reçue, de-vient basse cl Iriviale lorsqu’elle signifie paroleinjurieuse. Il faut beaucoup d’art pour l’employeren ce sens. On en trouve encore un autre exempledans la tragédie d’Andromaque. L. db Boisjbrmai.v.
52 Le sens et la construction exigeroient enprose que l’on répétât la négation.. Ou ue peut,pardonner cette licence à la poésie que parccquc lesens est si clair qu’il n’y a pas lieu à se méprendre.Mais la licence est forte, et il ne faudroit pas l’i-miter. Je ne sais même si Racine l’a risquée deuxfois. La IIabpe.
sS Je t’attends a quelque chose de cruel dans labouche d’Agamcmnon. On l’attend seroit plus gé-nérique , et formeroit un sens moins dur cl moinsrévoltant. L. de Boisjermaiv.
û4 Le fond de cette scène est emprunté d’Euri-pide, c’est-à-dire seulement l’idée d’écarter Cly-temneslre; Racine s’rsl bien gardé d’emprunterles moyens employés par le poêle grec. Il en atrouvé un qui est excellent , qui est pris dans lesmœurs antiques , très sévères, comme on sait, sur-tout ce qui concenioit la décence et la dignité dusexe; et quels détails ce moyen lui a fournis J Quelsvers ! Quelle sublime poésie!
En autel hérissé de dards, de javelots,
Tout ce spectacle enfin,pompe digne d’Achille, etc.
Pompe digne d’Achille est admirable, et ici Ra-cine est au-dessus d’Euripide par le génie autantque par l’art. La IIatipi;.
55 Dans le poète grec, Clyiemnestre résiste auxordres d’Agamemnon. Quelques critiques ont ditque cette résistance produisent plus d'effet que lasoumission très bien motivée que lui donne Racine.Comment n’onl-il» pas vu que c’est nu inconvé-nient très grave que de compromettre à ce pointl’autorité d’Agamemnon comme époux et commeroi, et que cela vise de très près au comique dansla plus tragique des situations? Combien, an con-traire, tontes les bienséances sont ménagées quandAgamerunon . après avoir compté sur la comptai -
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tance de Clyiemnestre pour son mari , s'explique i
enfin en maître, et, après avoir dit :
Je le veux, et je vous le commande.
Obéissez.
se relire sans attendre de réplique, et comme nodoutant pas d’être obéi; quand Clyiemnestre elle-même , ne sachant à quoi attribuer cet ordre im-prévu , se console par cette pensée si louchante etsi maternelle :
Ma fille , ton bonheur me console de tout ! La II.
55 D’un soin, au lieu de par un soin , est une li-cence que les entraves de notre versification fontpardonner aux poètes. A. Martin.
57 Son, sa, régimes différents; légère amphi-bologie trop souvent amenée par la constructiondes pronoms dans la langue françoise. àigxan.
58 Attendrir sa victoire ^ expression neuve etpoétique, pour dire se laisser attendrir dans savictoire. Tout le monde , dit La Harpe, enlend ceque c’est qu’attendrir fa «refaire, qui est par elfe,même , comme dit Cicéron , insolente et cruelle.
39 Plusieurs grammairiens ont condamné lasuppression de la préposition de devant l’infinilirjoindre. Il paroît cependant que la poésie admetcette licence. Boileau en offre un exemple dans sasatire X , et Voltaire dans la scène vin de l’acte IVde Brutus.
60 r Je vous tais la moitié de mes malheurs»seroit de la prose. Mes pleurs cous en taisent la jtioi-fie, voilà la poésie. Ce ne sont pas là lesfigutesqui font le sublime ; ce sont celles qui font l’élé-gance continue du style, et l’élèvent au-dessus dela simple pureté. Personne n’en a un aussi grandnombre que Racine. La Harpe.
61 Quelques éditeurs ont ainsi corrigé ce vers ,
Je ne vois plus que vous qui la puissiez défendre:
mais toutes les éditions faites pendant la vie del’auteur donnent le vers tel qu’il est ici ; et nousdevons préférer les fautes de Racine aux plus heu-reuses corrections: il n’en est pas moins vrai quela grammaire exige qui ta puissiez.
82 Achille au premier livre de l’Iliade donne sagarantie à Calchas absolument dans les mêmestermes. Aigxan.
sî La plupart des éditeurs ont jugé à propos decorriger ce vers de la manière suivante :
Et votre nom, seigneur, la conduit à la mort. G.
64 Suivant nos moeurs, la bienséance ne défendpas à une princesse de s’entretenir seule avec unhomme ; ruais il nVn éloit pas ainsi chez les an-ciens , et c’est par l’ignorance de leurs usages quenous ne sommes point choqués de voir Achilleseul avec Tphigénie. Dans Euripide, sitôt qu’il !voit Clyiemnestre, il s'écrie : «O lois de la pudeur! 1
eL veut se retirer. L. Racine.
65 O vers est peut-être celui de la pièce où Ra- \cine s’est le plus écarté des mœurs antiques, (le j
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