29» NOTES D'IPHIGÉNIE.
n’est plus ici l’Achille d’Homère * c’e9t un cour-tisan de la cour de Louis XIV. Jamais, chez lesGrecs, un guerrier ne parle de l'honneur d’appar-tenir à une femme : jamais un amant ne dit qu’ilseroit à son épouse. C’est une faute sans doute :mais aussi par combien de beautés elle est rachetée!et dans le reste de la scène on reconnoîl assezAchille à son orgueil et à ses emportements. A. II.
6,5 Manie est ici un hellénisme , pour folie. Arc.
67 Le poêle, selon la remarque de Louis Racine,a su ennoblir les détails qu’il a empruntés à Stace :
Non ujlas ex more dapes habuisse , nec uliisL’betibus saliasse famem, sed scissa leonutnViscera, semi-ammesque libens trasisse m^dullas.
AciutL., lib. IT.
6 * Impunément pâli! Quelle énergie et quelleoriginalité d'expression i El tout ce rôle d’Eriphileest écrit avec la même force, et rempli de traitssemblables. Racine n’a rien écrit de plus parlaitdans l’expression des sentiments «mers et violents.
La Harpe.
69 Nous avons déjà tu, dans Bajazet, le motcroître employé activement:
Je ne prends point plaisir à croître ma misère.
Nous en trouverons un autre exemple, dans Esther:
Que ce nouvel honneur va croître son audace I
Voltaire, dans ses remarques sur Corneille, s’ex-prime ainsi : « Croître, aujourd’hui, n’est plus actif:on dit accroître; mais il rne semble qu’il est permisen vers de dire croître mes tourments , mes ennuis,mes douleurs, mes peines. » On peut ajouter à cetteobservation que croître, selon l’académie, peuts'employer dans le sens actif en poésie; alors ilsignilie, comme ici, «o.-Micnfer. Nous pensons quel’exemple de Racine et l’autorité de l’académie doi-vent faire loi. A. Marti.y.
70 L'accabler*», rapporte à Agamemnon :1a gram-maire veut qu’il se rapporte au sang. Le pronomest trop éloigné du nom. Geofpbot.
Quant au vers précédent, on nesauroit dire quele sang s'ébranle. Ebranler n’est pas ici le synonymed'Jmouroir, qui étoitle mot propre. La Harpe.
Le sang est mis ici pour la nature. Aigvàjj.
71 C’est la phrase si commune , je ne sais qui metient que je ne fasse telle chose, phrase elliptique,où l’on sous-entend ei empêche que, etc. C’est ungallicisme très favorable à la rapidité du style. Ra-cine est celui de tous nos poètes qui a fait entrerdans le style noble le plus de ces tournures fami-lières qu’il sait ennoblir pour la poésie, et quidonnent à la sienne tant de vérité. C'est un art trèsparticulier, et beaucoup plus rare qu’on ne pense,très essentiel à la poésie dramatique , où l’nulcui,forcé de faire parler le personnage en vers, doitpourtant le ramener, le plus qu’il est possible, aulangage naturel, sans nuire au langage de conven-tion. Mais combien peu d’écrivains y ont réfléchi !Combien peu même se doutent de tous ces secretsde l’art 1 La Harpe.
7J N’y a-t-il pas dans ce vers quelque chose devague et d’obscur? Loin que Clytemnestre soitobligée de fuir sa fille , elle a au contraire le pluspressant intérêt à ne la pas quitter, et aussi ne laquitte-t-elle pas réellement. Elle ne s’écarte d’ellede quelques pas que pour accabler plus librementAgamcnmou; mais elle la couve des yeux, et cen’est qu’en passant sur le corps de la mère qu’onpourroit arriver jusqu’à la victime. Aignan.
‘ 5 Observez ce que c’est que d’adapter l’expres-sion à la situation et au personnage. Si ee motparesse n’étoit pas ici en dénigrement, ou si c’éloitAgamemnon qui s’en servît, il ne seroit pas sup-portable. Il est ici pour lenteur, et vaut beaucoupmieux. La Harpe,
74 Voyez VIphigènie d’Euripide, act, V, se. ru.
75 II y a dans cette scène plusieurs imitationsd’Euripide. Mais Racine conserve à Iphigénie l’es-pèce de naïveté qui sied à une jeune fille, en yjoignant toujours la dignité d’une princesse, et toutle sérieux inséparable d’une grande douleur. Lanaïveté qu’il lui donïie d'aprcs Euripide n’est doncpas celle d'Euripide. II no lui fait pas redire lespropos de son enfance, niais il la fait parler selonsou âge dans des vers tels que ceux-ci :
Ilélas! avec plaisir je me faisois conterTous les noms des pays que vous allez dompter.
Voilà le naïf. Il ajoute tout de suite:
Etdéjàd’IIion présageant la conquête,
D’un triomphe si beau je préparois la fête.
Voilà le noble; et tout de suite après il rentre dansla situation :
Je ne m’attendois pas que , pour le commencer,Mon sang fût le premier que vous dussiez verser.
Voilà le pathétique : et c'est de tou les ces nuancesque sc composent la vérité de la nature et la con-venance de J’art. Celle réunion qui, dans l'anciennetragédie, n’a é lé bien connue que de Sophocle, n’aété perfectionnée que dans la nôtre, et cet art vasans doute beaucoup plus loin que celui d’Euri-pide. La Harpe.
76 Dans Euripide, Clytemnestre menace sonmari par deux fois du terrible exemple qu’il donnecontre lui-même , et lui fait entendre clairementqu’on pourra le traiter comme il a traité sa filleRacine, qui a profilé habilement de tout ce quiélnitbon à prendre dans son original. niais qui ne doitqu’à lui-même tous les traits les plus sublimes dusentiment maternel exalté par le désespoir. Racineavoit trop de jugement pour commettre la mêmefaute qu’Euripide. Quelle maladresse , dans lemoment où cette femme est si intéressante commemère, de faire souvenir le spectateur qu’elle seraun monstre comme épouse! La Iïarpk.
77 C’est là cette scène, immortelle, l’une des pinsimposantes et des plus vigoureuses que l'on con-noisse sur aucun théâtre, et l’un des chefs-d’œuvredu genre héroïque; et cet héroïsme est animé del’esprit de la tragédie , parreque la terreur est ici