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NOTES DE PHÈDRE.
que l'on connoisse. Mais qu’il s’en foui qu’il l'aitsoutenue, comme Racine, dans tout le cours dela pièce ! La. Harpe.
13 Des voiles qui pèsent! Quelle vérité d’idéesdans cette espèce de contre-vérité d’expression!Cette singulière espèce de beauté n'est qu’indiquéedans le grec : qui dit seulement : Je souffre avecpeine le voile qui couvre ma tête : mais Dcnys d’Ha*licarriasse remarque une intention imitative dansle commencement du vers grec , comme il y en aune dans les dernières syllabes du vers français.Le vers grec commence par une sorte de piedcomposée de deux brèves et d’une longue ( l’ana-peste J, en sorte que le vers semble tomber à latroisième syllabe, comme la tête de Pbcdre. Voilàde ces (messes de diction et d’Iiarmonie qui doi-venlsouvent échapper aux modernes dans les écritsdes anciens. La IIajipe.
14 Le gérondif en naissant se rapporte par le sensà Phèdre, et par la construction à OEnone. C’estune faute de grammaire, excusable en faveur dela clarté et de la précision du vers , mais qu’il nefaudrait se permettre qu’avec la plus grande ré-serve , et avec les mêmes excuses bien avérées.Racine scl’est très rarement permise. La Harpe.
13 C’est une traduction littérale d’un vers de So-phocle dans la tragédie d’Antigone. Cette filled’OEdipe, sur le point d’être ensevelie vivante dansune grotte profonde, s’écrie : « O tombeau, ûchambre nuptiale, ô souterrain ma demeure éter-nelle , tu vas me rejoindre à mes parents, qui sontdescendus en foule dans l’empire de Proserpine!Hélas! encore à la fleur de l’âge, j’y descends ladernière et ta plus misérable. > [ Art. IV, sc. ir.) G.
16 Le plus beau rôle qu’on ait jamais mis sur lethéâtre dans aucune langue est celui de Phèdre.Presque tout ce qu’elle dit serait une amplifica-tion fatigante , si c’étoit une autre qui parlât dela passion de Phèdre. Il est bien clair que, pu isqueAthènes lui montra son suprrhe ennemi Tlippo-ïyte , elle vit Hippolyte. Si elle rougit et pâlit à savue, elle fut sans doute troublée. Ce .«croit unpléonasme, une redondance oiseuse dans uneétrangère qui raconterait les amours de Phèdre;mais c’est Phèdre amoureuse et honteuse de sapassion ; rail cœur est plein , tout lui échappe.
Ut vidi, ut perii, ut me malus abslulil error !
Je le vis , je rougis , je pâlis à sa vue.
Pcut-on mieux imiter Virgile ?
Je sentis tout mon corps et transir et brûler.
Mes yeux ne voyoienl plus, je ne pouvois parler.
Peut-on mieux imiter Snpho? Ces vers, quoiqueimités, coulent de source; chaque mot troubleles âmes sensibles, et les pénètre Ce n’est pointune amplification , c’est le chef-d’œuvre de la na-ture cl de l’art. Voltaire.
Dans tout ce morceau sublime de passion etde style , depuis ces mots , mon mal vient de plusloin, etc. , rien n’est emprunté d’Euripide; maisle poëto, toujours plein de l’esprit des anciens, afondu dans ce couplet quelques uns des vers les
plus passionnés que l’anliquilc nous ait laissés.Celui de Virgile :
Ut vidi, u( perii, ut me malus abstulil error !
Je le. vis, je rougis, je pâlis à sa vue.
Celui d’IIoraee :
In me tola ruens Venus.
C’est Vénus tout entière à sa proie attachée.
Et trois vers de la fameuse mie de Sypho, traduitepar Boileau (Traité du sublime y chap. vm), maisqui sont rendus ici avec plus de noblesse et d'élé-gance: .
, Un trouble s’éleva dans mon âme éperdue.i Mes yeux ne voyoiont plus, je ne pouvois parler:Je senti» tout mon corps et transir et brûler.
Et. dans tous ce» endroits imités , Racine me pa-raît supérieur aux originaux: et quels originaux!Et, dans ce qui est à lui, il n’est pas au-dessous.On convient généralement que la scène entière estun modèle étonnant de tontes les beautés tragi-ques et poétiques dans leur perfection : intérêt,dialogue et style, tout y est au plus haut point.
L.\ Harpe.
Ces deux mots , incurable et remèdes , qui nesont pas toujours très nobles dans notre langue ,sont ici très élégants et très poétiques. Geoffroy.
19 J’ai toujours été frappé de la tournure antiquede ce vers, et de la douloureuse mélancolie quis’y trouve empreinte. Phèdre met en doute sielle pourra encore être comptée an nombre desvivants; mais elle se fait illusion à elle-même lors-■ qu’elle rattache à l’amour maternel les secrètesI espérance» dont elle est animée. ArGXAs.
50 Le mol bruit, pris dans le sens de Racine, a[ quelque chose de pins vague que nouvelle; et,j comme on dit une nouvelle mal fondée, on peutj dire par analogie un bruit mal fondé, c’est-à-direun bruit dénué de fondement, dénué do vraisem-blance ; mais le mot fondé a ici une significationqu’on ne peut donner au mot affermi; car, eu; supposant qu’il pût se joindre au mol bruit, il ne
| pourrait exprimer la consistance de la nouvelle
j dans les esprits. Ainsi, un bruit mat affermi pour-
I mit être très bien fondé, comme un bruit mal fondé.
; pourrait tire fort bien affermi. On peut donc dire
; que le bruit de la mort de Thésée n’éloit pas mal
affermi, puisque totil le monde croyoit à cellej mort: mais ilétoit mal fondé, puisque Thésée vivoitj encore. Les commentateurs n’ont donné aucune! raison contre l’emploi de celte expression: maisj tous se sont accordés à la blâmer. A. Martin.j Une nouvelle s 'affermit lorsqu’elle est fondée;
: c’est donc ici tout simplement l’effet pour la cause ;
et. encore bien qu’un bruit mal affermi ne soit pasd’une justesse rigoureuse, peul-èlre y a-t-il unesévérité trop grande à le blâmer en poésie. A.j 21 11 éloil impossible de mieux rendre l'onde
I irrepassable de Virgile: ripam irremeabilis undœ.
22 L’expression la terre but le sang est prise