Buch 
Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
Entstehung
JPEG-Download
 

3l2

NOTES DE PHÈDRE.

que l'on connoisse. Mais quil sen foui quil l'aitsoutenue, comme Racine, dans tout le cours dela pièce ! La. Harpe.

13 Des voiles qui pèsent! Quelle vérité didéesdans cette espèce de contre-vérité dexpression!Cette singulière espèce de beauté n'est quindiquéedans le grec : qui dit seulement : Je souffre avecpeine le voile qui couvre ma tête : mais Dcnys dHa*licarriasse remarque une intention imitative dansle commencement du vers grec , comme il y en aune dans les dernières syllabes du vers français.Le vers grec commence par une sorte de piedcomposée de deux brèves et dune longue ( lana-peste J, en sorte que le vers semble tomber à latroisième syllabe, comme la tête de Pbcdre. Voilàde ces (messes de diction et dIiarmonie qui doi-venlsouvent échapper aux modernes dans les écritsdes anciens. La IIajipe.

14 Le gérondif en naissant se rapporte par le sensà Phèdre, et par la construction à OEnone. Cestune faute de grammaire, excusable en faveur dela clarté et de la précision du vers , mais quil nefaudrait se permettre quavec la plus grande ré-serve , et avec les mêmes excuses bien avérées.Racine sclest très rarement permise. La Harpe.

13 Cest une traduction littérale dun vers de So-phocle dans la tragédie dAntigone. Cette filledOEdipe, sur le point dêtre ensevelie vivante dansune grotte profonde, sécrie : « O tombeau, ûchambre nuptiale, ô souterrain ma demeure éter-nelle , tu vas me rejoindre à mes parents, qui sontdescendus en foule dans lempire de Proserpine!Hélas! encore à la fleur de lâge, jy descends ladernière et ta plus misérable. > [ Art. IV, sc. ir.) G.

16 Le plus beau rôle quon ait jamais mis sur lethéâtre dans aucune langue est celui de Phèdre.Presque tout ce quelle dit serait une amplifica-tion fatigante , si cétoit une autre qui parlât dela passion de Phèdre. Il est bien clair que, pu isqueAthènes lui montra son suprrhe ennemi Tlippo-ïyte , elle vit Hippolyte. Si elle rougit et pâlit à savue, elle fut sans doute troublée. Ce .«croit unpléonasme, une redondance oiseuse dans uneétrangère qui raconterait les amours de Phèdre;mais cest Phèdre amoureuse et honteuse de sapassion ; rail cœur est plein , tout lui échappe.

Ut vidi, ut perii, ut me malus abslulil error !

Je le vis , je rougis , je pâlis à sa vue.

Pcut-on mieux imiter Virgile ?

Je sentis tout mon corps et transir et brûler.

Mes yeux ne voyoienl plus, je ne pouvois parler.

Peut-on mieux imiter Snpho? Ces vers, quoiqueimités, coulent de source; chaque mot troubleles âmes sensibles, et les pénètre Ce nest pointune amplification , cest le chef-dœuvre de la na-ture cl de lart. Voltaire.

Dans tout ce morceau sublime de passion etde style , depuis ces mots , mon mal vient de plusloin, etc. , rien nest emprunté dEuripide; maisle poëto, toujours plein de lesprit des anciens, afondu dans ce couplet quelques uns des vers les

plus passionnés que lanliquilc nous ait laissés.Celui de Virgile :

Ut vidi, u( perii, ut me malus abstulil error !

Je le. vis, je rougis, je pâlis à sa vue.

Celui dIIoraee :

In me tola ruens Venus.

Cest Vénus tout entière à sa proie attachée.

Et trois vers de la fameuse mie de Sypho, traduitepar Boileau (Traité du sublime y chap. vm), maisqui sont rendus ici avec plus de noblesse et d'élé-gance: .

, Un trouble séleva dans mon âme éperdue.i Mes yeux ne voyoiont plus, je ne pouvois parler:Je senti» tout mon corps et transir et brûler.

Et. dans tous ce» endroits imités , Racine me pa-raît supérieur aux originaux: et quels originaux!Et, dans ce qui est à lui, il nest pas au-dessous.On convient généralement que la scène entière estun modèle étonnant de tontes les beautés tragi-ques et poétiques dans leur perfection : intérêt,dialogue et style, tout y est au plus haut point.

L.\ Harpe.

Ces deux mots , incurable et remèdes , qui nesont pas toujours très nobles dans notre langue ,sont ici très élégants et très poétiques. Geoffroy.

19 Jai toujours été frappé de la tournure antiquede ce vers, et de la douloureuse mélancolie quisy trouve empreinte. Phèdre met en doute sielle pourra encore être comptée an nombre desvivants; mais elle se fait illusion à elle-même lors- quelle rattache à lamour maternel les secrètesI espérance» dont elle est animée. ArGXAs.

50 Le mol bruit, pris dans le sens de Racine, a[ quelque chose de pins vague que nouvelle; et,j comme on dit une nouvelle mal fondée, on peutj dire par analogie un bruit mal fondé, cest-à-direun bruit dénué de fondement, dénué do vraisem-blance ; mais le mot fondé a ici une significationquon ne peut donner au mot affermi; car, eu; supposant quil pût se joindre au mol bruit, il ne

| pourrait exprimer la consistance de la nouvelle

j dans les esprits. Ainsi, un bruit mat affermi pour-

I mit être très bien fondé, comme un bruit mal fondé.

; pourrait tire fort bien affermi. On peut donc dire

; que le bruit de la mort de Thésée néloit pas mal

affermi, puisque totil le monde croyoit à cellej mort: mais ilétoit mal fondé, puisque Thésée vivoitj encore. Les commentateurs nont donné aucune! raison contre lemploi de celte expression: maisj tous se sont accordés à la blâmer. A. Martin.j Une nouvelle s 'affermit lorsquelle est fondée;

: cest donc ici tout simplement leffet pour la cause ;

et. encore bien quun bruit mal affermi ne soit pasdune justesse rigoureuse, peul-èlre y a-t-il unesévérité trop grande à le blâmer en poésie. A.j 21 11 éloil impossible de mieux rendre l'onde

I irrepassable de Virgile: ripam irremeabilis undœ.

22 Lexpression la terre but le sang est prise