NOTES DE PHÈDRE.
d’Eschyle, dans les Sept chefs devant T kkbes,act. IV, sc. x, Racine ajoute que la terre
But à regret le sang... d’Krehcthée.
C’est que ce roi étoit fils de la terre.
L. RF TïoiSJF.naiAI-W
2î Ayant Racine-, on auroit dit : dont la rigueura été cause que je vous ai plainte. Ces tours, si re-marquables par leur vivacité, ont été introduitspar ce poète dans notre langue.
24 Décevant: vieux mol qui signifie séduisant.
25 Les anciens Grecs n’auroient point souffertune pareille scène, si belle pour des François.Les Romains, beaucoup moins délicats, ne furentpoint blessés de la déclaration d’amour d’unebelle-mère à son beau-fils. C’est un de leurs au-teurs qui en a conçu l’idée : Racine n’a fait qu’i-miter et embellir Sénèque. Les François regar-dent cette môme scène comme une des plusthéâtrales de la tragédie de Ph'edre; et il faut bienque , sur cet article si important pour les mœurs,il y ait en France des idées diamétralement oppo-sées à celles des Grecs, puisque le chef d’une sectede rigoristes, le grave et sévère Arnauld. fut trèscontent de l'amour criminel de Phèdre, et de lamanière dont elle l'exprime. Il ne blâma que l’a-mour innocent et vertueux d’IIippolyte : décision1 res bonne pour un littérateur, mais fort étrangepour un janséniste et pour un docteur en théolo-gie. Geoffroy.
2 « La répétition du mot encore est une légèrenégligence. A. Martin.
27 On croit que Racine a voulu exprimer, parce mot avare, l’épithète de tenacis qui est dansSénèque; maïs pourquoi ce grand poêle auroit ilcherché à traduire Sénèque , quand il avoit sousles yeux Virgile, qui dit beaucoup mieux queSénèque, au second livre des Géorgiques, v. 492 :
Sliepitumque Aehoronlis avari?
L’épithète d’aeari, en latin, est bien plus richeet plus poétique que celle de tenacis. Ce n’estdonc point à Sénèque que Racine doit l’uiwjreAchéron: c’cst Yirgià le, bien plus digue d’avoirun tel imitateur. Geoffroy.
28 Celte scène est en grande partie imitée deSénèque.
29 Celte épithète , qui ne s’applique point à unhomme dans le stylo noble, est ici justifiée etennoblie par l’excès de la passion. Dans Rajazct ,act. I, sc. i, A comat dit à Osmin , en parlant dela sultane :
Je plaignis Rajazet, je lui vantai ses charmes. G-
30 Compagne du péril, pour votre compagne dansle péril, est une do ces finesses de diction qui larendent poétique. Nous ne les faisons remarquersi rarement dans Racine que parcequ’elles s’offreu tà tout moment. La Harpe.
21 TVOlivcl trouve un barbarisme de phrasedans l'emploi du conditionnel présent : si ta muin
scroit trempée. Desfbntaiiies essaie longuement dejustifier Racine par des règles de logique qui nedécident pas la question, Il nous semble que,pour la décider, il suffit d’expiimer en prose l’idéede Racine, en rappelant l'indicatif des deux versprécédents. La phrase de Racine peut se con-struire ainsi : Si tu crois mon cœur indigne de tescoups, ou si tu crois que d’un sang trop vit ta mainserait trempée. Racine a sous-entendu le verbecroire dans le second membre de la phrase , et ilsuffit do le rétablir pour montrer la justesse desou expression. C’est une ellipse qui seule pouvoitrendre son idée, car la phrase ne présenlcroilplus le môme sens, sî l’on subslituoit, comme leveut l’abbé d’OIivet, le mot était au mot scroit.Si tu crois que d’un sang trop vil ta main sevoit trem-pée, ou si fu crois que d’un sang troo vit ta mainétait trempée , ont deux significations différentes.En admettant cette ellipse , la phrase est cor-recte.
32 Je ne fais remarquer que comme des har-diesses détromper une erreur, convaincre des amours,détourner un dessein. Car les poètes ont droit depersonnifier tout ce qu’ils veulent: mais encorefaut-il qu'on sache à quel style appartiennent cesmanières de parler, si l’on veut discerner en quoil’exemple de nos bons auteurs peut faire loi, oun’ètre pas suivi aveuglément. D’Omvet.
33 Comme ce vers, coupé au second pied,semble tomber avec la phrase et avec Phèdre , etpeint rabattement et la défaillance! On pourraitremarquer en mille endroits cet art de confier levers et de le varier , suivant l'intention de laphrase, comine dans cet antre vers,
Si ma fille une fois met le pied dans l’Aulide ,Elle est morte. Calchas, etc.
Mais dans chaque genre de beautés, on a cru nedevoir s’arrêter qu’à quelques exemples, et au-tant qu’il le falloit pour indiquer 1rs autres.
La Harpe.
34 Ce dialogue coupé est une imitation de Sé-nèque. {llippolytus, ad. I, sc. u. )
,5 L’idée appartient à Sénèque; mais le senti-ment passionne que présente le dernier vers est àRacine. Sénèque ne connoissoit point les senti-ments : il n’y a chez lui que des traits et des sen-tences. Geoffroy.
Corneille avoit dit, dans Médée :
Dieux.
Et m’aidez à venger cette commune injure.
Ce vers, dit Voltaire, n’appartient qu’à Cor-neille. Racine l’a imité dans Ph'edre : mais dansCorneille il D’est qu’une beauté de poésie ; dansRacine, il est une beauté de sentiment.
À. Martin.
ï7 II y a dans cette phrase, qui n'est pointachevée , Je te l’ai prédit, mais tu n’as pas voulu ;une espèce d’ellipse familière, qui est d’une sin-gulièie vérité. Tout le monde supplée aisément :fu n’as pas voulu me croire, tu n’as pas voulu me lais-ser mourir ; mais s’en tenir à cette phrase de la
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