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Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
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ACTE 1

Mais à tous les Persans je cache leurs familles.

Il faut les appeler. Venez,venez , mes filles,Compagnes autrefois de ma captivité .l)e, boutique Jacob Jeune postérité 18 .

SCÈZS'E II.

ESTIIEÏÏ , ÉLISE , LE chcccii.

tne Israélite, chantant derrière le théâtre.

Ma sœur, quelle Toix nous appelle?

UNB AUTRE.

J'en reconnois les agréables sons :

C'est la reine.

TOUTES DEIX.

Courons, mes sœurs, obéissons.

I.a reine nous appelle :

Allons, rangeons-nous auprès d'elle.tout le cncECB , entrant sur lu scène pur plusieursendroits différents.

T,a reine nous appelle :

Allons, rangeons-nous auprès d’elle.

ÉLISE.

Ciel! quel nombreux essaim d’innocentes beautésS'offre à mes yeux en foule , et sort de tous côtés lQuelle aimable pudeur mii- leur visage estpeinte!Pi espérez, cher espoir d’une nation sainte.Puissent jusques au ciel vos soupirs innocentsMouler comme l’odeur d’un agréable encens lQue Dieu jette sur vous des regard» pacifiques]

ESTHER.

Mes filles, chantez-nous quelqu’un de ces cantiquesOù vos voix si souventseinclant à mes pleursDe la triste Siun célèbrent les malheurs.

uni: israelxte chante seule.

Déplorable Sion , qu’as-tu fait de ta gloire ’ 7 ?

Tout l’universadiniroit ta splendeur :

Tu n’cs plus que poussière ; ci dn celle grandeurU ne nous reste plus que la triste mémoire.

Sion , jusques au ciel élevée autrefois,

Jusqu'aux enfers maintenant abaissée ,

Puissé.-je demeurer sans voix ,

Si dans mes chants ta douleur retracéeJusqu’au dernier soupir n'occupe ma pensée!

TOUT LE ClICEUK.

O rives du Jourdain ! ô champs aimés des cieux!Sacrés monts , fertiles vallées,

Par cent miracles signalées!l)u doux pays de nos aïeuxSerons-nous toujours exilées?

une Israélite seule.

Quand verrai-je, ô Sion] relever les remparts,

Et de tes tours les magnifiques faîtes ?

Quand verrai-je de toutes partsTes peuples en chantant accourir à les fêtes?

TOUT LE CHIEUR.

O rives du Jourdain ! ô champs aimés des cieux!Sacrés monts, fertiles vallées,

Par cent miracles sigualées !

Du doux pays de nos aïeuxSerons-nous toujours exilées ?

SCENE I —III. 3iç>

SCÈNE III.

ESTIIER, MARDOCHÉE , ELISE, le ciiceur.

ESTHER.

Quel profane en ce lieu s’ose avancer vers nous?Que vois-je l Mardochée ! O mon père , est-ce vous?Un ange du Seigneur, sous son aile sacrée,

A donc conduit vos pas et caché votre entrée ?Mais d’où vient cet air sombre , et ce ciliée all'reux,Et cette cendre enfin qui couvre vos cheveux?

Que nous annoncez-vous?

MAEIIOCHÉE.

O reine infortunée!

O d’un peuple innocent barbare destinée!

Lisez, lisez l’arrêt détcslable, cruel...

Nous sommes tous perdus ! et c’est fait d’Israël !

ESTHER.

Juste ciel ! tout mon sang dans mes veines se glace 1 s .

MAKTlOCUÉE.

On doit de tous les Juifs exterminer la race.

Au sanguinaire Aman nous sommes tous livrés;Les glaives, les couteaux, sont déjà prépares :Toute la nation à la fois est proscrite.

Aman , l’impie Aman , race d’Amalécite,

A , pour ce coup funeste, armé tout son crédit :

Et le roi, trop crédule , a signé; cet édit.

Piévenu contre nous par celte bouche impure,

Il nous croit en horreur à toute la nature.

Scs oidrrs sont donnés; et, dans tous scs étals,

Le jour fatal est pi is pour tant d’assassinats.

Cieux, éclairerez-vous cet horrible carnage!

Le fer ne conuoîtra ni le sexe, ni lâge’ 9 ;

Tout doit ser\ir de proie aux tigres, aux vautours;Et ce jour effroyable arrive dans dix jours.

ESTHER.

O Dieu , qui vois former des desseins si funestes ,As-tu donc de Jacob abandonné les restes?

UNE UES PLUS JEUNI-S ISRAÉLITES.

Ciel ! qui nous défendra , si tu ne nous défends?

*■ MARDOEllÉC.

Laissez les pleurs , Esther, à ces jeunes enfants.

En vous est tout l’espoir de vos malheureux frères :Il faut les secourir ; mais les heure» sont chères;

Le temps vole, et bientôt amènera le jourOù Je nom de» Hébreux doit périr sans retour.Toute pleine du feu de tant de saint» prophètes ,Allez, osez au roi déclarer qui vous êtes.

ESTHER.

Hélas! ignorez-vous quelles sévères loisAux timide» mortels cachent ici le» rois?

Au fond de leur palais leur majesté terribleAffecte à leurs sujets de se rendre invisible ;

El la mort est le prix de tout audacieuxQui , sans être appelé , »c présente à leurs yeux.

Si le roi dans l’instant, pour sauver le coupable ,Ne lui donne à baiser son sceptre redoutable.Rien ne met à l'abri de cet ordre fatal,

Ni le rang , ni le sexe, et le crime est égal.Moi-même , sur son trône , à ses côtés assise ,

Je suis à cette loi comme une autre soumise :

Et, sans le prévenir, il faut, pour lui parler,Qu’il me cherche, ou du moins qu’il me fasseappeler.