ESTHER.
3s&4
Par quel gage éclatant cl digne d’un grand roi,Puis-je récompenser le mérite et la foi ?
Ne donne point de borne à nia reconnoissance :Mesure tes conseils sur ma vaste puissance.
AMAN . tout ba*.
C’est pour toi-même, Aman, que tu vas prononcer :Et quel autre que loi peut-on récompenser ?assvérus.
Que penses-lu ?
A MA-Y.
Seigneur, je cherche, j’envisageDes monarques persans la conduite et l’usage;Mais âmes yeux en vain je les rappelle tous :
Pour vous régler sur eux que sont ils près de vous ?Votre règne aux neveux doit servir de modèle 4u .Vous voulez d’un sujet reconnoitre le zèle ,L’honneur seul peut flatter un esprit généreux :
Je voudrois donc, seigneur, que ce mortel heureux,De la pourpre aujourd’hui paré comme vous-même ,Et portant sur le front le sacré diadème,
Sur uu de vos coursiers pompeusement orné ,
Aux yeux de vos sujets dans Susc fût mené ;
Que, pour comble de gloire et de magnificence,Un seigneur éminent en richesse, en puissance 41 ,Enfin de votre empire après vous le premier,
Par la bride guidât son superbe coursier 43 :
Et lui-même marchant en habits magnifiquesCriât à haute voix dans les places publiques :
« Mortels, prosternez-vous : c’est ainsi que le roi» Honore le mérite , et eouroune la foi. »
ASSUKRUS.
Je vois que la sagesse elle-même t’inspire.
Avec mes volontés ton sentiment conspire.
Va, ne perds point de temps : ce que tu m’asdiclé,Je veux de point en point qu’il soit exécuté.
La vertu dans l’oubli ne sera plus cachée.
Aux portes du palais prends le Juif Mardochée :(l’est lui que je prétends honorer aujourd’hui ;Ordonne son triomphe , et marche devant lui :Que Suse par ta voix de son nom retentisse ,
Et fais à son aspect que tout genou fléchisse.
Sortez tous.
AMAN.
Dieux 43 !
SCÈNE VI.
Agsuinrs.
Le prix est sans doute inouï :Jamais d’un tel honneur un sujet n’a joui ;
Mais plus la récompense est grande et glorieuse ,Plus même de ce Juif la race est odieuse ,
Plus j’assure ma vie, et montre avec éclatCombien Assuérua redoute d'être ingrat.
On verra l’innocent discerné du coupable:
Je n’en perdrai pas moins ce peuple abominable ;Leurs crimes...
SCÈNE VII.
ASSüÉRUS, ESTHER, ÉLISE, THAMAR.
PARUE DU CUCCUR.
( Esil ter entre s'appuyant sur Élise ; quatre Israélitessoutiennent sa robe. )
Assinbirs. !
Sans mon ordre on porte ici ses pas IQuel mortel insolent vient chercher le trépas ? i
Gardes... C’est vous, Esther? Quoi ! sans être attendue ? j
ESTHER. I
Mes filles, soutenez votre reine éperdue : ,
Je me meurs.
{ Elie tombe évanouie. )
ASSUÉRUS.
Dieux puissants ! quelle étrange pâleurDe son teint loul-à-coup efface la couleur !
Esther, que craignez-vous ? Suis-je pas votre frère 44 ?Est-ce pour vous qu’est fait un ordre si sévère ?
Vivez : le sceptre d’or que vous tend cette main ,
Pour vous de ma clémence est un gage certain.
ESTHER.
Quelle voix salutaire ordonne que je vire,
El rappelle en mon sein mon âme fugitive?
ASSUÉUfS.
Ne connoissez-votis pas la voix de votre époux?
Eucorc un coup , vivez, et revenez à vous.
ESTIIGR.
Seigneur, je n’ai jamais contemplé qu’aveccraînteL’auguste majesté sur votre front empreinte ;
Jugez combien ce front irrité contre moiDans mon âme troublée a dû jeter d’elfroi :
Sur ce trône sacré qu’environne la foudreJ’ai cru vous voir tout prêt à me réduire en poudre.Hélas! sans^issonner. quel cœur audacieuxSoutiendroit les éclairs qui partoient de vos yeux ?Ainsi du Dieu vivant ht colère étincelle 4 J ...
O soleil! ô flambeau de lumière immortelle!
Je me trouble moi-même, et sans frémissementJe ne puis voir sa peine et son saisissement.
Câlinez , reine , calmez la frayeur qui vous presse.
Du cœur d'Assuérus souveraine maîtresse,
Eprouvez seulement son ardente amitié.
Faut-il de mes états vous donner la moitié 4 ® ?
ESTHER.
Eh ! se peut-il qu’un roi craint do la ferre entière ,Devant qui tout fléchît et baise la poussière,
Jette sur sou esclave un regard si serein ,
Et m’offre sur son cœur un pouvoir souverain ?,
ASSl'ÉRl a.
Croyez-moi, chère Eslber, ce sceptre, cet empire,
Kt ces profonds respects que la terreur inspire ,
A leur pompeux éclat mêlent peu de douceur,
Et fatiguent souvent leur triste possesseur.
Je ne trouve qu’en vous je ne sais quelle grâceQui me charme toujours et jamais ne me lasse.
De l’aimable vertu doux et puissants attraits!
Tout respire en Esther l'innocence et la paix.
Du chagrin le plus noir elle écarte les ombres ,
Et fai ides jours sereins de mes jours les plus sombres ;