ATHALIE.
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Je crois ne lui avoir rien fait dire qui soit au-dessus de la portée d’un enfant de cet âge qui a del’esprit et de la mémoire. Mais quand j’aurois étéun peu au-delà, il faut considérer que c’est ici unenfant tout extraordinaire, élevé dans le templepar un grand-prêtre qui, le regardant comme Tu-nique espérance dosa nation, l'avoit instruit debonne heure dans tous les devoirs de la religion etde la royauté. IJ n’enétoit pas de même des enfantsdes Juifs, (pie de la plupart des nôtres: on leurapprenoit les saintes lettres, non seulement dèsqu’ils avaient atteint l’usage de la raison 9 , mais,pour me servir de l’expression de saint Paul, dèsla mamelle. Chaque Juif étoit obligé d’écrire unefois en sa vie , de sa propre main , In volume de laloi tout entier. Les rois étoient même obligés del’écrire deux fois 10 , et il leur étoit enjoint de l’a-voir continuellement devant les yeux. Je puis il ireici que la France voit en la personne d'un prince dehuit ans cl demi 11 , qui fait aujourd’hui ses pluschères délices , uu exemple illustre de ce que peutdans un enfant un heureux naturel aidé d’une ex-cellente éducation ; et que si j’avois donné au petitJoas la même vivacité et le' même discernementqui brillent dans les reparties do ce jeune prince,on in’auroit accusé avec raison d’avoir péché con-tre les règles de la vraisemblance.
L’âge de Zacharie, fils du grand-prêtre , n’étantpoint marqué, on peut lui supposer, si Ton veut,deux ou trois ans de plus qu’à Joas.
J’ai suivi l’explication de plusieurs commenta-teurs fort habiles, qui prouvent, par le textemême de l'Ecriture , que tous ces soldats à quiJoïada , ou Joad , comme il est appelé dans Josc-phe , fit prendre les armes consacrées à Dieu parDavid, étoient autant de prêtres et de lévites, aussibien que les cinq centeniers qui les çominan-doient. En effet, disent ces interprètes, tout de-voit être saint dans une si sainte action , et aucunprofane n’y devoit être employé. Il s’y agissoitnon seulement de conserver le sceptre dans lamaison de David, mais encore de conserver à cegrand roi celle suite de descendants dont devoitnaître le Messie : « Car ce Messie , tant de fois pro-> mis comme lits d’Abraham, devoit aussi être le• fils de David et de tous les rois de Juda. » De làvient que l’illustre et savant prélat 1U de qui j’aiemprunté ces paroles appelle Joas le précieuxreste de la maison de David. Joscphe en parle dansles mêmes termes ; et l’Écriture dit expressémentque Dieu n’exteruiîna pas toute la famille de Jo-ram , voulant conserver à David la lampe qu’il luiavoit promise. Or celle lampe, qu’éloit-co autrechose que la lumière qui devoit être un jour révé-lée aux nations ?
L’histoire ne spécifie point le jour où Joas futproclamé. Quelques interprètes veulent que uefûtun jour de fête. J’ai choisi celle 1 5 de la Pentecôte,qui étoit Tune des trois grandes fêtes des Juifs. Ony célébroit la mémoire de la publication de la loi
sur le mont de Sinaï 14 , et on y offroit aussi àDieu les premiers pains de la nouvelle moisson :ce qui laisoit qu’on la nomtuoît encore la fête desprémices. J’ai songé que ces circonstances me four-niraient quelque variété pour les chants du chœur.
(’e chœur est composé de jeunes filles de latribu de Lévi , et je mets à leur tête une fille queje donne pour sœur à Zacharie. C’est elle qui in-troduit le chœur chez sa mère. File chante aveclui, porte la parole pour lui, et fait enfin les fonc-tions de ce personnage des anciens chœurs qu’unappeloit le coryphée. J’ai aussi essayé d’imiter desanciens cette continuité d’action qui fait que leurthéâtre ne demeure jamais vide , les intervalles desactes n’étant marqués que par des hymnes et pardes moralités du chœur, qui ont rapport à ce quise passe.
Ou me trouvera peut-être un peu hardi d’avoirosé mettre sur la scène un prophète inspiré deDieu , et qui prédit l'avenir. Mais j’ai en la pré-caution de ne mettre dans sa bouche que des ex-pressions tirées des prophètes mêmes. QuoiqueTÊcriturc ne dise pas en tenues exprès que Jo’iadaait eu l’esprit de prophétie, comme elle le ditdis son fils, elle le représente comme un hommetout plein de l’esprit de Dieu. Et d’ailleurs neparoît-i! pas, par l’Évangile, qu’il a pu prophé-tiser en qualité de souverain pontife? Je supposedonc qu’il voit en esprit le funeste changementde Joas , qui, après ironie années d’un règne fortpieux, s'abandonna aux mauvais conseils des flat-teurs , et se souilla du meurtre de Zacharie. fils etsuccesseur de ce grand-prêtre. Ce meurtre, com-mis dans le temple , fut une îles principales causesde la colère de Dieu contre les Juifs, et de tous lesmalheurs qui leur arrivèrent dans la suite. On pré-tend même que depuis ce jour-là les réponses deDieu cessèrent entièrement dans le sanctuaire.C’est ce qui m’a donné lieu de faire prédire desuite à Joad ,s et la destruction du temple cl laruine de Jérusalem. Mais comme les prophètesjoignent d’ordinaire les consolalionsaux menaces ,et que d’ailleurs il s’agit de mettre sur te trône uudes ancêtres du Messie, j'ai pris occasion de faireentrevoir la venue de cc consolateur, après lequeltous leg anciens justes soupiruieut. Cette scène ,qui est une espèce d’épisode , amène très naturel-lement la musique, par la coutume qu’avoientp lus 5 eurs prophètes d’entrer dans leurs saints trans-ports au son des instruments : témoin cctto troupede prophètes qui vinrent au-devant de Saül avecdes harpes et des lyres qu’ou porloit devant eux;et témoin Elisée lui-même, qui, ôtant consultésur l’aveuir par le roi de Juda cl par le roi d'Israël,dit, comme fait ici Joad: adducite mihi psattem.Ajoutez à cela que cette prophétie sert beaucoupà augmenter le trouble dans la pièce, par la con-sternation et par les différents mouvements où ellejette le chœur et les principaux acteurs 1 s .