Buch 
Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
Entstehung
JPEG-Download
 

ATHALIE.

338

Je crois ne lui avoir rien fait dire qui soit au-dessus de la portée dun enfant de cet âge qui a delesprit et de la mémoire. Mais quand jaurois étéun peu au-delà, il faut considérer que cest ici unenfant tout extraordinaire, élevé dans le templepar un grand-prêtre qui, le regardant comme Tu-nique espérance dosa nation, l'avoit instruit debonne heure dans tous les devoirs de la religion etde la royauté. IJ nenétoit pas de même des enfantsdes Juifs, (pie de la plupart des nôtres: on leurapprenoit les saintes lettres, non seulement dèsquils avaient atteint lusage de la raison 9 , mais,pour me servir de lexpression de saint Paul, dèsla mamelle. Chaque Juif étoit obligé décrire unefois en sa vie , de sa propre main , In volume de laloi tout entier. Les rois étoient même obligés delécrire deux fois 10 , et il leur étoit enjoint de la-voir continuellement devant les yeux. Je puis il ireici que la France voit en la personne d'un prince dehuit ans cl demi 11 , qui fait aujourdhui ses pluschères délices , uu exemple illustre de ce que peutdans un enfant un heureux naturel aidé dune ex-cellente éducation ; et que si javois donné au petitJoas la même vivacité et le' même discernementqui brillent dans les reparties do ce jeune prince,on inauroit accusé avec raison davoir péché con-tre les règles de la vraisemblance.

Lâge de Zacharie, fils du grand-prêtre , nétantpoint marqué, on peut lui supposer, si Ton veut,deux ou trois ans de plus quà Joas.

Jai suivi lexplication de plusieurs commenta-teurs fort habiles, qui prouvent, par le textemême de l'Ecriture , que tous ces soldats à quiJoïada , ou Joad , comme il est appelé dans Josc-phe , fit prendre les armes consacrées à Dieu parDavid, étoient autant de prêtres et de lévites, aussibien que les cinq centeniers qui les çominan-doient. En effet, disent ces interprètes, tout de-voit être saint dans une si sainte action , et aucunprofane ny devoit être employé. Il sy agissoitnon seulement de conserver le sceptre dans lamaison de David, mais encore de conserver à cegrand roi celle suite de descendants dont devoitnaître le Messie : « Car ce Messie , tant de fois pro-> mis comme lits dAbraham, devoit aussi être le fils de David et de tous les rois de Juda. » Devient que lillustre et savant prélat 1U de qui jaiemprunté ces paroles appelle Joas le précieuxreste de la maison de David. Joscphe en parle dansles mêmes termes ; et lÉcriture dit expressémentque Dieu nexteruiîna pas toute la famille de Jo-ram , voulant conserver à David la lampe quil luiavoit promise. Or celle lampe, quéloit-co autrechose que la lumière qui devoit être un jour révé-lée aux nations ?

Lhistoire ne spécifie point le jour Joas futproclamé. Quelques interprètes veulent que uefûtun jour de fête. Jai choisi celle 1 5 de la Pentecôte,qui étoit Tune des trois grandes fêtes des Juifs. Ony célébroit la mémoire de la publication de la loi

sur le mont de Sinaï 14 , et on y offroit aussi àDieu les premiers pains de la nouvelle moisson :ce qui laisoit quon la nomtuoît encore la fête desprémices. Jai songé que ces circonstances me four-niraient quelque variété pour les chants du chœur.

(e chœur est composé de jeunes filles de latribu de Lévi , et je mets à leur tête une fille queje donne pour sœur à Zacharie. Cest elle qui in-troduit le chœur chez sa mère. File chante aveclui, porte la parole pour lui, et fait enfin les fonc-tions de ce personnage des anciens chœurs quunappeloit le coryphée. Jai aussi essayé dimiter desanciens cette continuité daction qui fait que leurthéâtre ne demeure jamais vide , les intervalles desactes nétant marqués que par des hymnes et pardes moralités du chœur, qui ont rapport à ce quise passe.

Ou me trouvera peut-être un peu hardi davoirosé mettre sur la scène un prophète inspiré deDieu , et qui prédit l'avenir. Mais jai en la pré-caution de ne mettre dans sa bouche que des ex-pressions tirées des prophètes mêmes. QuoiqueTÊcriturc ne dise pas en tenues exprès que Joiadaait eu lesprit de prophétie, comme elle le ditdis son fils, elle le représente comme un hommetout plein de lesprit de Dieu. Et dailleurs neparoît-i! pas, par lÉvangile, quil a pu prophé-tiser en qualité de souverain pontife? Je supposedonc quil voit en esprit le funeste changementde Joas , qui, après ironie années dun règne fortpieux, s'abandonna aux mauvais conseils des flat-teurs , et se souilla du meurtre de Zacharie. fils etsuccesseur de ce grand-prêtre. Ce meurtre, com-mis dans le temple , fut une îles principales causesde la colère de Dieu contre les Juifs, et de tous lesmalheurs qui leur arrivèrent dans la suite. On pré-tend même que depuis ce jour- les réponses deDieu cessèrent entièrement dans le sanctuaire.Cest ce qui ma donné lieu de faire prédire desuite à Joad ,s et la destruction du temple cl laruine de Jérusalem. Mais comme les prophètesjoignent dordinaire les consolalionsaux menaces ,et que dailleurs il sagit de mettre sur te trône uudes ancêtres du Messie, j'ai pris occasion de faireentrevoir la venue de cc consolateur, après lequeltous leg anciens justes soupiruieut. Cette scène ,qui est une espèce dépisode , amène très naturel-lement la musique, par la coutume quavoientp lus 5 eurs prophètes dentrer dans leurs saints trans-ports au son des instruments : témoin cctto troupede prophètes qui vinrent au-devant de Saül avecdes harpes et des lyres quou porloit devant eux;et témoin Elisée lui-même, qui, ôtant consultésur laveuir par le roi de Juda cl par le roi d'Israël,dit, comme fait ici Joad: adducite mihi psattem.Ajoutez à cela que cette prophétie sert beaucoupà augmenter le trouble dans la pièce, par la con-sternation et par les différents mouvements ellejette le chœur et les principaux acteurs 1 s .