NOTES D’A T H AL IE.
semble. Or , c’est à quoi nous servent ces adverbescomparatifs plus, moins et mieux, dont l’un est tou-jours nécessaire à la tête de chaque proposition,sans pouvoir céder sa place, ni souffrir un autremot avant lui. D’Olivet.
Quand il n’y auroil que l’usage à opposer à cessubtilités du puriste d’Olivet, la réponse 6eroitsuffisante, mais voici ce qu’on peut ajouter. Lacorrélation des propositions exprimées par la ré-pétition de plus est suffisamment marquée sans lesecours d’aucun antre signe , quand ces proposi-tions ne sont qu'au nombre de deux ; ainsi, quandje dis , plus on lit Racine , plus on t’admire , je faistrès bien entendre qu'on l’admire d’autant plusqu’on le lit davantage. Mais si la corrélation secomposent de trois termes, savoir deux d’un côtéet un de l’autre , il faudroit bien qu’un signe par-ticulier déterminât ce rapport : il faudroit dire,par exemple : Plus on lit Racine, plus on l’admire,et plus <m s’impatiente des critiques fausses dont ilest l’objet. Voilà donc la conjonction et devenuesigne nécessaire d’opposiiion entre les termes durapport, lorsque ces termes sont au nombre detrois: or c’est par analogie qu’on emploie expléti-vement la môme conjonction lorsque les termesne sont qu’au nombre de deux. Je sais qu’onpourroit renverser cel ordre et qu’on se feroit en-tendre également si l’on disoit : Plus on lit Racineet plus on l’admire, plus on s’impatiente, etc.:j’accorderai même que cela sernit plus logique;mais l'essentiel éloit qu'il n’y eût jamais ambiguitédans le sens; et l’usage y a pourvu par l’emploide la conjonction ei plus ou moins régulièrementplacée : il me semble qu’il n’y a l ier: à redire àcela. Aignax.
25 On a imprimé, avec quelque fondement,que Racine avoit imité, dans celle pièce , plu-sieurs endroits de la tragédie de lu Ligue , faitepar le conseiller d’état Mathieu, historiographe deFrance sous Ilemi IV, écrivain qui ne faisoit pasmal des vers pour son temps. Constance dit, dansla tragédie de Mathieu :
Je redoute mon Dieu . c’est lui seul que je crains...On n’est point délaissé quand on a Dieu pour père-,11 ouvre à tous la main , il nourrit les corbeaux ,
Il donne la pâture aux jeunes passereaux ,
Aux bêles des forêts , des prés, et des montagnes :Tout vit de sa bonté.
Racine dit :
Je crains Dieu, cher Abner, et n’ai point d’autrecrainte...
Dieu laissa-t-il jamais ses enfants au besoin?
Aux petits des oiseaux il donne leur pâture,
Et sa bouté s’étend sur toute la nature.
Le plagiat paroît sensible, et cependant ce n'enest point un. Rien n’est plus naturel que d’avoirles mêmes idées sur le même sujet. D’ailleurs,Racine et Mathieu ne sodI pas les premiers quiaient exprimé des pensées dont on trouve le fonddans plusieurs endroits de l’Ecriture. Voltaire.Ces dernières réflexions sont saines et judicieuses;mais Voltaire y mêle quelques erreurs , répétées
36 f
depuis dans tous les dictionnaires de théâtre, danstous les livres de littérature. On n’a jamais puimprimer avec, quelque fondement que le conseillerd’état Mathieu a fait une tragédie de la Ligue :car c’est une assertion absolument fausse. Mathieua fait cinq tragédies fort ridicules : Est hcr, Fasthi,Aman, Ctytemnestrc, et la Guisiade, Les vers citéspar Voltaire comme ayant été imités par Racinene se trouvent dans aucune de ces tragédies ; ilssont tirés d’une autre pièce intitulée le Triomphede la Ligue. L’auteur, R.-J. Nérée, est un écrivainfort supérieur à Pierre Mathieu. Le Triomphe de laLigue est une tragédie pleine de verve ; on y voitj éclater, au sein de la barbarie , des traits dignes| d’un meilleur siècle. C’est dans cet ouvrage , im-primé en 1607, que se rencontrent les vers quel’on accuse Racine d’avoir imités , et qu’il ne con-iioissoît peut-être j>as: mais Us n’y sont point telsque Voltaire les cite; on a eu soin de les limer etde les polir, pour les faire paraître plus dignes del’honneur que Racine, dit-on, a bien voulu leurfaire. Je les rétablis ici d’après l’original.
Je ue crains que mon Dieu , lui tout seul je redoute...Celui n’est délaissé qui a Dieu pour son père.
Il ouvre à tous la mum; il nourrit les corbeaux;
Il donne la viande aux petits passereaux ,
Aux bêtes des forêts, des prés, et des montagnes :Tout vit de sa bonté.
Le Triomphe de la Ligue , act. II, sc. 1. G".
20 II 11e faut pas consulter la grammaire, maisla poésie , sur le mérite de ce tour heureux et ra-pide. La grammaire voudroit hait ans sont déjàpassés depuis que. L’académie , qui a fait celle ob-servation , ajoute que Malherbe a la gloire d’avoircréé celte façon de parler, dans sa prosopopéed’Oslende. Geoffroy.
27 Jean-Baptiste Rousseau (liv. I, ode xi ) atraduit aussi le verset îô du psaume xlix : «N1111-quid mariducabo carnes lauroruni, autsanguinemliircorum potabo?» — 1 Mangerai-je la chair destaureaux, ou boirai-je le sang des boucs? »
Que m’importent vos sacrifices ,
Vos offrandes, et tos troupeaux?
Dieu boit il le sangdes génisses?
Mange-t-il la chair des taureaux ?
Mais il a évilé le mot bouc, qui est un des plusignobles de notre langue. Racine l’ennoblit par lamanière dont il l’a plaué , et par une sorte d’oppo*siliou avec roi. Qu’ai-je besoin du sang des boucs ?Le sang de vos rois crie. La bassesse même du motfait mieux ressortir le contraste. Geoffroy.
2 ® Le jour qui vil éteindre éteignit : il eût étéplus exact de dire : vit éteindre aussi. Geoffroy.17 » jour qui éteignit n’est pas une image juste. Lejour voit éteindre , et n’éteint pas. A. Martin. Lescommentateurs qui ont remarqué qu’un jour n’é-teint pas n’ont point eu égard aux privilèges de laphrase poétique, d’abréger et d’animer les tour-nures de la prose ; qu’ils critiquent donc aussi cesvers de Boileau :
46