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Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
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ODE IX

SUR LA CONVALESCENCE DU ROÏ.

1660 3 .

Revenez, troupes fugitives,

Plaisirs , Jeux , Grâces, Ris, Amours.Qui croyiez déjà sur nos rivesEntendre le bruit des tambours :Lotus vit, et la perfidieDe l'insolente maladieQuilavoit osé menacer.

Pareille à ces coups de tonnerreQui ne font que bruire et passer,

Na fait qu'épouvanter la terre.

Mais vous ne sauriez vous résoudreA venir sitôt en des lieux vousavez cru que la foudreEloit prête à tomber des deux ;

Et, daus la frayeur vous êtes,Vous avez beau voir sur vos têtesLe ciel tout-à-fait éclairci,

Vous 11e vous rassurez quà peine,

Et nosez plus paroilre iciQue Loris ne vous y ramène.

Tel, sur lempire de Neptune,

Paroît le timide nocherQu'un excès de bonne fortuneA sauvé dun affreux rocher :

Ses yeux, la mort paroît peinte,Rcgai dent long-temps avec crainteLhorrible sommet de lécueil ;

Et, le voyant si redoutable ,

Il tremble encore: cl le cercueilLui paroît presque inévitable.

Mais, à moins que dêtre insensible ,Pouvoit-on nclre point troublé ?Malgré leur constance invincible,

Les Vertus mêmes ont tremblé :

Elles craignoient que lInjustice ,Levant toute barrière au Vice ,

Ne leur fît des maux inouïs;

Et sous la conduite dAstrée,

Si nous eussions perdu Louis,Aboient quitter cette contrée.

Vous savez que sil vous caressePour se délasser quelquefois,

Il donne toute sa tendresseAux vertus dignes des grands rois :

El quil suit bien dautres maximesQue ces princes peu magnanimes,

Qui naspirent à rien de beau ,

Quun honteux loisir empoisonne,

El quon voit descendre au tombeauSans être pleures de personne.

En cette aventure funesteTout le monde a versé des pleurs ;Jamais la colère célesteNavoit plus elîrayé les cœurs:

Non pus même au temps de nos pères ,Lorsque les destins trop sévèresÉteignirent ce beau soleil,

Henri, dont léclat admirablePrumettoit uu siècle pareilA celui que chante la fable.

Ce que ni laïeul ni le pèreNont point fait au siècle passé,Aujourdhui lu France lespèreDu grand roi quils nous ont laissé :

Et si la Fortune irritée,

Par une lin précipitée.

Eût traversé notre repos,

Nous pourrions bien dire à cette heureQue le ciel donne les hérosSeulement afin quon les pleure.

Je sais que sa gloire devanceLe cours ordinaire du temps.

Et que sa merveilleuse enfanceEst pleine dexploits éclatants:

Quil a plus forcé de murailles ,

Plus gagné dillustres batailles,

Que nont fait les plus vieux guerriers:Aussi les Parques étonnéesCroyoienl, en comptant ses lauriers,Quil avoit vécu trop dannées.

Mais enfin, quoique la VictoireSempresse à le couvrir dLonneur,

Il nest point content de sa gloire,

Sil nachève notre bonheur:

Il veut que par toute la FranceLa paix ramène labondance ,

Et prévienne tous nos besoins;

Que les biens nous cherchent en foule ,Et que sans murmures ni soinsSon aimable règne sécoule.

Quil vive donc, et quil jouisseDes fruits de sa haute valeur:

Que devant lui sévanouisseToute apparence île douleur ;

Quauprès des beaux yeux de TiiéeksbS on grand cœur respire à son aise,

El que de leurs chastes amotUSNaisse une famille fécondeA qui, comblé dheur et de jours,

Il puisse partager le monde.

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