ODES. 379
. Ainsi le grand Achille , assis près des murailles• Où l’on pleuriiit Hector,
« De ses braves aïeux écoutoit les batailles,
« El les siennes encor.
« Mais ne la craignons plus : Lotus contre sa baiue* Vous protège aujourd’hui ;
« Et, près de cet Auguste , un illustre Mécène 1 s« Vous promet sou appui.
< Quoi que fasse Loris, soit en paix, soit en guerre,
« fl vous peut inspirer
« Des chants harmonieux qui de toute la terre« Vous feront admirer.
< Les soins de ce graud homme apaiseront la rage« De vos fiers ennemis ;
• Et, quoi qu’il vous promet le , il fera davantage 14
1 Qu’il ne vous a promis.
« Qu’on ne nous parle plus de l’amant d’Eurydice:
« Quoi qu'on dise de lui,
■ Le Stryinou n'a rien vu que la Seine ne puisse 12« Voir encore aujourd’hui.
i Venez donc, puisque enfui vous ne sauriez élire 1 s
1 Un plus charmant séjour« Que d’être auprès d’un roi dont le mérite attire« Tant de dieux à sa cour.
« Je vous promets bien plus : la Fortune , sensible« A des charmes si doux ,
« Laissera désormais la rigueur inflexible« Qu’elle eut toujours pour vous.
< Moi-même auprès de lui je ferois ma demeure ,i Si ses exploits divers
* Ne me conlraignoient pas de voler à toute heure« Au bout de l’univers. »
t En vain de vos lauriers on se paroit la tête :
t Et vos chantre? fameuxc litoient les plus sujets aux coups de la tempête ,
« Et les plus malheureux.
Là finit son discours ; et la troupe immortelle
Qui l’nvoit écouté
Voulut voir le héros que la Nymphe fidèle
Leur avoit tant vanté.
* C’est en vain qu’autrefois les lions et les arbres« Vous suivoicnl pas à pas :
« La Fortune , toujours plus dure que les marbres,
« Ne s’en èmouvoil pas.
Sa présence effaça dans leur âme charmée
Le souvenir des cieux ;
Et, dans le même instant, ht prompte Renommée
L’alla dire en tous lieux.
ODE XI.
TIRÉE DU PSAUME XVI l’*.
Diligam- te > Domine , etc.
Je t’aimerai, bonté suprême ,
Mon défenseur et mon salut.
Grand Dieu! d’un cœur plein de toi-même
Daigne accepter l’humble tribut!
De mes rivaux la haine impie
Attaquoit mon sceptre et ma vie.
Tu sauves ma gloire et rues jours :
En rendre grâce à ta tendresse,
L’est assurer à ma foiblesse
Un nouveau droit à tes secours.
Tu dis, et ta voix déconcerte 1 *
L’ordre éternel des éléments ;
Sous tes pas la terre entr’ouverte
Voit chanceler ses fondements.
Dans sa frayeur le ciel s’abaisse ;
Devant ton trône une ombre épaisse
Te dérobe aux yeux des vivants;
Des Chérubins, dans le silence,
L’aile s’étend : ton char s’élance
A travers les feux et les venls.
Déjà, dans mon âme éperdue
La mort répandant scs terreurs,
Présentoit partout à ma vue
Et ses tourments et ses horreurs 1 : :
Ma perle étoit inévitable;
J’invoquai ton nom redoutable ,
Et tu fus sensible à mes cris :
Tu vis leur trame sacrilège,
Et la pitié rompit le piège
Où leurs complots m’nvoicnl surpris.
Au-devant des pâles victimes
Que poursuit ton glaive perçant,
Prête à sortir de ses abîmes,
La mer accourt en mugissant ;
Intéressés à ta vengeance ,
Tous les fléaux, d’intelligence ,
S’unissent pour leur châtiment :
Du monde , près de se dissoudre,
Le chaos en proie à la foudre
N’est plus qu’un vaste embrasement.