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Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
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FRAGMENTS

sont entièrement conformes aux premiers, quantà leur vivre, leurs coutumes ei leurs constitutions,mais qui n'ont pas du mariage le même sentimentqu’eux ; car ils disent que ceux qui ne se marientpoint retranchent une grande partie de la vie,qui est la succession des entants, ou plutôt que sitout le monde suivoit leur exemple , toute la racedes hommes s’éteiudruit bientôt.

Au reste, ils éprouvent leurs femmes duranttrois ans, et après qu’ils ont reconnu , par des effetsnaturels, qu’elles pourront être fécondes, ils semarient enfin. Tout le temps qu’elles sont gros-ses, ils ne les voient point, montrant bien par làqu’ils se marient, non pas pour le plaisir, maispour la seule génération des enfants.

2 Les esséniens font profession de remettreentre les mains de Dieu le gouvernement detoutes choses. Ils soutiennent que les âmes sontimmortelles, et croient que la justice doit être leprincipal objet de nos désirs. Ils envoient desoffrandes au temple , mais ils n’y sacritient point,à cause de la différence des purifications dont ilsse servent. Ce qui fait que n’élant point admiscomme les autres au temple publie , ils fonL leurssacriiices en particulier.

Au reste, ce sont des hommes tout-à-fait hon-nêtes et vertueux, et qui s’emploient tout entiersdans l’exercice de l'agriculture. Mais ce qui lesélève au-dessus de tous ceux qui suivent le cheminde la vertu , c’est leur admirable justice ; et onn’en trouve aucuns, ni chez les Grecs, nichezles Barbares, qui en aient approché le moins dumonde. (J’esl de toute antiquité qu’ils l’ont em-brassée , et jamais rien 11e les a détournés de lapratiquer.

ïous leurs biens sont en commun, et celuid'entre eux qui étoîl le plu» riche ne jouit pasdavantage des biens qu’il a apportés en entrantchez eux, que celui qui ne possédoit rien du tout :et, pour comble d'étonnement, ils vivent ainsiétant au nombre de plus de quatre mille.

Ils ne veulent prendre ni femmes ni esclaves,jugeant qu’en prenant ceux-ci l’on viole le droitde nature, et qu’en prenant celles là l’on s’ex-pose à de continuelles dissensions. C’est pourquoi,vivant seuls cL en leur particulier, ils sc serventcharitablement les uns des autres 2 -’.

Ils établissent des receveurs, c’est-à-dire quel-ques prêtres rreonmis pour gens de bien, quidoivent, en recevant leurs revenus et tout ce queleurs terres leur rapportent, leur fournir leur painet leur nourriture 2 *.

Après avoir parlé des esséniens , qui ont choisiet embrassé la vie active et laborieuse , et qui ex-cellent avec tant de peifortiori en toutes ses par-ties, ou au moins en la plupart, pour me servird’un terme moins fort cl plus modeste, j’ai main-tenant, pour suivre l’ordre de mon dessein, àparler de ceux qui se sont consacrés à la vie spi-rituelle et contemplative -, j’en dirai donc ce quej’en dois dire, sans ajouter aucune chose dumien pour embellir mon discours de ces orne-ments empruntés qui sont si ordinaires aux poèteset à tous J es autres écrivains, à cause de l’indi-gence où ils sont de telles matières : et sans faire

autre chose que de m’attacher simplement à la vé-rité, qui peut seule épuiser l’esprit le plus richeet le plus fécond; ce qui ne m’empêchera pasnéanmoins d’entrer dans la carrière, et de fairetous mes efforts pour n’y point demeurer vaincu ;car il 11e faut pas que l’extraordinaire venu de cesgrands hommes nous réduise au silence , puisquenous nous croirions criminels de laisser aucunebelle action ensevelie.

Le nom de ces amateurs de la sagesse déclarequelle est leur professiou; car ils en ont un quisignifie tout ensemble cl médecins et adorateurs;ce qui leur convient, très bien , soit à cause qu’ilsfont profession d’uue médecine d’autant plus éle-vée au-dessus de celle qui est en usage dans lesvilles, que celle-ci ne s’étend que sur les corps,et que celle-là s'exerce sur les âmes mêmes , cl enchasse des maladies très fâcheuses et très opiniâ-tres qui ont leur source dans les plaisirs et dansla cupidité , dans les afflictions et dans les crain-tes, dans l’avarice et dans la folie, dans l’injus-tice, et dans une inlinité d’autres passions etd’autres vices; soit pareequ'ils apprennent par laconnoissance de la nature et des autres vices àadorer celte essence qui est infiniment meilleureque le bon, et qui est plus simple et plus an-cienne que l'unité même.

Au reste , ceux qui embrassent ce genre de vien’y sont attirés ni par coutume ni par conseil;mais étant comme ravis hors d’eux-mêmes par unamour tout céleste, ils ressentent des transportsaussi violents que les bacchantes cl les corybantesdes païens, jusqu’à ce qu’ils jouissent de la vuede l’objet qu'ils aiment. Et ensuite l’ardent désirqu’ils ont de la vie éternelle et bienheureuse leurfaisant croire qu’ils sont déjà morts à cette vie mi-sérable et mortelle, ils abandonnent leurs biensentre les mains de leurs enfants ou de leurs autresparents, en les instituant héritiers par une réso-lution toute volontaire, ou, s’ils n’ont point de pa-rents, à leurs plus intimes amis, car il est bienraisonnable que ceux qui ont déjà acquis des ri-chesses que l’un peut dire être clairvoyantes, lais-sent des richesses aveugles à ceux qui sont aveu-gles eux-mêmes.

Ainsi se dépouillant de toutes leurs possessions,et ne se laissant plus toucher d’aucun objet qui lestrompe, ils fuient pour ne regaider jamais der-rière eux, et se séparent de leurs frères , de leursenfants, de leurs femmes , de leurs pères, de leursrncres, de leurs nombreuses alliances, et de leursplus étroites amitiés, et entin des lieux où ils sontnés et où ils ont été, élevés , sachant que l'accoutu-mance que l’on prend a un poids et un charmeauquel il est 1res difficile de résister. Mais leur re-traite du monde ne consiste pas à passer seulementd’une ville en une autre ville, comme ces malheu-reux et pauvres esclaves qui, étant vendus parceux à qui ils appartenoient auparavant, ne fontque changer de maîtres et 11e sont point délivrésde la servitude.

Car il est certain que toutes les villes, et mêmeles mieux policées , sont toujours pleines d'une in-finité de tumultes et du troubles, qui ne peuventêtre qu’insupportables à un esprit uniquement