DE TRADUCTIONS. 4i3
sorte de caleçon dont nous avons parlé, et lui fontporter un habit blanc.
Après qu’il a donné durant tout ce temps despreuves de sa tempérance, on lui accorde la mêmenourriture qu’aux autres, et où lui permet de seservir des eaux les plus pures pour se laver; ils liel'admettent pas néanmoins encore à leur société ;car après que l’on a éprouvé sa tempérance durantun an, on veuf éprouver outre cela son esprit et sonnaturel l'espace de deux années, et si l’on reconnuîtqu'il est digne d’être reçu, ou ïe reçoit alors. Toute-fois il ne participe point à la table commune qu’iln’ait promis, par des serments solennels et terri-bles , premièrement, d’bonorer la Divinité d'unculte religieux, ensuite de rendre aux hommes cequi leur est dû selon ht justice ; de ne faire jamaistort à personne, ni de son propre mouvement, niquand on le lui aurnil commandé : d’ahhorrer tou-jours les méchants, et de secourir et défendre lesgens de bien ; de garder la foi à tout le monde , etprincipalement aux puissances supérieures , étantpersuadés qu’il n’v a point d’autorité cl de domi-nation dans le monde qui ne soit établie de Dieu ;et que si lui-même vient à êire élevé en puissance,il n'en abusera point, en maltraitant ceux qui luiseront soumis, et n'affectera point de se distinguerd'euxparlamagniliccnce des babils et par tous lesautres ornements du luxe. Ils font vœu encore d’ai-mer toujours la vérité, et de reprendre les men-teurs ; de ne souiller leurs mains d’aucun larcin,et de garder leur âme pure de tout gain injuste;de ne rien cacher à « eux de leur piofession 5ü , etde ne rien découvrir aux autres de leurs mystères,quand on les voudroit contraindre jusqu’à leur fairesouffrir la mort même. Outre cela , ils font encoreserment de n'enseigner jamais d’autre doctrine quecelle qu'ils ont reçue ; de garder avec un très grandsoin les livres de leur secte et les noms des anges.Voilà les serments par lesquels ils engagent lespersonnes qui embrassent leur profession.
Quant à ceux qui sont convaincus de quelquesfautes conNidérables, ils les chassent de leur so-ciété : et, pour l’ordinaire, celui qui a été ainsiexcommunié finit ses jours misérablement; carétant comme lié à eux et par ses serments et par lavie qu'il a menée, on ne lui laisse recevoir aucunenourriture de la main des autres. Ainsi, ne se re-paissant que de quelques herbes , son corps $é dé-truit peu à peu par la fai tu , jusqu'à ce qu’ilvienne à mourir. C'est pourquoi il y en a plusieursdont ils ont eu compassion , et qu’ils ont commerappelés à la vie, lorsqu’ils reridoient leurs der-niers soupirs, jugeant que des tourments qui lesavaient réduits à une telle extrémité éloient suf-fisants pour l’expiation de leurs fautes.
lis sont fort exacts et fort équitables dans leursjugements. Ils s’assemblent pour le moins au nom-bre de cent lorsqu'ils veulent juger de quelquechose; et ce qu’ils ont une fois arrêté demeureferme et immuable.
Après Dieu , il n’y a point de nom qui leur soiten plus grande vénération que celui du législateurMoïse, jusque là que quiconque d'entre eux a oséle blasphémer est aussitôt condamné à mort.
Ils font gloire d’avoir une graude déférence
pour les anciens, et de céder à ce que plusieursont déterminé.
Ils sont infiniment plus soigneux que tout lereste des Juifs à s'abstenir, les jours île sabbat, detout travail îles mains ; car non seulement ils pré-parent leur nourriture dés le jour précédent, pourne point même a!lumt-r de feu en ce saint jour,mais ils font encore scrupule d’y remuer le moin-dre instrument et le moindre meuble.
Ils vivent pour l’onlinaire fort loug-temps, et ily en a plusieurs d’entre eux qui passent même au-delà de cent ans; ce qui provient, je crois, de lavie sobre et réglée qu’on leur voit mener.
Ils méprisent toutes les adversités, et II n’y apoint de douleur si grande, qu’elle ne cède à lagrandeur de leur courage. Ils font plus d’étatd’une mort belle cl glorieuse que de l’immortalitémême. La guerre des Romains a fourni des preu-ves suffisantes de celte disposition de leur âme;car, au milieu des supplices et des tortures , aumilieu des feux et des déboîtements de membresqu’on leur faisoit endurer, et de tous les diverstourments par lesquels on vouloi t 1rs contraindre ,ou de blasphémer le nom du législateur, ou demanger des viaudes qu'ils n'ont pas coutume demanger, non seulement ils ne condescendirent àfaire aucune de ces choses, mais ils ne. daignoientpas même Haller leurs bourreaux le moins dumonde, et répandre une seule larme.
An contraire, riant parmi les douleurs, et SCmoquant de ceux qui Ite appliquoienl aux tor-tures les plus cruelles, ils rendoient l’âme avecallégresse, et comme la devant bientôt recouvrer.Car c’est une opinion qui s’est affermie parmieux, que les corps soûl mortels et d une matièrequi n'a aucune solidité , au lieu que les âmes sontimmortelles et durent toujours, et que, sortantd un air pur et subtil, elles entrent dans le corpscomme clans une étroite prison , par la force decertains charmes naturels qui les y entraînent ;mais qu’aussilot qu’elles sont détachées des liensde celle chair, se Irouvant comme délivrées d’unelongue servitude , elles se réjouissent alors au mi-lieu des airs. Us soutiennent même (et suivent encela l’opinion commune des Grecs) qu’il y a au-delà de l’océan une demeure destinée pour lesâmes innocentes, c’est-à-dire un lieu qui n’est in-commodé ni de la pluie, ni de la neige, ni dela chaleur excessive , mais qui est conlinuellementtempéré par le souille agréable d’un doux zéphyrqui s'y élève de l’océan ; et qu’au contraire , pourles âmes criminelles , il y a des cachots qui sontégalement ténébreux, et où l’on ne trouve quedes supplices qui duient toujours.
"Voilà quelle esl la théologie des esseniens tou-chant la nature de l’àme; et leur sagesse a je nesais quels appas inévitables qui gagnent le cœurde tous ceux qui l’ont une fois goûtée.
Il y en a quelques uns parmi eux qui se mêlentde prévoir les choses futures, et qui en cherchentla connoissance par la leclure des livres sacrés,par des purifications particulières, et par les ora-cles des prophètes; et il arrive rareiut-ut qu’ils setrompent dans leurs prédictions.
II y a encore une autre sorte d’esséniens, qui