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Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
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FRAGMENTS

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ineurant ouvert jusqu'aux voûtes; et cela pourdeux raisons : la première , pour conserver la pu-deur naturelle que les homme* doivent avoir àl’égard des femmes: la seconde, afin que lesfemmes elles-mêmes étant en un lieu où la voix sepuisse ouir distinctement, elles écoulent sanspeine celui qui parle . et ne trouvent aucun obsta-cle qui les empêche de l’entendre.

Ils embrassent la tempérance comme un fonde-ment qu’ils doivent jeter en leur âme pour y éta-blir ensuite toutes tes autres vertus. Jamais aucund’eux ne boit ou ne mange le moins du mondeavant le soleil couché, parcequ’ils croient que lesexercices de la philosophie sont des ouvrages di-gnes de la lumière, au lieu que les nécessités ducorps doivent être ensevelies dans les ténèbres;c’est pourquoi ils donnent à ceux-là toute la jour-née , et n’accordent à celles-ci qu’une très petitepartie de la nuit. Il y en a même quelques uns qui,en l’espace de trois jours, ne songent pas uneseule fois à manger > tant ils sont possédés de Tar-dent désir d’accroître louis connoissances. Il y ena d’autres qui trouvent de telles délices et un con-tentement si grand à se nourrir l’âme des viandesspirituelles de la sagesse , qui leur déploie tous sestrésors et tousses secrets avec une libéralité sansbornes, qu’ils demeurent à jeun une Cois autantque les autres, ef passent près de six jours entierssans rien manger, s’accoutumant à vivre commeles cigales , qui, à ce qu’on dit, ne se nourrissentque de l'air, parcequ’clles trouvent dans leurchant, comme je crois, un divertissement qui leurfacilite celle abstinence.

Le sabbat est pour eux une fêle toute sainte ettout auguste , et ils le célèbrent avec une extraor-dinaire vénération. C’est en ce jour qu’après avoirpourvu aux nécessités de leur âme, iis ont soinaussi de fortifier la foiblessc de leur corps, étantcertes bien juste qu’ils prennent quelque relâcheapres de si longs travaux, puisque les bêtes mêmesn en sont pas privées. Mais il n’y a aucune magni-ficence dans leurs festins, et ils se réduisent àmanger un peu de pain qui est fort simple, en yjoignant aussi quelque-grains de sel pour tout as-saisonnement , et un peu d’bysope, comme fontceux d’entre eux qui sont les plus délicats. Leurbreuvage est de l'eau courante *, car ils regardentla faim cl la soif comme deux fâcheuses maîtressesauxquelles la nature a soumis tout le genre humain,et qui se doivent adoucir, non point par des chosesqui les ilaiicnt, mais par celles qui sont absolu-ment nécessaires, et sans lesquelles on ne eauroitvivre. C'est pourquoi ils mangent pour n’avoir plusfaim , et boivent pour n’avoir plus soif; et ils ab-horrent l'assouvissement 24 comme l’emiemi et ledestructeur du corps et de l’âme.

Comme les maisons de ces sages', ainsi que nousavons dit ci-dessus, sont dépourvues de magnifi-cence et d’ornement , n’y ayant rien que ce quiy est entièrement nécessaire, il en est de même deleuis habits, qui ne sont pas moins simples etmoins modestes, et qu’ils ne prennent que pourscgarantir des incommodités du froid et de la cha-leur. En hiver, ils portent une robe épaisse et pe-sante , au lieu de fourrure ; et en été , ils se con-

tentent de quelque robe de toile, ou de quelqueautre linge dont ils se couvrent. Car, en un mot ,la simplicité, la modestie, leur est particulière-ment vénérable i0 ", sachant que le faste et l'orgueilest le père du mensonge , au lieu que la modestieest la mère de la vérité : et que le mensonge et lavérité sont comme deux sources , dont la premièrerépand daus le monde toute cette multitude demaux dont il est rempli , au fieu que l’autre y faitcouler avec abondance toutes sortes de biens hu-mains et divins.

Je veux dire aussi quelque chose de la manièredont ils se comportent dans leurs festin» publicset solennels. Ils y viennent tous vêtu» de blanc etavec un visage gai, mais néanmoins extrêmementgrave -, et aussitôt que le signal leur a été donnépar quelqu’un des semainier» (car c’est ainsi qu’ilsappellent ceux qui ont la charge du réfectoire), ilsse tiennent chacun debout, selon leur rang et avecune grande modestie; cl ainsi , avant que de scmettre à table, ils élèvent les yeux et les mainsau ciel; les yeux, parcequ’ils ont appris à atta-cher leur vue sur des objets qui méritent d’êtreregardé»; et le» mains, parcequ’elles sont puresde toute avarice, et que jamais elles 11e se sontlaissé souiller par aucun gain illicite et profane,pour quelque prétexte que ce fût-'*. Ils deman-dent donc à Dieu qu’il daigne leur être favorable,et qu’il n’y ait rien eu ce fcsliu qui ne soit cou-forme à ses désirs.

Après que leurs prières sont achevées, les plusanciens commencent à se mettre à table les unsaprès les autre», selon le temps qu’ils sont entrésdans la compagnie; car ils ne mesurent pas l’an-tiquité par l’âge, nu par le nombre des années,vu que ceux qui en ont le plus ne passent parmieux que comme des enfant» et de jeunes gens , s’iln’y a que peu de temps qu’ils ont embrassé leurgenre de vie ; mais ils regardent comme véritable-ment anciens ceux qui ont passé leur enfance,leur jeunesse , et toutes leur» années , dans l’étudesainte de celle philosophie contemplatrice qui estaussi la plu» belle et la plus divine.

Il» admettent à leur table des femmes dont laplupart sont fort âgées, et oui gardé leur virginité,l’ayant embrassée non point par contrainte et malgré elles, fournie quelques unes de celles quiexercent la prêtrise parmi les Grecs, dont la vir-ginité est involontaire : ruais elles n’y ont été pous-sées que par le seul amour de la sagesse, dau» l’exer-cice de laquelle ayant voulu passer toute leur vie,elles ont foulé aux pieds toutes les voluptés ducorps et des sens.

Toutefois leur» places sont séparées de celles deshommes, ceux-ci étant assis au côté droit, ellesfemmes an côté gauche.

Si quelqu’un pense que ces nobles et ces géné-reux amateurs de la sagesse soient couchés à tablesur des lits qui, quoiqu’ils ne soient pas richementparés , peuvent au moins tenir quelque chose dela mollesse et de la délicatesse, qu’il sache qu’ils nese servent que de simples matelas , composés dequelques herbes viles et communes en ce pays,où l’on en fait d’ordinaire de la natte et du pa-pier 37 , se couchant dessus , et les levant tant