DES HÉRÉSIES
tous les auteurs ; il falloit avoir lu Jansénius, etn’y avoir point lu les propositions.
Je ne doute point que yous ne vous justifiiezpar l’exemple de quelque père: car, qu'est-ceque vous no trouvez point dans les pères ? Vousnous direz que saint Jérôme a loué Rufin commele plus savant homme de son siècle , tant qu’il aété son ami -, cl qu’il traita le même Rufin commele plus ignorant homme de son siècle, depuisqu’il se fut jeté dans le parti d'Origèue. Mais vousm’avouerez que ce n’est pas cette inégalité de sen-timents qui l’a mis au rang des saints et des doc-teurs de l’église.
Et, sans sortir encore de l’exemple de Desnia-rôts, quelles exclamations ne faites-vous point, surce qu’un homme qui a fait autrefois des romans,et qui confesse. à ce que vous dites, qu’il a menéune vie déréglée, a la hardiesse d’écrire sur lesmatières de la religion ! Dites moi, monsieur, quefaisoit dans In monde M. Le Maistre 16 ? Jl plaidoit,il faisoit des vers : tout cela est également profane,selon vos maximes. Il avuue aussi dans uoe lettrequ’il a été dans le dérèglement, et qu’il s’est retiréchez vous pour pleurer ses crimes. Comment doncavez-vous soullcit qu’il ait tant fait de traductions,tarit de livres sur les matières de la grâce ? IIo, ho,direz-vous , il a fait auparavant une longue et sé-rieuse pénitence. Il a été deux ans rntiers à Lé-cher le jardin, à faucher les prés, à laveries vais-selles. Voilà ce qui l’a rendu digne de la doctrinede saint Augustin. Mais, monsieur, vous ne savezpas quelle a été la pénitence de Desmarêts. Peut-être a-t-il fait plus que tout cela. Croyez-moi, vousn’y regarderiez point de si près s’il avoit écrit envotre faveur. C’éloit là le seul moyen de sanctifierune plurue profanée par des romans et des comé-dies.
Enfin . je vous demanderais volontiers ce qu’ilfaut que nous lisions, si ces sortes d'ouvrages noussont défendus. Encore faut-il que l'esprit se délassequelquefois. Nous ne pouvons pas toujours lire voslivres. Kl puis, à vous dire U vérité, vos livres nese font plus lire comme ils faisoient. Il y a long-temps que vous ne dites plus rien de nouveau. En
IMAGINAIRES. 435
combien de façons avez-vous conté l’histoire dupape Ilonorius 1 r ? Que l’on regarde ce que. vouaavez fait depuis dix ans, vos Disquisilions, vosDissertations, vos Réflexions , vos Considérations,vos Observations . on n’y trouvera aucune chose,sinon que les propositions ne sont pas dans Jaugé-nius. lié] messieurs, demeurez-en là. Ne le ditesplus. Aussi-bien , à vous parler franchement, noussommes résolus d’en croire plutôt le pape et leclergé de France que vous.
Tour vous, monsieur, qui entrez maintenant enlice contre Desmarêts , nous ne refusons point delire vos lettres. Poussez voire ennemi à toute ri-gueur. Examinez chrétiennement ses mœurs et seslivres. Feuilletez les registres du Châtelet. Em-ployez l’autorité de saint Augustin et de saint Ber-nard , pour le déclarer visionnaire. Etablissez debonnes règles pour nous aider à reconnoître lesfous : nous nous en servirons en temps et lieu.Mais ne lui portez point de coups qui puissent re-tomber sur les autres : surtout , je vous le répète ,gardez-vous bien de croire voslettves aussi bonnesque les Lettres provinciales : ce seroil une étrangevision que celle-là. Je vois bien que vous voulezattraper ce genre d’écrire: l’enjouement de M. Pas-cal a plus servi à votre parti que tout le sérieuxdcM. Arnauld. Mais cet enjouement n’est point dutout votre caractère: vousretombez dans les froidesplaisanteries des en'uminurest ; vos bons mots nesont d’ordinaire que de basses allusions. Vouacroyez dire, par exemple, quelque chose de fortagréable, quand vous dites, sur une exclamationque fait M. Cbamillard , que son grand O n’estqu’un o en chiffre ; et quand vous l’avertissez de nepas suivre le grand nombre , de peur d'être undocteur à ta douzaine, on voit bien que vous vousefforcez d’être plaisant ; mais ce n'est pas le moyende l’être.
Retranchez-vous donc sur le sérieux, remplissezvos lettres de longues et doctes périodes , citez lespères , jetez-vous souvent sur les injures, et pres-que toujours sur les antithèses : vous êtes appeléà ce slyle, il faut que chacun suive sa vocation.
Je suis, etc.
PREMIÈRE RÉPONSE
A LA LETTRE PRÉCÉDENTE, PAR M. DUBOIS’ 3 .
ss mats 1666.
Monsieur ,
J’ai lu ce que vous répondez à l’auteur des Hé-résies îmaginairts et des Visionnaires. Vous décla-rez d’abord que vous ne prenez point de partientre lui et P<\.«*mai’êts, je vous déclare aussi queje n’y en prends point; niais je ne veux pas dire,
comme vous , que je laisse « juger an monde lequeldes deux est le visionnaire. Je ne voudrais pas quele monde crût que je ne susse pas faire un juge-ment si aisé, cl que, voyant d’un côté l’auteur desLettres , qui ne cite que les saints pères , commevous lui rept oehez *, et de l'autre côté , Desmarêts,qui 11e dit que des folies , je ne pusse pas dbcernerque c’est ce dernier qui est le visionnaire et le fa-natique. Mais cela ne doit pas vous faire croire que