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Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
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ABIUSGÉ DE L’HISTOIRE

ques années, et avoit conçu la résolu lion , non seu-lement de se reiirer du monde , mais même, cequi est assez particulier, de se l’aire religieusesous la conduite de sa fille. Comme elle sut l'extré-mité où la communauté étoit réduite, elle acheta( en i 6 s 5 j de son argent, au faubourg Saint-Jacques, une maison , et la donna pour en fairecomme un hospice. On ne \ouloit y transporterd’abord qu’une partie des religieuses: mais le mo-nastère des champs devenant plus malsain de jouren jour, on fut obligé de l'abandonner entière-ment (en 1626J, et de transférer à Paris toute lacommunauté 2î , après en avoir obtenu le consen-tement du rni et de l'archevêque. On se logeacomme on put dans celte nouvelle maison : l’on litun dortoir d’une galerie : on lambrissa les gre-niers, pour y pratiquer des cellules, et la salle futchangée en une chapelle.

La réputation «le la mère Angélique, elles mer-veilles qu'on racontoit de la vie toute sainte de sesreligieuses, lui attirèrent bientôt l’amitié de beau-coup de personnes de piété. La reine Marie deMédicis les honora d'une bienveillance particu-lière ; et, par des lettres-patentes enregistrées auparlement, prit le titre de fondatrice et de bien*faitiice de ce nouveau monastère. Elle ne fut pasvraisemblablement en état de leur donner desmarques de sa libéralité, mais elle leur procuraun bien qu’elles n'eussent jamais osé espérer sansune protection si puissante.

Plus la mère Angélique avoit sujet de louerDieu des bénédictions qu’il avoit répandues sur sacommunauté, plus elle avoit lieu de craindrequ’après sa mort, et après celle de la mère Agnes,sa coadjutrice, on n’introduisît en leur place quel-que abbesse, qui , n’ayant point été élevée dans lamaison , dètruiroit peut être en six mois tout lebon ordre qu’eJ/e avoit tant travaillé à y établir.La reine Marie de Médir.is entra avec bonté dansses sentiments; elle parla au roi son fils , dans letemps qu’il revendit triomphant après la prise deLa ‘Rochelle, et lui représentant tout ce qu’elleconnoissoit de la sainteté de ces filles, elle touchatellement sa piété , qu’il crut lui-même rendre ungrand service à Dieu , en consentant que celte ab-baye fut élective et triennale. La chose fut confir-mée par le pape Urbain YIlI. Aussitôt la mèreAngélique et la mère Agnès se démirent, l’unode sa qualité d’abbesse, et 1’aulie de celle decoadjulrire; et la communauté (en iCôo) élutpour trois ans une des religieuses de la maison i4 .

La mère Angélique venoit d’obtenir du mêmepape une autre grâce qui ne lui parut pas moinsconsidérable. Elle avoit toujours eu au fond de soncœur un fort grand amour pour la hiérarchie ec-clésiastique, et souhailoit aussi ardemment d’êtresoumise à l’autorité, épiscopale , que les autres ab-besses désirent d’en être soustraites. Son souhaitsur cela étoit d’autant plus raisonnable, que l’ab-baye. de Port-Royal , fondée par un évêque deParis, avoit long-temps dépendu immédiatementde lui et de ses successeurs ; mais dans la suite unde ses évêques avoit consenti qu’elle reconnût lajuridiction de l’abbé de Citeaux. Elle avoit doncfait représenter ces raisons au pape, qui, les ayant

approuvées, remit en effet cette abbaye sons lajuridiction de l'ordinaire, et l’allVanchit entière-ment «le la dépendance de Citeaux, en y couse!--vaut neanmoins tous les privilèges attachés auxmaisons de cet ordre 25 . M. «le Gondy en prit doncen main le gouvernement, en examina et approuvales constitutions, et en fit faire la visite parM. Maugicr Jfi , qui fut le premier supérieur qu’ildonna à ce monastère.

Ce fut vers ce leuips-là que Louise de Bourbon,première femme du duc de Longueville , prin-cesse d'une éminente veilu, forma avec M. Zaïm l,évêque de. Langres 2: , le dessein d’instituer unordre de religieuses particulièrement consacrées ùl’adoration du mystère de l'Eucharistie, et qui,par leur assistance continuelle devant le Saint Sa-crement, réparassent en quoique sorte les outra-ges que lui fout tous les jours et les blasphèmes«les protestants et les communions sacrilèges desmauvais catholiques. Ils communiquèrent tousdeux leur pensée à la mère Angélique, et laprièrent, non seulement de les aider à formel' cetinstitut, mais d’en vouloir même accepter la di-rection, et de donner quelques unes de ses reli-gieuses pour en commencer avec elle, l’établisse-ment. Cette proposition fut d'autant plus de sougoût, qu’il y avait déjà plus «le quinze ans quecette même assistance continuelle devant le Saint-Sacremenl avoit été établie à Port- Royal, d'abordpendant Je jour seulement , et ensuite pendant lanuit même. Toutes lis religieuses de ce monas-tère ayant appris un si louable dessein, furenttouchées d’une sainte jalousie de ce qu’on i'ondoitpour cela un nouvel ordre, au lieu de l'établirdans Port-Royal même. Elles demandèrent avecinstance que , sans chercher d'autre maison quela leur, on leur permît d'ajouter les pratiques decci institut aux autres pratiques «Je leur règle, etde joindre en elles Je nom glorieux de filles duSaint-Sacrement à celui de filles «le Saint-Ber-nard. La princesse étoit d’avis «le leur accorderleur demande : mais l'évêque persista à vouloirun ordre et un habit particulier.

Ce prélat étoit un homme plein de bonnes in-tentions, et fort zélé, mais d’un esprit fort va-riable et fort borné. Il avoit plusieurs fois changéle dessein de sou institut. 11 vouloit d'abord eufaire un ordre de religieux plus relirt’-s et encoreplus austères que les chartreux; puisil jugea plusà propos que ce fût un ordre de filles. Sa pre-mière vue pour e es filles étoit qu’elles fussentextrêmement pauvres, et que, pour mieux ho-norer le profond abaissement de Jésus-Christdans l’Eucharistie, elles portassent sur leur habittoutes les marques d’une extrême pauvreté. En-suite il imagina qu’il falloit attirer la vénérationdu peuple par un babit qui eût quelque chosed’auguste et de magnifique ; mais la nièie Angé-lique désira que tout se ressentit de la simplicitéreligieuse. II avoit fait divers autres règlements ,dont la plupart eurent besoin d’être rectifiés. Lamère Angélique , voyant «-es incertitudes, eut unsecret pressentiment que cet ordre ne scroit pasde longue durée. Mais la huile étant arrivée, oùelle étoit nommée supérieure, et où il étoit or-