DE PORT-ROYAL.
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■vécut encore vingt ans depuis qu’elle eut connu lamère Angélique ; elle ne faisoit point de voyage àParis qu’elle ne vînt passer plusieurs jours desuite avec elle, versant dans son sein ses plus se-crètes pensées, el désirant avec ardeur que lesfilles de la Visitation et celles de Port-Royal fus-sent unies du même lien d'amitié qui avoit si étroi-tement uni leurs deux mères.
Après cinq a ns de travail à Maulntisson (en 1620},la mère Angélique se trouvant déchargée du soinde celle abbaye , par la nomination que le roiavoit faite d’une autre abbesse 17 en la place demadame d'Estrées , elle se résolut d’aller trouversa chère communauté de Poil-Royal. Elle ne IVvoit pas laissée néanmoins orpheline, l'ayant mise,en parlant , sous la conduite de la mère Agnèsdont j’ai parlé : elle étoit plus jeune de deux ansque la mère Angélique, et avoit été faite abbesseaussi jeune qu’elle; mais Dieu l’ayant aussi éclai-rée de fort bonne heure , elle avoit remis au roil’abbaye de Saint-Cyr. dont elle étoit pourvue,pour venir vivre simple religieuse dans le couventde sa sœur. Mais la mère Angélique, pleine d'ad-miration de sa vertu , avoit obtenu qu’on la fit sacoadjutrice 1 *. C’est cette mère Agnès qui a de-puis dressé les constitutions de Port-Boval , quifuient approuvées par 31 . de Gondy , archevêquede Paris. On a aussi d’elle plusieurs traités liésédifiants 19 , et qui font cnnnoîlre tout ensemblel’élévation el la solidité de son esprit.
Lorsque la mère Angélique se préparoit à par-tir de Maubuisson, trente religieuses, qui y avoientfait profession cuire ses mains, se jetèrent à sespieds , et la conjurèrent de les emmener avec elle.L'abbaye de Port Royal étoit fort pauvre, «‘ayantété fondée, comme j’ai dit, que pour douze reli-gieuses. Le nombre en étoit alors considérable-ment augmenté-, et ces trente filles de 31 aububgonu’avoient à elles tontes que cinq cents livres depension viagère. Cependant la mère Angéliquene balança pas un moment à leur accorder leurdemande. Elle se contenta d’en écrire à la mèreAgnès : et. sur sa réponse . elle les fit même partirquelques jours devant elle. Cespauvtes filles n’a-bordnient qu’en tremblant une maison qu’ellesvenoient, pour ainsi dire, affamer; mais elles yfurent reçues (le 3 mars i 6 a 3 ) avec une joie quileur fil bien voir que la charité, de la mère s’étoitaussi communiquée à toute la communauté.
Il étoit resté à Maubuisson quelques esprits quin’avoient pu entièrement s’assujettir à la réforme.D'ailleurs madame de Soissons, qui avoit succédéà madame d’Estrées, n’avoit pas pris un fortgrand soin d’y entretenir la régularité que la mèreAngélique y avoit établie ; si bien que cette saintefille ne cessoit de demandera Dieu qu'il regardâtcette maison avec, des yeux de miséricorde. Saprière fut exaucée.
Cette abbaye étant venue encore à vaquer aubout de quatre ans, par la mort de madame deSoissons (octobre 1626), le roi Louis XIII fit de-mander à la mère Angélique une de ses reli-gieuses pour l’en faire abbesse. Elle lui en pro-posa une (en 1627) qu’on appeloit sœur Marie desAnges 20 , à qui le roi donna aussitôt son brevet.
La plupart des personnes qui conDoissoient celtefille lui Irouvoirnt, à la vérité, une grande douceuret une profonde humilité , mais elles doutoientqu’elle eût toute la fermeté nécessaire pour rem-plir une place de cetie importance. Le succès litvoir combien la mère Angélique avoit de discer-nement : car celle fille si humble et si douce sutréduire en très peu de temps les espri.s qui étoientdemeurés les plus rebelles , rangea les anciennessons le même joug que les jeunes, ne s’étonnapoint des persécutions de certains moines, etmême de certains visiteurs de l’ordre, accoutumésau faste et à la dépense , et qui un pouvoirnt souf-frir le saint usage qu’elle faisoit des revenus decette abbaye.
Ce fut de son temps que deux fameuses reli-gieuses de 31 on(didier forent introduites à Mau-buisson par un de ces visiteurs, pour y enseigner,disoil-il, les secrets de la plus sublime oraison. Lamère des Anges et la mûre Angélique n’étoientpoint assez intérieures au gré de ces pères, et ilsleur reprochoient souvent de ne connoîlre d’au-tre perfection que celle qui s'acquiert par la mor-tification des sens et par la pratique des bonnesœuvres. La mère des Anges , qui avoit appris àPort-Royal à se défier de toute nouveauté , fit ob-server de près ces deux filles : el il se trouva que,sousuii jargon de pur amour, d’aueantissemeiit,et de paifaite nudité, elles cachoient toutes 1rsillusions et toutes les horreurs que l'église a con-damnées de nos jours dans Molinos (en 1G87).Elles étoient en elfet de la secte de ces illuminésde Roye, qu’on noinmoit les Guerineis - 1 , dontle cardinal de Richelieu fil faire une si exacteperquisition.
La mère des Anges ayant donné avis du périloù étoit son monastère, ces deux religieuses fu-rent renfermées très étroitement par ordre de lacour; cl le visiteur qui les protègeoil cul lui mêmebien de la peine à se tirer d'alVaire. En un mol , lamère des Anges, malgré toutes les travei «es qu’onlui suscitoit, rétablit entièrement dans Maubuis-son le véritable esprit de saint Bernard, qui s’ymaintient ctirore aujourd'hui par les soins de l’il-lustre princesse 2i que la providence en a fait ab-besse ; et, après avoir gouverné pendant vingt-deux ans ce célèbre monastère avec une saintetédont la mémoire s’v conservera éternellement,elle on donna sa démission au roi , et vint repren-dre à Port-Royal son rang de simple religieuse :elle demandoit même à y recommencer son no-viciat, de peur, disoil elle, qu’ayant si long-tempscommandé elle n’eût appris à désobéir.
Cependant la communauté de Port-Royal s’é-tant accrue jusqu’au nombre de quatre-vingts re-ligieuses , elles étoient fort serrées dans ce monas-tère, situé dans un lieu fort humide , et dont lesbatiments étoient extrêmement bas et enfoncés :ainsi les maladies y devinrent fort fréquentes, et lecouvent ne fut bientôt plus qu’une infirmerie. Maisla providence n'abandonna poinL la mère Angé-lique dans ne besoin; elle lui fit trouver des res-sources dans sa propre famille. 31 adame Arnauld,sa mère, qui étoit fille du célèbre M. Marion,avocat général, étoit demeurée veuve depuis quel-