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ABRÉGÉ nr. L’HISTOIRE
de l'obligation où il «toit de ne pas faire de silongs séjours hors de son diocèse. L’évêque étoilde ces gens qui , bien qu'au fond ils aient de Inpiélé , n’entendent pas volontiers des vérités qu’ilsne se sentent pas disposés à pratiquer. Cela com-mença un pen à le refroidir pour l'abbé de Saint-Cyran. Bientôt apres il crut s’apercevoir que lesfilles du Saint Snrrerncn t n’avoient point pour scsavis lu même déférence qu’elles avoient pour cetabbé : sa mauvaise humeur éloii encore fomentéepar une certaine dame, sa pénitente, qu’il avoitfait entrer an Saint Sacrement, et dont il faisoitlui seul un cas merveilleux: en un mot, ayant,comme j’ai dit , l’esprit fort foible, il entra contrel’abbé dans une si furieuse jalousie, qu’il ne leponvoit plus souffrir. L’abbé de Saint-Cyran fitd’abord rc qu’il put pour le guérir de ses défian-ces; et même , voyant qu'il s’aigrissoil de plus enplus, cessa d’aller an monastère du Saint-Sacre-ment. Mais cette discrétion ne servit qu’à irritercet esprit malade , honteux qu’on se fût aperçude sa Faiblesse, tellement qu’il vint à se dégoûtermême de son institut ; et , non content de rompreavec ces filles , il se ligua avec les ennemis de cetabbé, et, ce qu’on aura peine à comprendre,donna même au cardinal de Richelieu des mé-moires contre lui.
Ce ne fut pas là la seule querelle que lui attirala jalousie de la direction. Le fameux père Josephétoit. comme on sait, fondateur des religieusesdu Calvaire. Quoique plongé fort avant dans lesaffaires du siècle , il se piquoit d’être un fortgrand martre en la vie spirituelle, et ne vouloitpoint que ses religieuses eussent d’autre direc-teur que lui. Un jour néanmoins, se voyant surle point (l'entreprendre un long voyage pour lesaffaires du roi , il alla trouver l’abbé de Saint-Cyran, pour lui recommander ses chères filles duCalvaire, et obtint de lui qu’il les confesseroil etison absence. A son retour il fut elulrmé du pro-grès qu’elles avoient fait dans la perfection : maisil crut s’apercevoir bientôt qu’elles avoient sentil’extrême différence qu’il y a d’un directeur par-tagé entre Dieu et la cour, à un directeur unique- ■ment occupé du saint des âmes. Il en conçut i
contre l’abbé un loti grand dépit, et ne lui par- :
donna pas, non plus que l'évêque de Langres ,cette diminution de son crédit sur [’esprit de sespénitentes, tellement qu’il ne fut pas des moins jardents depuis cc temps-là à lui rendre de mau- jvais offices auprès du premier ministre. j
Le cardinal de Richelieu. lorsqu’il n’éloil qu’é- jvêque de Lncon , aioil connu à Poitiers l’abbé de jSaint-Cyran : et, ayant conçu pour ses grands ta- ■lents cl pour sa vertu l’estime que tou*ceux quiconnoissoient un pouvoient lui refuser, il ne fut ipas plus tôt en faveur , qu i! songea à l’élever auxpremières dignités de l’église. Tl le fit pressentir surl’évêché de Bayonne , qu’il lui destinoit, et quiétoil le pays de sa naissance 5Ï . Mais son extrêmehumilité, et cette espèce de sainte horreur qu’ilmu toute sa vie pour les sublimes fonctions de i’é-piscopat, l’empêchèrent d’accepter cette offre. Cefut le premier sujet de mécontentement que ceminisire eut contre lui.
Son aecond crime à son égard fut de passer pourn’approuver pas la doctrine que cc cardinal avoitenseignée dans son catéchisme de Luçon, touchantl’aitrition formée par la seule crainte des peines,qu’il prclendoii suffire pour la justification dans lesacrement. Ce n’est pas que l’abbé de Saint-Cyranfut jamais entré dans aucune discussion sur cettematière , mais il ne laissoit pas ignorer qu’il étoitpersuadé que, sans aimer Dieu . le pécheur nepouvoit être justifié. Outre que le cardinal se pi-quoit cncoi e plus dêtre grand théologien quegrand politique , ilétoil si dangereux de le contre-dire sur ce point particulier de Paltrilion , que lepère Sogueool. de l’Oratnir* , fut mis à la Bastillepour avoir soutenu la nécessité de l'amour de Dieudans la pénitence 3 ' i ; et que cc fut aussi, à ce qu’onprétend , pour le même sujet que le père Cansdn,confesseur du roi , fut disgracié.
Mais ce qui acheva de perdre l'abbé de SaintTyran dans l’esprit du cardinal, ce fut une offensed’une autre nature que les deux première^, maisqui le louchoii beaucoup plus an vif. On sait avecquelle chaleur ee premier ministre avoit entreprisde faire casser le mariage du duc d'Orléans avecla princesse de Lorraine, sa seconde femme. Pours'autoriser dans ce dessein . et pour rassurer laconscience timorée de Louis XIII , il fil consulterrassemblée generale du clergé . et tout ce qu’il yavoit de pins célèbres théologiens . tant réguliersque séculiers. L'assemblée , et presque tons ce»théologiens , jusqu’au père Gondren , général del'Oratoire, et jusqu’au père Vincent, supérieurdes Missionnaires, furent (Paris de la nullité dumariage : mais quand on vint à l’abbé de Saint-Cyran , il ne cacha point qu’il croyoit que le ma-riage ne potivo't) être cassé.
Venons maintenant à la querelle qu’il eut avecles jésuites: elle prit naissance eu Angleterre. Lesjésuites de ce pays là n’avant pu se résoudre à reconnaître la juridiction de l’évêque que le pape yavoit envoyé, non seulement obligèrent cetévêqncà s’enfuir de ce royaume, mais écrivirent des livresfort injurieux contre l'autorité épiscopale, et con-tre la nécessité même du sacrement delà confir-mation. Le clergé d’Angleterre envoya ces livres enFrance , et ils y furent aussitôt censurés par l’ar-chevêque de Paris , puis par la Sorbonne , et enfinpar une grande assemblée d'archevêques et d’évê-ques. Les jésuites de Fiance n’abandoiincrent pasleurs confrères dans une cause que leur conduitedans lous les pays du monde fait bien voir qu’ilsont résolu de soutenir. Us publièrent, contre tou-tes ces censures, des réponses où ils croyoicntavoir terrassé la Sorbonne et les évêques. Tous lesgens de bien frémissaient de voir ainsi fouler auxpieds la hiérarchie que Dieu a établie dans sonEglise, lorsqu'on vît paroîfre, sous le nom de 7V-trus Aitrelius ”, un excellent livre qui metloit enpoudre toutes les réponses des jésuites. C.e livrefut reçu avec un applaudissement incroyable : leclergé de France le fil imprimer plusieurs fois àses dépens, s’efforça de découvrir qui étoit le dé-fenseur de l'épiscopat : et, nu pouvant percerl'obscurité où sa modestie le tenoit caché , fil com-poser en l'honneur de son livre , par le célèbre