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Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
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1)E PORT-ROYAL.

4^9

Jl. Godeau , évêque dp Grasse zr ', un éloge ma-gnifique, qui (ut imprimé à la tête du livremême s .

Les jésuites n’éloient pas moins en peine queles évêques de savoir qui éloit cet inconnu •, etcomme la vengeance a des yeux plus perçants quela reconuuissance , ils démêlèrent que si l’abbé deSainMiyran n’éloil l’auteur de cet ouvrage, il yavoil du moins la principale part. On jugera suuspeine jusqu’où alla coutre lui leur ressentiment,par la colère qu’ils témoignèrent contre M. Godeau,pour avoir fait l’éloge que je viens de dire. Us pu-blièrent contre ce piélat si illustre deux satires enlatin, dont l’une avait pour titre: Godollus anpoeta ? el c’éloil leur pète Vavasseur qui étoit au-teur de ces satires. L’abbé devint à leur égard,non seulement un hérétique , mais un hérésiarqueabominable, qui vouloil faire une nouvelle église,et renverser la religion de Jésus-Lhrist. C’est l’i-dée qu’ils s’etl'orcêrent alursde donner de lui, etqu’ils en veulent donner encore dans tous leurslivres.

Le cardinal de Richelieu , excité par leurs cla-meurs el par ses ressentiments particuliers, le filarrêter el mettre au bois de Vinccimes 5S ; il litaussi saisir tous ses papiers, dont il y oroil plu-sieurs coffres pleins. Mais comme on n’y trouvaque îles extraits des Pères et des conciles, et desmatériaux d’un grand ouvrage qu’il préparoit pourdéfendre l'Eucharistie contre les ministres hugue-nols, tous scs papiers lui fuient aussitôt renvoyésnu bois de Vinccnnes. Cri abandonna aussi uneprocédure fort irrégulière que l’on avait commen-cée contre lui ; mais la liberté ne lui fut rendueque cinq ans après , c’est-à-dire à la mort du car-dinalde Richelieu : Dieu ayant permis cette Iongue prison pour faire mieux connoître la piété ex-traordinaire de cet abbé, à laquelle Je fameuxJean de Yeilh 33 . qui, avec d’autres officiersétrangers , éloit aussi alors prisounier au bois deVinccnnes, rendit un témoignage très particulier;car le cardinal de Richelieu ayant youIu qu’il fûtspectateur d’un ballet fort magnifique qui étoit desa composition , el ce général ayant vu à ce balletun certain évêque qui s’empressoit pou:' en fairetes honneurs, il dit publiquement que le specta-cle qui l’avoit le plus surplis en France , c’éloit d’yvoir les saints eu prison , et les évêques à la co-médie.

f.e fut aussi dans cette prison que l’abbé deSaint-Gyran écrivit ces belles k lires chrétiennes<•( spb iluelb'S dont il s’est fait tant d’éditions avecl'approbation d’un fort grand nombre de cardi-naux, d’archevêques et d'évêques, qui les ontconsidérées eoiurue l’ouvrage de nos jours quidonne la plus haute et la plus parfaite idée de lavie chrétienne.

Il mourut le 11 octobre 1640 , huit mois aprèsqu’il l'ut sorti dit bm.s de Vincennes : et ses funé-railles furent honorées de la présence de tout cequ’il y avoit alors à Paiis de prélats plus considé-rables. A peine il eut les yeux fermés, que les jé-suites se débordèrent en une infinité île nouvellesiuveclives contre sa mémoire, faisant imprimer,entre autres, de prétendus interrogatoires qu’ils

avoient tronqués et falsifiés : et quoiqu’il eût reçuavec une extrême piété le viatique des mains ducuré de Saint-Jacques du Haut-Pas, et que la ga-zelle même en eût informé tout le public, ilsnVufurent pas moins hardis à publier qu’il étoit mortsans vouloir recevoir ses sacrements. J’ai cru de-voir rapporter tout de suite ces évènements, pourfaire mieux connoître ce grand personnage , contrelequel la calomnie s’est déchaînée avec tant de li-cence, et qui a tant contribué, par ses instructionset par ses exemples ,à la sainteté du monastère dePort-Royal.

Lu rupluic de l’évêque de Langres avec Jes Fil-les du Saint-Sacrement , et l'emprisonnement del’abbé de Sitinl-Cyran , no furent pas les seulesdisgiâces dont elles furent alors affligées : ellesperdirent aussi la duchesse de Longueville 4 °, leurfondatrice , qui mourut [en xü57 J avant que d’a-voir pu laisser ancun fond» pour leur subsistance;tellement que , se voyant dénuées de toute protec-tion , et d’ailleurs étant fort incommodées dans lamaison où elles éloient, sans aucune espéraucede s’\ pouvoir agrandir, elles se retirèrent en 163$( le 19 mai) à Poil-Royal, où il y avoit déjà quel-ques années que la mère Angélique éloit re-tournée.

Ce fut alors que les religieuses de ce monastèrerenouvelèrent leurs instances, et demandèrent àrelever un institut qui étoit abandonné , et qu’ilsemhloit que Dieu même eût voulu leur réser-ver 41 . Ilenii Arnauld, abbé de Saint-Nicolas,depuis évêque d’Angers 4 -, éloit alors à Romepour les affaires du roi ; elles s'adressèrent à lui,et le prièrent de s’entremettre pour elles auprèsdu pape, qui leur accorda volontiers, par unbref. Je changement qu’elles demandoient ’ ,î .Mais l'affaire souffrit à Paris de grandes difficultés ,à cause de quelques intérêts temporels qu’il falloitaccommoder. Enfin le parlement ayant terminéces difficultés , le roi donua ses lettres , et l'arche-vêque de Paris son consentement. Elles se dévouè-rent donc avec une joie incroyable à l’adorationperpétuelle du mystère auguste de l’Eucharistie, etprit eut le nom de filles du Saint-Sacrement : maiselles ne quittèrent pas l’habit de Saint-Bernard ;elles changèrent seulement leur «capillaire noiren un scapulaire blanc, où il y avoit une croixd’écarlate attachée par-devant, pour désigner, par-ce» deux couleurs , le pain el le vin , qui sont lesvoiles sous lesquels Jésus Christ est caché dans cemystère. M. du Snussay, leur supérieur, alorsofficial de Paris, et depuis évêque de Xoul, célé-bra celle cérémonie (en 164.7, I e 2 4 octobre)avec un grand concours de peuple. L’année sui-vante, JL de Gondy bénit leur église , dont le hy-timent ne iaisoit que d’être achevé , et la dédiaaussi sou» le nom du Saint Sacrement 44 .

Pendant cet état llorissant de la maison de Pa-ri» , !e.s religieuses n’avoient pas perdu Je souvenirde leur monastère des champs; on n’y avoit laisséqu’un chapelain , pour y dire la messe et y ad mi-nislrer les sacrements aux domestiques. Bientôtaprès, M. Le Maistre 4 s , neveu delà more Angé-lique , ayant, à l'âge de vingt-neuf ans , renoncéau barreau cl à tons les avantages que sa grande