5o2 NOTICE SUR
M. Nicole fut toujours bien avec elle : elle trou*Toit qu’il avoit raison dans toutes les disputes. IIdit qu’à sa mort il perdit beaucoup de considéra-tion : « J’y perdis même, dit-il, mon abbaye ; cart on ne rn’uppeloit plus M- l’abbé Nicole 196 , mais• M. Nicole tout simplement. »
Elle étoit quelquefois jalouse de mademoisellede Vertus 197 , qui étoit plus égale et plus attirante.
Grand différent contre M. Pascal. IlTouloit qu’ondéfendît toujours les propositions par le bon sensqu’elles avaient, et qu’on n’en signât point la con-damnation. M. Arnauld et M. Nicole éloient d’a-vis contraire. M. Arnauld, entre autres, fit uqécrit où il terrassoit M. Pascal, qui étoit petit de-vant lui 19S . C’est ce qui a donné lieu au bruit quisc répandit que 51. Pascal avoit abjuré le jansé-nisme. Celui-ci, dans sa dernière maladie , ayantlâché quelques mots de ce différent au curé deSaint-Etienne , qui comprit que , puisque 51. Pas-cal avoit été de contraire avis avec ces messieurs,il avoit été d’avis de l’entière soumission au formu-laire *, feu M. de Paris en tira avantage, fil signercette déposition par le curé , qui , ayant été depuisconvaincu du contraire, voulut en vain revenircontre sa signature 1S!> . 51. l'archevêque se moquade lui.
M. Nicole appelle tout cela les guerres civilesde Port-Royal.
La mère Angélique de Saint-Jean étoit entêtéeaussi qu’elles ne dévoient signer en aucune sorte ;et quand l'accommodement fui fait, elle persistoittoujours dans son opinion. 51- d’Alclh lui écrivit,
M. Arnauld, M. de Sacy : tout cela inutilement.
51. Nicole eut ordre de faire un écrit pour la con-vaincre. Enfin elle se rendit, il ne sait nomment,en disant qu’elle n’étoil nullement convaincue.
11 estime qu’elle avoit plus d’esprit même queM. Arnauld ■ iOI> , très exacte à ses devoirs, très sainte,mais naturellement un peu scientifique, ci qui n’ai-moit pas à être contredite. Madame de Longuevillene l’aimoil pas, et pourtant conveiioit de toutes sesbonnes qualités. Elle avoit plus de goût pour lamère du Fargis 201 , qui savoit beaucoup mieuxvivre.
Deux partis dans la maison : l’un , la mère An-gélique, la sœur Rriqucl 202 et M. de Sacy ; l’autre,la mère du Fargis , 51. de Sainte-Marthe et 51. Ni-cole. Ces derniers avoient toujours raison; mais,pour l’union , M. de Sainte-Marthe cédoit toujours.
M. Nicole dit que c’est le plus saint homme qu’ilait yu à Port-Roval. Il sautoit par-dessus les murspour aller porter la communion aux religieusesmalades , cL cela de l’avis de 51. d’Aleth : en sortequ’il u’eu est pas mort une sans sacrements. Cepeo*
PORT-ROYAL.
dant la mère Angélique de Saint-Jeau n’avoit nulgoût pour lui ; et, quoiqu’il le sût, il n’en étoitpas moins prêt à 3e sacrifier pour la maison.
M. Arnauld , le plus souvent, n’avoit nulle voixen chapitre. O 11 le croyoit trop bon : et c’étoit as-sez qu'il dît du bien d’une religieuse, pour quel’on n’en fit plus de cas. Ainsi il promût fort lasœur Gertrude, et la mère Angélique de Saint-Jean se retiroit d'elle.
La mère Angélique, à force de se confier à lasœur Christine* 05 , et de la vouloir former aux gran-des choses, comme une abbesse future, lui inspiraun peu trop de mépris pour les autres mères : entelle sorte qu’elle étoit en grande froideur pour lamère du Fargis, et mourut sans lui en demanderpardon. Madame de Fontpertuis 201 contribuent unpeu à tout cela : bonne femme , bonne amie , maisun peu portée à l’intrigu e, et ne haussant pus à sefaire de fête , sur tout avec les grands seigneurs.
51. de Pompone demandoit un jour à M. ]\ ieole :1 Tout de bon, croyez-vous que ma sœur 203 ait« autant d’esprit que madame Duplessis-Guéné-« gaud 206 ? > 51. Nicole traita d’un grand méprisune pareille question.
On subsistoit comme on pouvoit des livres etdes écrits qu’on faisoit. Les Apologies des religieu-ses valurent cinq mille francs 2t,r ; les Imaginaires,cinq cents écus. bien des gens croyaient que il. Ni-cole, en tirant quelque profit de la Perpétuités'enrichissait du travail de M. Arnauld, etilsouf-froit tout cela. On tira des Traités de piété seizecents francs. 51. Nicole les fit donner à 51. Guel-phe- 09 ; et celui-ci y ayant joint quelque trois ouquatre mille francs de 51. Arnauld, les prêta à unnommé Martin, qui leur a fait banqueroute.
Lorsque les religieuses étoient renfermées auPort-Royal de Paris, elles trouvoient moyen defaire tenir tous les jours de leurs nouvelles à 51. Ar-nauld, et d’en recevoir. M. Nicole dit que c’é-toicnl des lettres merveilleuses, et toutes pleinesd’esprit. La sœur Briquet y avoit la principale part.La sœur de Brégy 21 0 vouloit aussi s’en mêler : elleavoit quelque vivacité , mais son tour d’esprit étoitfaux , et n’avoit rien de solide.
Elles confièrent deux ou trois coffres de papiersà M. Arnauld , lorsqu’elles furent dispersées. C’estpar ce moyen qu’ou a eu les Constitutions de Port-Royal , et d’autres Traités qu’on a imprimés.
51. Nicole a travaillé seul aux préfaces de la Lo-gique et à toutes les additions. La première, ladeuxième et la troisième partie oui été composéesen commun. M. Arnauld a fait toute la quatrième.