FRAGMENTS
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Oa pourra juger de l’importance des augmenta-tions , en confrontant celle édilion avec les autres.Nous indiquons particulièrement les articles quiconcernent le cardinal de Richelieu , le cardinalMazarin, M. deTurenne, la révolution de Por-tugal, et la Hollande 1 . GEovrnov.
LE CARDINAL DE RICHELIEU.
Le cardinal de Richelieu se fit donner la com-mission de chef et surintendant de Ja marine ,pareeque le duc de Guise, comme gouverneurde la Provence , prétendoil être amiral du Le-vant', et ne point céder à l’amiral dans la Médi-terranée. Tl a même encore des ancres à la portede l’hôleL de Guise. Le gouverneur de Bretagne aaussi des droits de naufrage, etc.; mais le cardinalde Richelieu avoit ce gouvernement.
Il avoit des traits de lolie. Un jour Schorubergdît à Villeroi, au sortir de sa chambre : * Le car-« dinal voudruit pour cent mille écus que nous« ne l’eussions pas vu ce matin.* Us’étoit fort em-porté.
M. le comte de Soissons ne vouloit point allervoir le cardinal de Richelieu, pareeque ce mi-nistre , suivant l’usage de Rome , ne vouloit pointdonner chez lui la main aux princes du sang. Enfinle comte fut obligé d'y aller.
LE CARDINAL MAZARIN.
Cbavîgny avoit été l’ami intime du cardinal Ma-zarin, qui lui faisoit bassement sa coursons leministère du cardinal de Richelieu. Puis il vit queCliavigny vouloit partager la faveur avec lui, etil le trompa, lui faisant pourtant de grandes ca-resses, Cbavîgny fut averti par Senneterre queMazarin le jouoit, et, pour se venger, chercha àprécipiter la reine dans des conseils violents quifissent enfin chasser le cardinal. II conseilla l’em-prisonnement de Broussel , et en même temps ilassistoit à des conférences secrètes avec des fron*deurs, chez Pierre Longuei 2 .
Le cardinal Mazarin avoit connu Le Tellier enPiémont , et le mit à la place de des Noyers 3 . LeTellier devoit donner deux cent mille francs, leroi cent mille. Des Noyers voulut un évêché poursa démission, et mourut. Le Tellier eut les centmille écus.
Quand le cardinal Mazarin sortit de France , ildemanda un homme de coufinnce à M. Le Tellier,qui lui donna Colbert, en priant le cardinal que ,quand il recevroit de lui des lettres secrètes , il neles gardât point, mais les rendît à Colbert. Unjour le cardinal en voulut garder nue : Colbert luirésista jusqu’à le mettre eu colère ; ensuite le car-dinal le prit pour son intendant.
Siri 4 , en cherchant les raisons pourquoi le car-dinal abandonna le duc de Guise , dit que peut-
être ce cardinal songeoit à se faire roi de Naples.Cela est d’autant plus vraisemblable, qu’il avoitquelque pratique pour se faire roi de Sicile : té-moin une lettre qu’un certain Antoine d’Aglié luiécrivoit de Rome, le premier juin 1G48 , qui luimandoit qu’on avoit fort délibéré en Sicile demettre la couronne de ce royaume surla tête ou duprince Thomas, ou du connétable Colonne , maisque le cardinal avoit été préféré à tout antre; que,sans partir de Paris, il n’avoit qu'à envoyer unearmée pour donner cœur au peuple et à la no-blesse, et qu’on lui enverroit aussitôt des ambas-sadeurs pour le couronner : que , s’il ne vou-loit point quitter la France, il pourroit laisser enSicile ou son frère, ou le cardinal Grimaldi,avec la qualité de vicc-roi. L’auteuv croit, pourlui, que le cardinal avoit dessein d’euvoyer à Na-ples M. le prince, afin de l’éloigner de France,avec tous les petits-maîtres et quantité d’autresgens capables de remuer. Cela est si vrai, qu’a-près la disgrâce et l'emprisonnement du duc deGuise , le cardinal envoya l’abbé Ëentivoglio enFlandre, à l’armée de M. le prince, un peudevant qu’il assiégeât Ypres, pour le tâter, nonpas en traitant directement avec lui, mais avecChâtillon, La Moussaye, et les autres petits-maîtres, qui l’écoutèrent fort volontiers, se rem-plissant déjà l’esprit d’idées, l’un se flattant de sefaim duc de Calabre , l’autre prince de Tarenle.Le cardinal offroit à M. Je prince tous les régi-ments de Coudé et de Conli , et de sa maison ,avec une armée navale équipée aux dépens duroi. Mais les cabales commençoient déjà à éclore ;et M. le prince, se déliant £t de la proposition etde celui qui la faisait, ne put se résoudre à quitterParis et la cour.
Le même auteur dit que lo cardinal étoit maîtrede toutes ses passions, excepté de l’avarice ( tom.XII, pag. 924 ).
Le eaidinal de Sainte-Cécile , son frère , étanten mauvaise humeur contre lui, disoil à tous lesgens de la cour qui venoienl lui recommander leursintérêts . que le moyen le plus sdr d’obtenir de sonfrère tout ce qu’on vouloit , c’étoit de faire dubruit, pareeque son frère étoit uu coïon. Ces pa-roles ne tombèrent pas à terre : et bien des cour-tisans se résolurent dès lors de le prendre de hau-teur avec le cardinal, et commencèrent à In me-nacer pour obtenir de lui ce qu’ils vouloient. Cecardinal de Sainte-Cécile s’en alla à Rome au sor-tir de son gouvernement de Catalogne , plein demauvaise volonté contre son frère, et résolu d’em-brasser les intérêts des Espagnols, qui ne man-quoient pas de leur côlé de lui faire des offresavantageuses. Il mourut peu de jours après qu’ilfut arrivé à Rome., où il tomba malade d’unegrosse fièvre que lui nvoient causée la fatigue duchemin et les grandes chaleurs de l’automne.
Les secrets du cardinal Mazarin étoient souventtrahis et révélés aux ennemis par des domestiquesinfidèles et intéressés. Le cardinal fmnoities yeuxpour ne pas voir leurs friponneries : et c’étoit là laplus grande récompense dont il payoit leurs ser-vices , comme il punissoit leurs infidélités en neles payant point de leurs gages ( t. XIII, p- 8CG;.