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Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
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HISTORIQUE.

53i

furent teints du sang des malheureux Hollandois.

Depuis cette défaite, le prince d’Orange u’osaplus rien tenter du côté de la Hollande. Il ne perdpas néanmoins tou l-à-fait courage: il va en Flandrejoindre les Espagnols , et songe avec leur secours àfaire aux François quelque insulte qui put en quel-que sorte dl'acer l’ignumi nie de son pava. Cliar-Jeroi semble lui en otFrir l’occasion. Monial , gou-verneur , avoit en ordre d’en sortir pour aller àTongres. Le prince d’Oraisge propose aux Espa-gnols de mettre le siège devant cette ville, per-suadé qu’elle seroit prise avant qu’on lut en étatde la secourir. Le dessein leur plaît, ils l’investis-sent avec tout ce qu’ils avoient de forces. Mais leroi s’étant approché de la frontière avec six centshommes seulement 8 , la terreur se met daus leurstroupes déjà rebutées par la rigueur de la saison.Cette nuée se dissipa avec la même vitesse qu’elles’èioii amassée , et les Espagnols ne remportèrentde cet exploit que la honte d’avoir donné atteinteau traité qu’ils avoient fait avec la France.

Cependant l’électeur de Brandebourg s’éloit misen campagne 9 avec les troupes de l’empereur,dans l’espérance de faire , plus que les Ilollan-dois, quelque chose d’écialant. Mais le vicomtede Xuremie lui coupa le chemin dans laWestpha-lie , et, l’ayant repoussé dans son pays, l’obligeaà demander honteugement la paix, que l’annéesuivante il rompit plus honteusement encore.

Un si grand nombre de victoires entassées lesunes sur les autres dévoient avoir abattu entière-ment le courage des ennemis. Maastricht pourtantresloit encore ; et tandis qu’ils étoient maîtresd’une ville de celte réputation , ils ne pouvoientse croire absolument ruinés. Le roi l’avoit déjàcomme bloquée par les postes qu’il avoit pris auxenvirons, et il pouvoit peu à peu rallumer s’il eutvoulu. Mais cette manière lente de faire la guerres’accommndoiL peu à l’humeur impatiente d‘unconquéiant : il résolut d’ûter tout d’im coup auxHollandoiscc reste d’espérance qui nounissoit leurorgueil, et alla en personne l’assiéger. Les enne-mis , qui s’attendoient à ce siège . n’avoient épar-gné ni soins ni dépense. Tl n’étoit parlé que desgrands préparatifs qu’ils avoient faits pour fiemettre en état de le soutenir.

Il y avoit dans la place sept mille hommes deguerre, et parmi eux des régiments d’Espagnolset d’Italiens , tous vieux soldats dont la valeur s’é-toit rendue célèbre dans les guerres précédentes.Farjaux les commandoil: oilîcier d’une expérienceconsommée , que les Hollandois avoient demandéaux Espagnols, et qui s’étoit signalé à la défensede Valenciennes , dont les François avoient autre-fois été contraints île lever le siège. Les ennemiss’attendoient de voir la même chose à MaëslricliL.Jamais ville en effet ne fit d’abord une résistanceplus vigoureuse , ni un feu plus continuel et plusterrible. On y épuisa de part et d’autre toutes lesfinesses du métier. Mais que peuvent la force etL’industrie contre une armée de François animéspar la présence de leur roi ? Cette ville si bien dé-fendue , mieux attaquée encore, tint à peine treizejours. On se rend maître des dehors, toutes lesdéfenses de la place soûl ruinées :1e roi y entre

victorieux, et la garuisonse crut trop glorieuse depouvoir sortir tambour battant et enseignes dé-ployées '

La prise de Maastricht n’étonna pas seulementles Hollandois , elle épouvanta toute l’Allemagne.L’empereur, qui avoit déjà en quelque sorte rompuavec la France, par les secours qu'il avoit prêtés àl'électeur de Brandebourg, chercha des prétextespour se liguer ouvertement avec les Hollandois. Ilportoit impatiemment la prospérité d’un princetrop redoutable à la maison d’Autriche , et appré-hendoit que ce torrent, ayant emporté tout lel'ays-Bas, ne se répandît enfin sur l'Allemagnemême. Ainsi la frayeur , la jalousie, et l'argent, desHollandois, prodigué à ses miuistres, le détermi-nèrent à la guerre.

D'autre côté, les Espagnols voyant la ligue sibien formée , enorgueillis de la prise de Naerden,dont le prince d’Orange, par leur moyen, venoitde se ressaisir, songèrent aussi à se déclarer. Leroi, instruit des desseins de ses ennemis, se meten état de les prévenir, et s’empare de la ville deTrêves 11 . Alors l’empereur crut qu’il étoit tempsd'éclater; il ne se souvint plus des engagementsqu’il avoit faits avec le roi, ni du traité qu’il avoitsigné. Il oublie que les François , quelques annéesauparavant, sur les bords du Raab , avoient sauvél’Empire de la fureur des infidèles. 11 fait desplaintes et des manifestes remplis d’injures , etpublie partout que le roi de France veutusurperla couronne impériale, et aspire à la monarchieuniverselle. Il emploie enfin, pour le rendreodieux, tout ce que la passion peut inspirer deplus violent et de plus aigre. Il fait même des pro-testations dans Vienne , aux pieds des autels ; il semontre aux chefs de ses troupes , un crucifix à lamain, et les exhorte à rappeler leur courage pourdéfendre la chrétienté opprimée : il oublie , en cemoment, que les Hollandois qu’il prenoit sous saprotection étoient les plus constants ennemis de lareligion catholique ; et que le roi, non seulementla rétablissoiL dans toutes les places qu’il prenoitsur eux , mais qu’il leur avoit même en partiedéclaré la guerre pour défendre 'deux princes ec-clésiastiques de leur injuste oppression.

Les plaintes de l’empereur , toutes frivolesqu’elles étoient, ne laissèrent pas de faire im-pression sur l’esprit des Allemands, naturellementenvieux de la gloire des François. Le duc de lîa-vière et le duc d’IIanover furent les seuls qui de-meurèrent neutres; tout, les autres se déclarèrentpeu à peu contre la France. Ni les raisons d’in-térêt , ni les plus étroites alliances , ne purent lesretenir ; et la plupart de ces mêmes princes qu’onavoit vus si tardifs et si paresseux à secourir l’Em-pire contre l’iuvasion des Turcs, se hâtèrent derassembler leurs forces pour s'opposer aux progrèsdes François qu’ils ne pouvoient souffrir pour voi-sins, et dont la prospérité cominençoit à leurdonner trop d’ombrage. Cétoit la première foisqu’on avoit vu tontes ces puissances unies de lasorte avec l’empereur. L’Angleterre même, quis’éloit d’abord liguée avec la France pour abattre. la fierté des Hollandois trop riches cl trop puis-sants, commença à regarder d’un œil de pitié les